Trois gui­gnols et UNE MIL­LION­NAIRE

Vanity Fair (France) - - Enquête -

Un an­cien pa­pa­raz­zi, un res­tau­ra­teur ita­lien en faillite, un ex-sol­dat bri­tan­nique de­ve­nu SDF... Voi­ci la drôle d’équipe ac­cu­sée d’avoir kid­nap­pé la ri­chis­sime hô­te­lière Jac­que­line Vey­rac en oc­tobre 2016. MA­RION VAN REN­TER­GHEM a re­cons­ti­tué une opé­ra­tion où rien ne s’est pas­sé comme pré­vu.

J’ai un gi­got sur le feu. » Dans les mo­ments les plus tra­giques, en pleine pa­nique, il y a des phrases bi­zarres qui vous viennent comme ça. Sou­ve­nir in­cons­cient d’un mes­sage co­dé de Ra­dio Londres ? D’une ré­plique dé­for­mée des Ton­tons flin­gueurs ? Quand Tin­tin s’est re­trou­vé face à son co­pain qui l’ac­cueillait en pan­toufles et lui conseillait d’al­ler se dé­non­cer à la po­lice, il a eu un mo­ment d’af­fo­le­ment. Alors il a sor­ti cette phrase, al­lez sa­voir pour­quoi : « J’ai un gi­got sur le feu. »

Lui, c’est Luc Gour­so­las ; Tin­tin pour les in­times. Un pe­tit homme sec et ner­veux au vi­sage de lu­tin, qui aime bien s’ha­biller en treillis et conduire sa voi­ture à toute ber­zingue, si pos­sible avec un gy­ro­phare em­prun­té à l’un de ses nom­breux amis po­li­ciers. Tin­tin s’y croit. À 45 ans, il connaît beau­coup de monde dans le mi­lieu. Son coffre de voi­ture contient sou­vent des bras­sards, des plaques de po­lice et autre ma­té­riel. Dans une vie an­té­rieure, il était pa­pa­raz­zi, re­nom­mé pour quelques coups pen­dables à son ta­bleau de chasse. À coups d’acro­ba­ties sur l’au­to­route en 1996, il avait réus­si à pho­to­gra­phier la prin­cesse Ca­ro­line de Mo­na­co au vo­lant de sa voi­ture alors qu’elle avait pro­fi­té de ce rare mo­ment de so­li­tude pour en­le­ver son tur­ban et faire prendre l’air à son crâne ra­sé à la suite d’une chute de che­veux. En 2008, il s’était fait ta­bas­ser par des vi­giles de la pro­prié­té va­roise de Brad Pitt et An­ge­li­na Jo­lie, qui l’ac­cu­saient de vou­loir s’in­tro­duire en douce.

Ce mar­di ma­tin 25 oc­tobre 2016, à Nice, Tin­tin est fé­brile. Un peu avant mi­di, il en­voie un SMS à un co­pain, po­li­cier à la re­traite. « Je suis en bas de chez toi, c’est im­por­tant. » « OK, monte », lui ré­pond l’an­cien flic. In­tri­gué, un peu in­quiet, il at­tend son vi­si­teur sur le pa­lier de­vant la porte de son ap­par­te­ment, en pan­toufles. Même pas la peine de le faire en­trer pour lui of­frir un ca­fé, la conver­sa­tion tourne court. « J’ai des en­nuis. J’ai be­soin de ton aide. C’est en rap­port avec l’af­faire Vey­rac », lui lance le pa­pa­raz­zi dans un souffle agi­té.

À Nice, tout le monde ne parle que de « ça » : l’en­lè­ve­ment, la veille, de Jac­que­line Vey­rac, une mil­lion­naire ni­çoise comme la ci­té azu­réenne en compte un cer­tain nombre, sans sor­ties tape-àl’oeil ni pas­sion du clin­quant. Cette femme de 76 ans, veuve dis­crète et sans chi­chis, mère de deux en­fants, est aus­si ef­fa­cée que son pa­tri­moine im­mo­bi­lier est im­po­sant. Outre des ap­par­te­ments sur la Côte d’Azur, elle pos­sède le cé­lèbre Grand Hô­tel de Cannes (5 étoiles) sur la croi­sette et le non moins fa­meux res­tau­rant La Ré­serve, à Nice, avec sa salle pa­no­ra­mique plan­tée sur l’avan­cée de la corniche, à cô­té du plon­geoir an­nées 1930 qui donne dans la mer, der­rière le vieux port.

L’af­faire com­mence lun­di 24 oc­tobre, entre 12 h 15 et 12 h 30. Jac­que­line Vey­rac sort de son 4 4 noir qu’elle vient de ga­rer

x dans la pe­tite ave­nue Emi­lia, qui longe la par­tie ar­rière de son im­meuble. Elle vit dans le chic quar­tier dit « des mu­si­ciens », au centre de Nice. L’ave­nue Emi­lia est courte et peu pas­sante mais elle dé­bouche sur le bou­le­vard Gam­bet­ta, à l’en­droit où se font face une sta­tion es­sence et une phar­ma­cie. Un car­re­four ani­mé. Une pas­sante voit toute la scène : deux in­di­vi­dus ca­gou­lés s’em­parent de la vieille dame, l’en­fournent dans un vé­hi­cule uti­li­taire dont le conduc­teur est dé­jà au vo­lant et dis­pa­raissent dans la ville. La pas­sante se pré­ci­pite dans la phar­ma­cie pour don­ner l’alarme.

