JOHN LE CAR­RÉ

Vanity Fair (France) - - Récit -

En 1989, Ro­bert Laf­font les sol­li­cite pour un au­teur d’ex­cep­tion : John le Car­ré. Mi­mi Per­rin ne connaît pas grand- chose à l’es­pion­nage – ses goûts per­son­nels la porte plu­tôt vers Proust ou Mo­dia­no –, mais elle re­lève le dé­fi. Le Car­ré, ça ne se re­fuse pas.

Les Per­rin se mettent donc au tra­vail. Gros­so mo­do, elles se par­tagent le texte en deux : la mère s’oc­cupe des pas­sages les plus lit­té­raires, de des­crip­tion ou d’ana­lyse psy­cho­lo­gique ; la fille se charge des dia­logues et des pas­sages plus tech­niques. Pa­reille en­tre­prise exige une connais­sance poin­tue du do­maine vain maî­trise suf­fi­sam­ment la langue de Mo­lière pour ju­ger l’ex­cel­lence de leur tra­vail, l’équi­libre sub­til entre le res­pect du texte d’ori­gine et une forme de li­ber­té. Les bons tra­duc­teurs, il le sait mieux que per­sonne, ont l’art de la nuance, le sens du rythme, et ce soup­çon d’ima­gi­na­tion, oui d’ima­gi­na­tion, qui fait la dif­fé­rence entre une ver­sion sco­laire et une oeuvre lit­té­raire. « Les meilleurs sont les plus libres », confirme- t-il.

L’écri­vain ignore que Mi­mi tra­vaille comme lui, « à l’an­cienne », avec un sty­lo et un ca­hier : « Sans sa­voir le­quel, je sen­tais tout de même qu’elle était

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