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prê­taient à des taux in­té­res­sants, ra­conte Da­vy. Entre pro­duc­teurs, on se re­fi­lait les tuyaux. Des films de Cha­brol ou de Sau­tet ont été fi­nan­cés ain­si. Avan­cée en li­quide, la somme de­vait être rem­bour­sée éga­le­ment en li­quide. Et à l’heure. Un jour, j’ai trou­vé ma se­cré­taire com­plè­te­ment trau­ma­ti­sée. Un homme à qui je de­vais de l’ar­gent ve­nait de pas­ser et avait fra­cas­sé une lampe en pré­ve­nant que la pro­chaine fois, ce se­rait plus sé­rieux... À cô­té, le monde du por­no m’a tou­jours pa­ru plus ré­glo ! »

Ex­hi­bi­tion inau­gure une sé­rie de do­cu­men­taires qui se re­gardent au­jourd’hui comme au­tant d’instantanés sur les des­sous des Trente Glo­rieuses. Ex­hi­bi­tion 2 s’in­té­resse à Syl­via Bour­don, maî­tresse SM que Da­vy filme avec un es­clave hol­lan­dais dé­char­né. In­ter­dite par la cen­sure, la ver­sion longue a dis­pa­ru. Reste, dans le film dis­tri­bué, l’ap­pa­ri­tion d’An­dré Ber­coff, ami de Bour­don et au­jourd’hui chro­ni­queur au jour­nal ul­tra­droi­tier Va­leurs ac­tuelles, qui dé­clare : « Au risque de pa­raître chau­vin, mais après tout pour­quoi pas, la France est en­core le pays de l’art de vivre. » Syl­via Bour­don a ra­con­té ses ex­pé­riences ex­trêmes dans L’amour est une fête, pré­fa­cé par Ber­coff. Elle y parle un peu de Da­vy et dé­crit un rap­port brû­lant avec un terre-neuve « qui ve­nait de Chartres ». Des an­nées plus tard, après avoir ou­vert une cé­lèbre ga­le­rie d’art, elle lance un concours pour le de­si­gn de la mon­naie eu­ro­péenne. Puis elle crée une so­cié­té de cour­tage des­ti­née à ex­por­ter la technologie fran­çaise en Ara­bie saou­dite... avant de pu­blier sur In­ter­net des textes à base de « tsu­na­mi mi­gra­toire is­la­mi­sé ».

La meilleure en­quête de Jean-Fran­çois Da­vy reste Pros­ti­tu­tion (1976). On y voit Sté­phane Col­la­ro chan­ter À la pêche aux moules de­vant une conven­tion de tra­vailleuses du sexe at­ter­rées et le film s’achève par une in­ter­view de Gri­sé­li­dis Réal. Ar­tiste pé­ri­pa­té­ti­cienne, l’au­teur du Noir est une cou­leur (Bal­land, 1974) se ra­conte dans une langue su­blime qui n’ap­par­tient qu’à elle. Elle re­pose au­jourd’hui à Ge­nève, au ci­me­tière des Rois, à quelques pas de Jean Cal­vin. Sur sa tombe, il est écrit : « Écri­vain – Peintre – Pros­ti­tuée ». Quant à Bec­ca­rie, Da­vy l’a fil­mée une der­nière fois dans

Elle élève alors des oies et fait du strip-tease fo­rain. De­puis, nul ne sait ce qu’elle est de­ve­nue.

Au­cun de ces films n’a re­trou­vé le suc­cès d’Ex­hi­bi­tion et, à la fin des an­nées 1970, Da­vy de­vient lui-même pro­duc­teur de por­no « pour faire bouillir la mar­mite ». Il n’est pas le seul à go­diller entre le X et le ci­né­ma tra­di­tion­nel. Le pa­tron du genre, Fran­cis Mi­sch­kind, a dis­tri­bué Claude Cha­brol, Ro­ger Va­dim ou Fran­çois Rei­chen­bach. Le ci­néaste Claude Ber­nard-Au­bert avait di­ri­gé Jean Ga­bin, Charles Az­na­vour ou Em­ma­nuelle Ri­va avant de si­gner des films comme Au­to-stop­peuses en cha­leur (1979) sous le nom de Burd Tran­ba­ree. En 1978, Jean-Claude Car­rière est donc à peine éton­né lorsque Jean-Fran­çois Da­vy lui pro­pose d’écrire Chaus­sette sur­prise. Ce film lou­foque réunit un cas­ting épous­tou­flant : Ber­na­dette La­font, An­na Ka­ri­na, Mi­chel Ga­la­bru, Ber­nard Hal­ler,

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