Jac­que­line Vey­rac est bien connue de la phar­ma­cie Gam­bet­ta. Aus­si in­croyable que ce­la puisse pa­raître, on y a vé­cu la même his­toire trois ans plus tôt : une ten­ta­tive d’en­lè­ve­ment de la même mil­lion­naire. C’était en 2013, et dé­jà en plein jour. Cette fois-là, la pos­tière du quar­tier avait fait échouer l’opé­ra­tion en pous­sant des cris. La vieille dame avait

« À l’aide, j’ai été en­le­vée ! AI­DEZ-MOI ! » Une voix dans un Kan­goo blanc, le 26 oc­tobre 2016, à Nice

alors réus­si à échap­per à ses ra­vis­seurs et s’était ré­fu­giée dans la bou­tique, tou­jours ac­cueillante pour les kid­nap­pées. Elle s’est as­sise ; le per­son­nel l’a bi­chon­née en at­ten­dant la po­lice. Les ban­dits ont pris la fuite et n’ont ja­mais été re­trou­vés. « Mme Vey­rac est une femme très gen­tille, très po­lie, très dis­crète, dit la phar­ma­cienne qui a ap­pris à la connaître. Et d’un grand cou­rage. Les deux fois, elle est res­tée calme, ne s’est pas dé­mon­tée. » À la suite du pre­mier en­lè­ve­ment ra­té, Jac­que­line Vey­rac a re­fu­sé toute pro­tec­tion

rap­pro­chée. Elle a pré­fé­ré con­ti­nuer à vivre nor­ma­le­ment, à faire ses courses à pied ou à prendre le vo­lant de son 4 4

x Toyo­ta. Les autres com­mer­çants du quar­tier et les em­ployés du Grand Hô­tel de Cannes sont à l’unis­son. Peu ba­vards, ils se contentent tous des mêmes mots : Mme Vey­rac est « une dame gen­tille, mo­deste, sans his­toires », comme on le dit tou­jours des per­sonnes dis­pa­rues ou res­sus­ci­tées.

Ce mar­di mi­di, quand Tin­tin dé­barque chez son co­pain po­li­cier, la ville est en émoi. Per­sonne ne sait ce qu’est de­ve­nue la pro­prié­taire du pa­lace can­nois, en­le­vée la veille dans un Re­nault Kan­goo blanc. Au­cun signe de vie, pas de ran­çon ré­cla­mée, pas de mo­tif dé­ce­lé, rien. Dis­pa­rue. Qui ? Com­ment ? Pour­quoi ? « Kid­nap­pée ! » titre à la « une » Ni­ceMa­tin en consa­crant deux pleines pages à l’af­faire : « La crim’ est à la re­cherche des ra­vis­seurs mas­qués qui l’ont em­bar­quée à bord d’un vé­hi­cule uti­li­taire. »

Plan­té dans ses pan­toufles, sur le pa­lier, l’an­cien po­li­cier est in­cré­dule. Gour­so­las, Lu­cio Neb­bu­la le connaît de­puis des lustres. Un bon gars, qui a aban­don­né son an­cien mé­tier de pa­pa­raz­zi pour une vie plus tran­quille en fai­sant le dé­tec­tive pri­vé. Des traques d’adul­tères et pe­tites fi­la­tures ici et là. Il « fi­loche », comme on dit, pose des ba­lises de sur­veillance sous des vé­hi­cules, c’est son pé­ché mi­gnon. Ses nom­breuses fré­quen­ta­tions dans la po­lice lui rendent ser­vice. En jouant au cow­boy en voi­ture, quelques mois plus tôt, il avait pro­vo­qué un ac­ci­dent grave et ren­ver­sé une fillette, ce qui lui va­lait d’être sous contrôle ju­di­ciaire et de poin­ter chaque se­maine à la ca­serne. Mais un en­lè­ve­ment ? Im­pen­sable. Tin­tin ne mange pas de ce pain-là. Il ne lui donne d’ailleurs pas d’ex­pli­ca­tion. Il lui ra­conte en par­lant vite qu’il n’a rien à voir avec tout ça, qu’il a juste pla­cé des ba­lises sous la voi­ture de Mme Vey­rac et que main­te­nant, il est dans la mouise. Com­ment se sor­tir de cette si­tua­tion ? C’est ce qu’il vient de­man­der à son co­pain.

