Soit

Vanity Fair (France) - - Editorial -

es shoo­tings, comme les re­gards, sont sou­vent ré­vé­la­teurs ; les en­fants gâ­tés boudent tou­jours un peu ; les vrais ti­mides osent. Anne Sin­clair n’aime pas trop ces séances-là : ce n’est pas parce qu’on a fait de la té­lé­vi­sion qu’on adore être pho­to­gra­phié. C’est comme ça, pas be­soin de voir un psy non plus. À la fin du shoo­ting, pour­tant, Anne était ra­dieuse, heu­reuse d’avoir été bien en­tou­rée, gui­dée pour le sty­lisme par Vir­gi­nie Mou­zat, dé­ten­due ra­pi­de­ment face à l’ob­jec­tif de Pa­trick Swirc.

Au­tour de la table, ce jour-là, avec l’équipe de Va­ni­ty Fair et Anne Hom­mel, sa conseillère en com’, Anne s’est li­vrée lon­gue­ment et sans dé­tours. La po­li­tique est tou­jours l’une de ses pas­sions, la pein­ture et l’amour aus­si – elle ad­mire les lettres de Fran­çois Mit­ter­rand à Anne Pin­geot pu­bliées ré­cem­ment. Celles- ci ré­vèlent, nous dit- elle, le ta­lent d’écri­vain d’un pré­sident brillant e t culti­vé pour le­quel elle n’avait plus beau­coup d’es­time de­puis le livre de Pierre Péan sur ses fré­quen­ta­tions vi­chystes. Ces lettres en­flam­mées d’un homme pas tou­jours fi­dèle l’ont ré­con­ci­liée avec ce­lui en qui elle avait cru. Ain­si est- elle – l’ar­ticle que So­phie des Dé­serts lui consacre est, comme elle, à la fois élé­gant et sans com­plai­sance.

Avec Anne, nos che­mins se sont croisés mais nous n’avons ja­mais tra­vaillé en­semble. Elle est sou­vent ve­nue sur mon pla­teau, no­tam­ment en 2008, à New York, pour la pre­mière élec­tion d’Oba­ma. BHL et Gray­don Car­ter, pa­tron de l’édi­tion amé­ri­caine de Va­ni­ty Fair, étaient là. Anne a pas­sé quelques jours avec nous jus­qu’au scru­tin his­to­rique, puis elle est re­par­tie à Washington au­près de DSK, alors pa­tron du FMI. Tout lui sou­riait, comme tout lui a sou­vent sou­ri. Ce sou­rire, comme ce­lui de La Jo­conde, est dans toutes les mé­moires de­puis l’époque de « 7 sur 7 ». L’émis­sion fut l’un des ren­dez-vous les plus puis­sants de la té­lé­vi­sion, un concept lim­pide : les grands mo­ments de l’ac­tua­li­té de la se­maine et un in­vi­té, en face-àface, en di­rect. Un dé­cor sobre, de la per­ti­nence, le bon hôte au bon mo­ment : la meilleure té­lé­vi­sion est plus simple que la mau­vaise.

Comme la cui­sine, si l’on en croit la blo­gueuse Mi­mi Tho­ris­son, reine du Mé­doc, des four­neaux et d’une France de carte pos­tale.

L’oeuvre de Ma­ri­na Abra­mo­vić, en­fant du com­mu­nisme de­ve­nue star de l’art contem­po­rain, os­cille entre le su­blime et le ri­di­cule. La­dy Ga­ga, James Fran­co et Jay Z s’ins­pirent des per­for­mances muettes et sta­tiques de la Serbe, vues par des mil­lions d’ad­mi­ra­teurs sur la Toile sans che­va­let. On at­ten­dait la re­lève de­puis An­dy Wa­rhol ; elle est là !

Chel­sea Clin­ton a une co­pine à la Mai­son Blanche : Ivan­ka Trump – eh oui ! L’in­fluente « fille de » s’est ins­tal­lée à Washington avec son ma­ri Ja­red Ku­sh­ner pro­mu haut conseiller du nou­veau pré­sident. Élé­gante et plus mo­dé­rée que son père (ça n’est pas très com­pli­qué), elle est la seule à par­ler li­bre­ment à l’oreille de Do­nald. Le nou­vel homme fort des États-Unis n’aime pas Va­ni­ty Fair – il l’a même twee­té –, mais notre cu­rio­si­té reste in­tacte à son égard et ce­lui de son en­tou­rage, comme vous al­lez le lire. Un an­cien pré­sen­ta­teur de té­lé­réa­li­té di­rige donc la pre­mière puis­sance du monde. Ce scé­na­rio au­rait sé­duit toutes les boîtes de production. Pour­quoi pas celle de Stéphane Cour­bit, an­cien sta­giaire de Chris­tophe De­cha­vanne qui a en­suite lan­cé l’in­ou­bliable « Loft Sto­ry ». Il est au­jourd’hui un pro­duc­teur mil­lion­naire à la tête du géant mon­dial Ba­ni­jay. Re­naud Re­vel re­fait l’his­toire de cet en­fant du siècle. « Ça te manque la té­lé ? m’a de­man­dé Anne Sin­clair. – Non, c’était bien. Et toi, Anne ? – Non plus. » �

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