Il ré­pond : « c’est com­pli­qUé. »

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dès le le­ver du so­leil et par­fois tard le soir, le di­manche, à Noël, à Pâques et même au coeur de l’été quand la France se re­pose. En 2015, il était le pre­mier in­vi­té des ma­ti­nales et de­vrait le res­ter cette an­née vu son as­si­dui­té à l’an­tenne. Phi­lip­pot s’af­fiche im­per­tur­ba­ble­ment, sans rien dé­voi­ler. Le vi­sage est lisse ; les lèvres fines, ser­rées comme deux lames, mar­tèlent en conti­nu le même mes­sage – sou­ve­rai­nisme, État fort, sor­tie de l’euro – et tou­jours quelques chiffres ti­rés d’on ne sait quel son­dage, de vi­brants hom­mages à l’ac­tion de « Ma­rine », deux ou trois piques contre « Sar­ko su­per­men­teur » ou « Flam­by l’in­dé­cis ». Droite, gauche, tous pour­ris. C’est rô­dé, maî­tri­sé, contrô­lé, sans dé­ra­pages ra­cistes comme les af­fec­tionnent les vieux nal. Jean-Ma­rie Le Pen ne rate pas une oc­ca­sion de fus­ti­ger ce « traître » qui a « ma­ra­bou­té Ma­rine ». « Don Qui­chotte de La Ja­quet­ta », l’ap­pelle- t-il sur Twit­ter quand il n’éructe pas sur « M. Phi­lip­pot et ses ges­ta­pettes ». Le lion dé­chu lâche ses saillies ho­mo­phobes de­puis que le ma­ga­zine Clo­ser a pu­blié, il y a deux ans, des photos vo­lées du vice-pré­sident du FN avec son com­pa­gnon. Flo­rian Phi­lip­pot a fait condam­ner le ma­ga­zine pour at­teinte à la vie pri­vée. Le len­de­main, comme si de rien n’était, il trô­nait sur les pla­teaux té­lé et au siège de son par­ti, à Nan­terre, au cô­té de Ma­rine Le Pen.

Ain­si s’épa­nouit le numéro 2 du FN, in­sai­sis­sable et tout-puis­sant per­son­nage que rien, a prio­ri, ni son en­fance choyée ni son im­pec­cable sco­la­ri­té, ne de­vait conduire dans les bras de l’ex­trême droite. Les an­nées passent et le mys­tère s’épais­sit. Qui est Flo­rian Phi­lip­pot ? Quelles sont sa genèse et sa jeu­nesse ? Qui était-il avant de conqué­rir le Front na­tio­nal ? Pour ten­ter de com­prendre l’homme qui mur­mure à l’oreille de Ma­rine Le Pen, il faut oublier un peu son par­ti et re­ve­nir aux ra­cines, plon­ger dans l’en­fance, in­ter­ro­ger ceux qui l’ont vu évo­luer, sa fa­mille, ses amis, ses com­pa­gnons de route dans les écoles du pou­voir, au ly­cée Louis-le-Grand, à HEC, à l’ENA. Étrange voyage où l’on croise des hus­sards de la Ré­pu­blique, un père dé­voué, un frère om­ni­pré­sent, de jeunes gens brillants, de fié­vreux dan­dys et des édi­to­ria­listes à suc­cès comme Éric Zem­mour ou Na­ta­cha Po­lo­ny. On se pro­mène dans une France pai­sible, ins­truite, ja­dis en quête d’idéal et au­jourd’hui ten­tée par les dé­mons de la rup­ture. « Vous ne trou­ve­rez rien de bien crous­tillant dans mon par­cours », avait pré­ve­nu Flo­rian Phi­lip­pot, lors d’un pre­mier ca­fé en bas de chez lui, à Saint-Ger­maindes-Prés. L’oeil gref­fé à son smart­phone, il par­lait de son pas­sé comme un au­to­mate, sans plai­sir ap­pa­rent ni dé­plai­sir d’ailleurs. Au fil des ren­dez-vous dans son re­paire, de­vant un Per­rier ou une menthe à l’eau, il lâ­chait quelques noms de proches, d’an­ciens co­pains, quelques in­dices. Vi­si­ble­ment, ça l’amu­sait, lui qui aime tant brouiller les pistes. Un sou­rire fur­tif sur­gis­sait alors au coin de ses joues pâles. Sans doute pen­sait-il à ce col­la­bo­ra­teur qui lui a dit un jour : « Tu ne pour­ras pas du­rer en po­li­tique si tu restes un monstre froid ; il faut t’in­té­res­ser aux gens, leur don­ner quelque chose. » Les bras bal­lants, l’énarque avait mur­mu­ré : « Je sais mais c’est com­pli­qué. » n jour, il s’est mis à jouer du cor, comme pour se pré­pa­rer à l’of­fen­sive. Flo­rian Phi­lip­pot n’a pas hé­si­té quand ses pa­rents lui ont de­man­dé, à l’âge de 6 ans, de choi­sir un ins­tru­ment de mu­sique. Ain­si, l’éter­nel pre­mier de la classe qui se ré­fu­giait dans ses ca­banes et ci­tait sa­ge­ment Bras­sens par­mi ses chan­teurs fa­vo­ris, comme pa­pa-ma­man, veut faire du bruit. À l’époque, il s’épou­mone

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