« Viens, on va à Au­vare, lui dit le flic. Tu vas te dé­non­cer. » Au­vare, c’est la ca­serne de Nice où sont re­grou­pés les ser­vices de po­lice. Là, jus­te­ment, où Tin­tin va poin­ter ré­gu­liè­re­ment pour rem­plir ses obli­ga­tions ju­di­ciaires. Ce n’était pas vrai­ment ce qu’il vou­lait en­tendre. Il pa­nique. Le gi­got dé­barque tout d’un coup, in­con­gru. « Oui, j’irai plus tard. Là, j’ai un gi­got sur le feu. Je rentre chez moi et j’irai après. »

Le len­de­main, dans la ma­ti­née, le long d’une des rues ré­si­den­tielles qui ser­pentent au­tour des col­lines de Nice, un ri­ve­rain est in­tri­gué par une pe­tite four­gon­nette ga­rée le long de la chaus­sée. Un Kan­goo blanc. La plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion mal fixée en laisse ap­pa­raître une autre, ca­chée des­sous. « Ça sent la voi­ture vo­lée », se dit-il. En re­pas­sant un peu plus tard, dé­ci­dé à prendre une pho­to du vé­hi­cule, ce­lui- ci lui pa­raît bou­ger un peu. Une voix hurle à l’in­té­rieur : « À l’aide, j’ai été en­le­vée ! Ai­dez-moi ! » L’homme com­pose pré­ci­pi­tam­ment le nu­mé­ro de la po­lice et s’arc-boute sur la poi­gnée ar­rière de la voi­ture en ti­rant de toutes ses forces. La ser­rure cède, la double porte s’ouvre. Il n’en croit pas ses yeux. Une femme est là, li­go­tée sur un ma­te­las, aban­don­née dans son urine. Ses bras sont un peu bles­sés à cause des liens en plas­tique. C’est Jac­que­line Vey­rac, qua­rante-huit heures après son en­lè­ve­ment. Aux po­li­ciers et aux pom­piers qui ar­rivent sur les lieux, le sau­veur confie son ad­mi­ra­tion : « C’est une femme très so­lide. Elle n’a même pas pleu­ré, elle a mar­ché toute seule... Ça fai­sait plus deux jours et deux nuits qu’elle était là- de­dans ! »

Dans la fou­lée, la po­lice ju­di­ciaire opère un vaste coup de fi­let. Il y a neuf sus­pects. Tin­tin, bien sûr, fait par­tie du lot : les ba­lises qui l’af­fo­laient tant, pla­cées par lui sous la voi­ture de Mme Vey­rac, ont per­mis aux en­quê­teurs de re­mon­ter ra­pi­de­ment jus­qu’à lui. Son ami po­li­cier a été pla­cé sur écoute dans la fou­lée. S’ajoutent à ces deux-là un échan­tillon de zo­zos

im­pro­bables : un res­tau­ra­teur d’ori­gine ita­lienne, un SDF an­glais, an­cien de l’ar­mée bri­tan­nique en Af­gha­nis­tan... Rê­veurs pau­més, ban­dits ra­tés, tous n’ont en com­mun qu’une chose : la ga­lère. Et l’en­vie de croire au « coup » gran­diose et ma­gni­fique qui les en sor­ti­ra.

50 000 eu­ros l’adul­tère

L’en­quê­teur qui feuillette de­vant moi les pro­cès­ver­baux de garde à vue n’est pas né de la der­nière pluie. Mais là, il ne peut ca­mou­fler quelques sou­rires amu­sés et même un dé­but de fou rire qu’il prend soin de ré­fré­ner. Si tant est qu’il existe un por­trait-ro­bot du kid­nap­peur de mil­liar­daires, le moins qu’on puisse dire est que cha­cun de ces bran­qui­gnols en est très loin. La ré­plique qui vient à l’en­quê­teur semble une fois de plus sor­tir d’un scé­na­rio de Mi­chel Au­diard : « Dans mon mé­tier, j’en ai vu des vertes et des pas mûres. Mais une bande de gui­gnols pa­reille, je dois dire, ra­re­ment. »

Com­ment diable cette équipe hé­té­ro­clite a- t- elle pu se for­mer et pour quelle rai­son ont-ils je­té leur dé­vo­lu sur Jac­que­line Vey­rac ? À qui au­rait pro­fi­té le crime ? Les mêmes étaient-ils à la ma­noeuvre pour le pre­mier kid­nap­ping, ja­mais élu­ci­dé ? Les en­quê­teurs ont vite écar­té l’hy­po­thèse du conflit fa­mi­lial dans le cadre de la suc­ces­sion du ma­ri de la mil­lion­naire. Ils se concentrent sur un autre conflit : ce­lui qui op­po­sait la pro­prié­taire de La Ré­serve à son an­cien gé­rant, Giu­seppe Se­re­na, dit Beppe. Pour eux, il se­rait le cer­veau de l’opé­ra­tion.

L’épo­pée de ce res­tau­ra­teur échoué sur la Côte d’Azur com­mence dans un pe­tit vil­lage tran­quille de l’Ita­lie du nord, dans la ré­gion du Ca­na­vese, à une tren­taine de ki­lo­mètres de Tu­rin. Sa­las­sa : c’est là, au pied de la mon­tagne, que gran­dit l’an­cien em­ployé de Mme Vey­rac, sus­pec­té d’avoir com­man­di­té une opé­ra­tion avec la­quelle il as­sure, der­rière les bar­reaux, n’avoir ab­so­lu­ment rien à voir. Beppe : 63 ans au­jourd’hui, chauve, cor­pu­lent, rieur, af­fable. Dans Les Ton­tons flin­gueurs, ce se­rait Ber­nard Blier.

À Sa­las­sa, à peu près un quart des 1 800 ha­bi­tants s’ap­pelle Se­re­na. C’est le nom de fa­mille du coin. Les pa­rents de Giu­seppe te­naient le ta­bac -presse qui fai­sait d’eux les no­tables du vil­lage. Beppe a gran­di dans la cé­lé­bri­té lo­cale. Il a com­men­cé par faire un peu de po­li­tique dans les an­nées 1980 au­près du maire de l’époque – un Se­re­na, lui aus­si. Il n’a pas de cha­risme par­ti­cu­lier mais adhère au Par­ti so­cial- dé­mo­crate ita­lien (PSDI), se fait élire conseiller mu­ni­ci­pal puis ar­ron­dit ses fins de mois en tra­vaillant dans une struc­ture pu­blique de san­té. Une tran­si­tion vers le monde de l’argent. Il a en­vie d’en ga­gner beau­coup. D’un jour à l’autre, il quitte la po­li­tique et se lance dans les af­faires.

Il connaît des hauts et des bas. En quête de pro­jets lu­cra­tifs, il ac­quiert un ter­rain pour y créer un ca­si­no et un centre spor­tif en pré­vi­sion de la Coupe du monde de football en Ita­lie, en 1990. Ça ne marche pas. « Il n’a pas ob­te­nu le per­mis, on n’ouvre pas un ca­si­no comme une char­cu­te­rie ! com­mente Mau­ro Giu­bel­li­ni, jour­na­liste au quo­ti­dien lo­cal La Sen­ti­nel­la del Ca­na­vese. Se­re­na n’a pas eu d’en­nuis avec la justice, mais son ob­ses­sion de ga­gner de l’argent lui a don­né une ré­pu­ta­tion de ma­gouilleur un peu sul­fu­reux. » Après l’échec du ca­si­no, Beppe quitte le Ca­na­vese et part ten­ter sa chance sur la Côte d’Azur. « Il vou­lait trou­ver de l’argent et des in­ves­tis­seurs étran­gers », dit- on au vil­lage.

Le cri­tique gas­tro­no­mique Jacques Gan­tié le ren­contre à Nice au dé­but des an­nées 2000. Giu­seppe Se­re­na a ou­vert un pe­tit bis­tro dans le vieux Nice avec un fin cui­si­nier qui est aus­si son com­pa­gnon : Jou­ni Törmä­nen, un Fin­lan­dais blond aux yeux bleus qui s’était fait re­mar­quer chez Du­casse à Mo­na­co. L’Ate­lier du goût, avec ses pro­duits frais à l’ita­lienne, son dé­cor simple et ses quelques tables sur le trot­toir de­vient vite le ren­dez-vous bran­ché de Nice et ob­tient une étoile en 2006. « C’était un en­droit pré­cur­seur et sym­pa­thique, se sou­vient Gan­tié, au­teur des guides du même nom et an­cien de Nice-Ma­tin. Le couple y fai­sait pour beau­coup : le jeune Fin­lan­dais dis­cret et très bon chef, l’Ita­lien ex­tra­ver­ti et cha­leu­reux au verbe so­nore, pour don­ner l’am­biance. »

L’af­faire marche bien, l’étoile leur donne des ailes, Giu­seppe Se­re­na voit tou­jours plus grand. En 2007, Jou­ni et lui prennent la lo­ca­tion- gé­rance du res­tau­rant La Ré­serve, lieu ma­gique de Nice en aplomb sur la roche et tout en vitres,

comme prêt à s’élan­cer dans la Mé­di­ter­ra­née. Le lieu était fer­mé de­puis dix­huit ans. Jac­que­line Vey­rac, la pro­prié­taire, est ra­vie de confier les rênes à ces deux res­tau­ra­teurs dont le pre­mier éta­blis­se­ment a dé­jà su en­chan­ter la ville. Jou­ni est tou­jours à la cui­sine, Beppe à l’ac­cueil. Il biche. L’en­droit est d’une beau­té in­com­pa­rable, la clien­tèle plus cos­sue que dans le vieux Nice, il ne veut pas jouer pe­tit bras. Ni sur leur in­ves­tis­se­ment dans les tra­vaux de ré­no­va­tion, ni sur la quan­ti­té de per­son­nel, ni sur les prix de la carte. Ils ac­quittent un loyer de 9 000 eu­ros men­suels et em­bauchent rien de moins que 46 per­sonnes, dont l’an­cien som­me­lier du Chan­te­cler, le res­tau­rant du cé­lèbre hô­tel Ne­gres­co de Nice. L’étoile dé­cro­chée en 2008 ne fait rien pour mo­dé­rer la fougue. Les me­nus dé­gus­ta­tion voi­sinent les 150 eu­ros. La clien­tèle monte en gamme, pas tou­jours adap­tée avec les ma­nières af­fables et dé­sin­voltes de Giu­seppe. Le guide Gan­tié 2008, qui loue la cui­sine de Jou­ni, tique sur « Giu­seppe Se­re­na à l’ample ta­blier, maître à bord de la nave, qui ne va pas tou­jours dans le bon sens de l’ac­cueil et du ser­vice at­ten­dus ». Les en­nuis fi­nan­ciers com­mencent. Au bout de la deuxième an­née, c’est la dé­grin­go­lade. La Ré­serve est pla­cée en liquidation en 2009 par le tri­bu­nal de com­merce de Nice. Plus de 2 mil­lions d’eu­ros de pas­sif, aux­quels s’ajou­te­ra en 2011 la liquidation de l’an­cien bis­tro du couple, L’Ate­lier du goût, que Giu­seppe avait vou­lu gar­der pour en faire une trat­to­ria.

Entre Giu­seppe Se­re­na et Jac­que­line Vey­rac, c’est la guerre. Cha­cun veut ré­cu­pé­rer son in­ves­tis­se­ment. La fa­mille Vey­rac pré­tend avoir in­ves­ti 600 000 eu­ros de tra­vaux, Se­re­na en re­ven­dique 900 000 et les exige. Le moins qu’on puisse dire est que la presque sep­tua­gé­naire n’est pas une mau­viette. Ce­lui qui s’y at­taque n’a pas choi­si la proie la plus fa­cile. Beppe et Jou­ni se sé­parent. Le se­cond aban­donne la res­tau­ra­tion et se re­tire faire du miel dans la mon­tagne, le pre­mier cherche de quoi re­bon­dir, échoue, res­sasse sa ran­coeur. Ja­mais à court de pro­jets, mal­gré l’in­ter­dic­tion de gé­rer pour six ans dont il a éco­pé le 19 dé­cembre 2013, à la suite de la liquidation de la trat­to­ria. Les po­li­ciers re­marquent la coïn­ci­dence : le 9 dé­cembre de la même an­née, soit dix jours plus tôt, avait lieu la pre­mière ten­ta­tive d’en­lè­ve­ment, ra­tée, de Jac­que­line Vey­rac. Mais rien n’ar­rête Beppe Se­re­na. Il en­vi­sage un mo­ment de ra­che­ter le res­tau­rant voi­sin de La Ré­serve, le Co­co Beach. Et en re­vient tou­jours au même constat : il lui manque l’argent. Il lui en faut beau­coup, beau­coup. De quoi in­ves­tir et « se re­faire ».

Au même mo­ment et très loin de là, à Jer­sey, une bande de co­pains se noue. Deux Ita­liens et un Bri­tan­nique ont échoué pour dif­fé­rentes rai­sons sur cette île an­glo-nor­mande où ils vivent de tra­vaux di­vers. Ils se fré­quentent. L’un d’eux, En­ri­co Fon­ta­nel­la, a des liens avec le pe­tit monde de la com­mu­nau­té ita­lienne de Nice. Un cer­tain Giu­seppe Se­re­na, no­tam­ment. En 2014, ce­lui- ci lui pro­pose de le re­joindre sur la Côte d’Azur : il a plu­sieurs pro­jets pro­fes­sion­nels, compte re­mon­ter un éta­blis­se­ment hô­te­lier et a be­soin de main- d’oeuvre. En­ri­co ar­rive avec ses com­pères : Ama­deo Ur­so, d’ori­gine ita­lienne comme lui, et Phi­lip Dut­ton, qui se pré­sente comme un an­cien de l’ar­mée bri­tan­nique ayant com­bat­tu en Af­gha­nis­tan où il au­rait été bles­sé.

À par­tir de là, les ver­sions dif­fèrent. Pour Giu­seppe Se­re­na, sa re­la­tion avec eux ne tient à rien d’autre qu’à ses ten­ta­tives, ja­mais abou­ties, de dé­ni­cher une autre af­faire. L’An­glais et les deux Ita­liens ra­content autre chose : ve­nus à Nice en es­pé­rant y trou­ver un em­ploi, ils constatent l’échec des pro­jets suc­ces­sifs de Se­re­na et se ré­solvent à vivre d’ex­pé­dients. Dès 2015, af­firment-ils, Beppe leur confie la mis­sion de par­ti­ci­per à des sur­veillances d’une riche Ni­çoise, Jac­que­line Vey­rac. Les deux Ita­liens aban­donnent vite, l’un pour rai­sons de san­té, l’autre parce qu’il a trou­vé un em­ploi dans la res­tau­ra­tion. Le Bri­tan­nique, lui, conti­nue.

Phi­lip Dut­ton, un grand maigre de 47 ans au re­gard grave et mar­qué, s’est trou­vé par ailleurs un pe­tit bou­lot de sur­veillance de plage au Flo­ri­da Beach, sur la Pro­me­nade des An­glais. Il y ren­contre un pla­giste peu com­mun, échoué là pour ar­ron­dir ses fins de mois en ran­geant ma­te­las et pa­ra­sols : Luc Gour­so­las. Sur­nom­mé Tin­tin, comme on l’a dit, sans doute à cause de sa bouille de bande des­si­née. Ces deux-là sym­pa­thisent. Ils aiment la bour­lingue et l’aven­ture qui se danse entre les ex­plo­sifs, tou­jours sur la ligne jaune. Tin­tin est fas­ci­né par les ré­cits de guerre, vrais ou faux, de l’an­cien sol­dat de Sa Ma­jes­té qui parle à peine fran­çais et s’est amé­na­gé un coin pour pas­ser ses nuits sur le sable au Flo­ri­da Beach. Ce der­nier lui ra­conte qu’il était dans les forces spé­ciales, qu’il a sau­té sur une mine en Af­gha­nis­tan, a été hos­pi­ta­li­sé de longs mois et a quit­té l’ar­mée avant l’âge de la re­traite. Il s’est re­trou­vé ain­si SDF à Jer­sey puis à Nice. Il lui pro­pose un bon plan : en plus de faire pla­giste, puis­qu’il sait ma­nier le ma­té­riel des flics et s’y connaît en fi­la­ture, Tin­tin pour­rait don­ner un coup de main pour ob­ser­ver les ha­bi­tudes de la mil­lion­naire. Ce se­ra mieux payé qu’au Flo­ri­da Beach. L’An­glais le pré­sente à Beppe Se­re­na.

Af­faire conclue. Tin­tin fixe ses ba­lises sous le 4 4 Toyo­ta de Jac­que­line Vey­rac

x que lui dé­signe son ami Dut­ton. Aux po­li­ciers, il jure avoir été trom­pé sur la fi­na­li­té de l’af­faire. Se­re­na, as­sure- t-il, lui a ven­du un ré­cit se­lon le­quel il était ma­rié à Jac­que­line Vey­rac et avait be­soin de ses ser­vices pour vé­ri­fier les in­fi­dé­li­tés qu’il soup­çon­nait. Il n’était pas au cou­rant du pro­jet de kid­nap­ping, n’a fait que son bou­lot et de­vait tou­cher 500 eu­ros par jour, dit-il par l’in­ter­mé­diaire de son avo­cat, Me Adrien Ver­rier. L’An­glais, quand

Les ra­vis­seurs ont en­voyé deux SMS à la fa­mille pour RÉCLAMER UNE RAN­ÇON. Mais les mes­sages ne sont ja­mais par­ve­nus à leur des­ti­na­taire.

« On va tous être obli­gés de plai­der LE DÉ­LIT DE STU­PI­DI­TÉ. » L’un des avo­cats des pré­ve­nus

il est in­ter­ro­gé, évoque une tout autre somme pro­mise à l’an­cien pa­pa­raz­zi : 50 000 eu­ros. Cher payé pour un adul­tère.

« You are fu­cked ! »

Voi­là les pieds ni­cke­lés prêts pour le kid­nap­ping. Les ba­lises sont pla­cées trois, quatre jours avant l’en­lè­ve­ment qui se passe comme pré­vu, le 24 oc­tobre, à quelques mètres de la phar­ma­cie Gam­bet­ta. Ils sont deux à s’em­pa­rer de la vic­time, le conduc­teur les at­tend au vo­lant, prêt à fon­cer. La four­gon­nette et sa pré­cieuse car­gai­son sont em­me­nées sur les hau­teurs de Nice, dé­pla­cées et sur­veillées par des hommes de main.

L’An­glais ap­pelle Se­re­na : « It’s done. » D’après son té­moi­gnage, Beppe lui donne ren­dez-vous dans l’après-mi­di der­rière le centre com­mer­cial Ni­cé­toile, où il vient le cher­cher dans sa pe­tite Fiat Mul­ti­pla blanche. En­semble, tou­jours se­lon Dut­ton, ils montent vers Sos­pel, un vil­lage de l’ar­rière-pays. Sur la route, Se­re­na lui donne le por­table de Jac­que­line Vey­rac. L’ac­cent an­glais brouille­ra les pistes, pensent-ils fi­ne­ment, c’est donc Dut­ton qui ap­pelle le fils : « Nous avons votre mère. On re­pren­dra contact avec vous. » Il pro­nonce le mot « ran­çon » sans pré­ci­ser la somme. À l’autre bout du fil, le fils de­mande une preuve de vie. Dut­ton rac­croche. Ils n’ont même pas pen­sé à fil­mer la vic­time. « You are fu­cked », dit l’An­glais au « cer­veau ». Giu­seppe Se­re­na nie tout de cet épi­sode. Il de­vra ex­pli­quer au juge pour­quoi les po­li­ciers ont lo­ca­li­sé son propre té­lé­phone por­table au même mo­ment et au même en­droit que ce­lui de Phi­lip Dut­ton quand il a don­né ce pre­mier ap­pel. « On va tous être obli­gés de plai­der le dé­lit de stu­pi­di­té », se la­mente l’un des nom­breux avo­cats des pré­ve­nus.

Luc Gour­so­las pa­nique. Les mé­dias na­tio­naux s’en­flamment sur le kid­nap­ping de la mil­lion­naire. Sur son écran ra­dar, il voit le pe­tit point rouge in­di­quant l’em­pla­ce­ment de son tra­cker, donc l’en­droit où se trouve la voi­ture de Jac­que­line Vey­rac. Aux der­nières nou­velles, le 4 4 était

x res­té sur le lieu du rapt, près de la phar­ma­cie Gam­bet­ta. Mais elle n’y est plus. Et l’en­droit où brille le point rouge, Tin­tin le connaît bien : c’est la ca­serne Au­vare ! Les flics sont en train d’exa­mi­ner l’en­gin. Ils vont trou­ver sa ba­lise et re­mon­ter jus­qu’à lui. Ca­tas­trophe. Il doit jus­te­ment s’y rendre ce lun­di soir à 19 heures, pour son contrôle ju­di­ciaire. À la gué­rite de l’en­trée, de­vant l’en­semble de bâ­ti­ments lu­gubres et dé­la­brés, il tente de sai­sir l’at­mo­sphère, lui qui connaît bien les codes. C’est ten­du. Le len­de­main mi­di, mar­di, il passe chez le flic re­trai­té pour lui de­man­der conseil. Puis re­tourne chez lui : il a son gi­got sur le feu.

De son cô­té, sai­si d’un élan d’in­ven­ti­vi­té, Dut­ton – sur ordre de Se­re­na, se­lon son avo­cat Me Ben­ja­min Char­lier – ac­quiert un té­lé­phone por­table ano­nyme et en­voie suc­ces­si­ve­ment deux SMS au fils de Jac­que­line Vey­rac, mar­di puis mer­cre­di, afin d’évo­quer la ran­çon. Pour une rai­son tech­nique in­ex­pli­quée, les mes­sages ne par­viennent ja­mais au des­ti­na­taire. Mais Dut­ton et Se­re­na, bien sûr, ne le savent pas. Les po­li­ciers n’ont pas re­trou­vé le­dit por­table et ne savent tou- jours pas quelle somme a pré­ci­sé­ment été de­man­dée : le chiffre va­rie entre 2 et 5 mil­lions d’eu­ros se­lon les dé­cla­ra­tions des uns et des autres. Les heures passent. Le mar­di soir, Jac­que­line Vey­rac est tou­jours li­go­tée sur le plan­cher du vé­hi­cule sans mé­na­ge­ment ni le moindre égard pour les be­soins na­tu­rels. Elle ac­cepte un peu d’eau de ses geô­liers ( tou­jours pas iden­ti­fiés) mais re­fuse de s’ali­men­ter. N’ayant re­çu au­cun signe de vie de­puis lun­di, la fa­mille et la po­lice s’af­folent. Les ra­vis­seurs s’in­quiètent aus­si : pour­quoi per­sonne ne ré­agit ? Que fait- on ? Tout foire. Des ton­tons flin­gueurs, on s’oriente vers les bras cas­sés de Max et les Fer­railleurs, le film de Claude Sau­tet.

Mer­cre­di ma­tin, tou­jours rien. Une réunion est or­ga­ni­sée au do­mi­cile de Luc Gour­so­las, ain­si que le ré­vé­le­ra plus tard Nice-Ma­tin. L’An­glais est sur place : il s’est ins­tal­lé pour l’oc­ca­sion en bas de chez lui, dans un ga­rage amé­na­gé en chambre. Se­re­na ar­rive. Les po­li­ciers n’ont « pas eu le temps de mi­cro­ter » l’ap­par­te­ment, comme ils disent, mais ils sont en planque de­hors. Deux jours plus tôt, le lun­di, ils ont in­ter­cep­té un ap­pel re­çu par Tin­tin où l’in­ter­lo­cu­teur avait un ac­cent an­glais... comme ce­lui avec le­quel était pro­non­cé le pre­mier mes­sage adres­sé au fils de Jac­que­line Vey­rac. Ils voient ar­ri­ver Se­re­na, Dut­ton fu­mer sur le bal­con. Tou­jours sans nou­velles de la vic­time, les po­li­ciers qui ont dis­crè­te­ment re­mon­té les pistes ob­servent la scène. À l’in­té­rieur, ça parle ran­çon et fric. Tin­tin est tou­jours ob­sé­dé par ses ba­lises et veut sa­voir quand il va tou­cher son dû. À moins, comme il l’a dé­cla­ré lui-même, qu’il ne leur passe un sa­von en dé­cou­vrant qu’il s’agit d’un en­lè­ve­ment et pas d’un adul­tère. Jac­que­line Vey­rac est re­trou­vée par un ri­ve­rain vers mi­di. Dans l’après-mi­di, vers 15 h 30, la po­lice qui a lo­ca­li­sé tout le monde pro­cède aux ar­res­ta­tions de la bande, épar­pillée dans di­vers lieux.

Se re­trouvent au trou : Se­re­na, Dut­ton, Gour­so­las, mais aus­si Jou­ni Törmä­nen, le cui­si­nier fin­lan­dais. Dans la fa­mille Bras- cas­sés, quatre autres sont sup­po­sés avoir été les pe­tites mains de l’opé­ra­tion, no­tam­ment le conduc­teur du Kan­goo blanc et les deux aco­lytes en­ca­gou­lés char­gés d’y en­four­ner la vic­time. As­sez peu cou­tu­miers de la chose pour aban­don­ner sur place le 4 4 de Jacque

x line Vey­rac, y lais­ser leurs traces ADN, mal fixer les plaques d’im­ma­tri­cu­la­tion sur le Kan­goo...

Ces der­niers viennent pour la plu­part de la ci­té ni­çoise des Mou­lins. L’un d’entre eux a re­con­nu avoir sur­veillé la four­gon­nette le temps de la sé­ques­tra­tion. Un autre – ce­la ne s’in­vente pas – ré­pond au nom de Qa­ch­qach et rou­lait en plus de ce­la dans une Nis­san Qa­sh­qai. Il a été re­lâ­ché et pla­cé sous contrôle ju­di­ciaire,

à l’ins­tar du po­li­cier à la re­traite mis en cause pour « non- dé­non­cia­tion de crime ». Jou­ni Törmä­nen, l’as­so­cié fin­lan­dais de Se­re­na, ex- chef de La Ré­serve, a été re­lâ­ché. Une autre per­sonne a été mise en exa­men et pla­cée sous contrôle ju­di­ciaire, fin no­vembre : un Ita­lien soup­çon­né d’avoir exer­cé une sur­veillance sur Mme Vey­rac de­puis 2015 avec ses co­pains de Jer­sey, Dut­ton et Ur­so. Tous sont mis en exa­men pour « en­lè­ve­ment, sé­ques­tra­tion, ten­ta­tive d’ex­tor­sion et vol », le tout en bande or­ga­ni­sée : ils en­courent la per­pé­tui­té. À ce stade de l’en­quête, toutes les per­sonnes ci­tées sont pré­su­mées in­no­centes. Cinq d’entre elles sont écrouées dans dif­fé­rentes pri­sons du Var. Trois sont sous contrôle ju­di­ciaire. La po­lice n’écarte pas l’éven­tua­li­té d’autres com­plices. Elle cherche aus­si les liens éven­tuels avec la pre­mière ten­ta­tive d’en­lè­ve­ment et s’in­ter­roge tou­jours sur la ré­par­ti­tion des rôles.

Phi­lip Dut­ton est le seul à ad­mettre en­tiè­re­ment son im­pli­ca­tion dans le rapt, tout en niant qu’il connais­sait l’iden­ti­té de Mme Vey­rac. Il dit avoir été contac­té « pour [ses] ca­pa­ci­tés mi­li­taires » ; il avait le rôle de « conseiller lo­gis­tique et tech­nique » et s’était vu pro­mettre 10 % des mil­lions d’eu­ros pré­vus une fois la ran­çon ac­quise. Comme les autres, il ac­cuse Giu­seppe Se­re­na d’être le com­man­di­taire, le­quel as­sure au contraire s’être fait en­traî­ner mal­gré lui. Le jour de la réunion chez Tin­tin, il pas­sait par là. « Il se­rait idiot d’avoir fait ce­la alors qu’il est le cou­pable dé­si­gné : tout le monde sa­vait qu’il était en conflit avec les Vey­rac », plaide son avo­cat Me Gé­rard Beau­doux.

Jac­que­line Vey­rac a re­pris ses ha­bi­tudes comme si de rien n’était. À 76 ans, c’est une bonne na­ture. Dans la four­gon­nette, sur son ma­te­las ré­pu­gnant, elle a es­sayé deux fois de s’éva­der en des­ser­rant ses liens et en ta­pant sur la por­tière. Quelques jours après son en­lè­ve­ment, elle dé­jeu­nait avec son fils au Grand Hô­tel de Cannes, comme ils le font deux fois par se­maine pour y ré­gler les af­faires cou­rantes. Dans le scé­na­rio du film qui pour­rait s’ap­pe­ler quelque chose comme La Mil­lion­naire et les Bri­co­leurs ou Trois gui­gnols et une mil­lion­naire, il fau­dra trou­ver à l’An­glais désa­bu­sé et fleg­ma­tique un ac­teur à sa hau­teur. De­vant les po­li­ciers, il a es­quis­sé un sou­rire : « C’était des Mi­ckey Mouse », a dit l’An­glais dans son fort ac­cent, comme un fin mot de l’his­toire. �

OCEAN THREE Le res­tau­rant ni­çois La Ré­serve, pro­prié­té de Jac­que­line Vey­rac. Il a été un temps te­nu par Beppe Se­re­na (au centre), consi­dé­ré comme le cer­veau du rapt. Ses com­plices, Luc Gour­so­las (à gauche) et Phi­lip Dut­ton, en­courent, eux aus­si, la per­pé­tui­té.

UNE FEMME TRÈS CONVOITÉE Jac­que­line Vey­rac, ici en sep­tembre 2013, dé­tient no­tam­ment le Grand Hô­tel de Cannes. Cette an­née, elle a dé­jà été vic­time d’une pre­mière ten­ta­tive d’en­lè­ve­ment.

CINQ MÈTRES CUBES Le Kan­goo blanc dans le­quel Jac­que­line Vey­rac a été re­trou­vée deux jours après son en­lè­ve­ment.

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