LE FILM etait Presque PA FAIT

Vanity Fair (France) - - Coupe De Chapeau -

Entre le ma­gnat Jean-Da­vid Blanc et l’hé­roïne de Grey’s Ana­to­my, Me­lis­sa George, l’his­toire a dé­bu­té comme une co­mé­die ro­man­tique. Elle s’achève en tra­gé­die avec des ac­cu­sa­tions de vio­lence, l’ombre de mys­té­rieux oli­garques et deux petits gar­çons en otage. SO­PHIE DES DÉ­SERTS re­vient sur une af­faire tris­te­ment moderne qui di­vise Hol­ly­wood et Pa­ris.

Leur rencontre fut une évi­dence. Sur ce point-là, au moins, ils ra­content la même his­toire. Cette nuit gla­cée du 12 fé­vrier 2012, le Royal Ope­ra House de Londres s’illu­mine pour la cé­ré­mo­nie des Baf­ta (Bri­tish Aca­de­my Film Awards). Me­lis­sa George vi­re­volte dans un four­reau noir, sou­rire hol­ly­woo­dien blan­chi aux séries té­lé­vi­sées, de Friends à Alias et Grey’s Ana­to­my après une pre­mière ap­pa­ri­tion tor­ride, à l’âge de 19 ans, dans Mul­hol­land Drive. Da­vid Lynch lui avait dit qu’elle irait loin. Il ne lui manque plus qu’un grand rôle pour trin­quer avec sa com­pa­triote, l’Aus­tra­lienne Ni­cole Kid­man, qui, ce soir, trône sur scène. Me­lis­sa aus­si rêve de gloire. Ses yeux bleus percent la foule et tombent sur un qua­dra en smo­king, puis­sant vi­si­ble­ment. Jean-Da­vid Blanc est à la table des win­ners, avec Jean Du­jar­din tout juste sa­cré pour son rôle dans The Ar­tist, le réa­li­sa­teur du film Mi­chel Ha­za­na­vi­cius, son pro­duc­teur Tho­mas Lang­mann ain­si que Har­vey Wein­stein, le grand ma­ni­tou des Os­cars, en grande dis­cus­sion avec George Cloo­ney. L’homme n’ap­par­tient pas au sep­tième art, mais il n’en est pas loin : en 1993, il a fon­dé Al­lo­ci­né, une pla­te­forme té­lé­pho­nique de­ve­nue un géant du Web qui lui a rap­por­té des mil­lions. Il s’est of­fert un nid d’aigle, su­perbe, avec vue plon­geante sur la Ma­de­leine, où les hap­py few viennent dî­ner. Il joue du pia­no, pro­duit quelques films, in­ves­tit dans des start-up et part de temps à autre s’éva­der en pa­ra­mo­teur au bout du monde. Un crash à 3 000 mètres d’al­ti­tude au Né­pal a failli lui coû­ter la vie un an plus tôt, comme il l’a ra­con­té dans un livre dont son ami Guillaume Ca­net veut faire un film. Bref, le Fren­chie a du charme, l’Aus­tra­lienne aus­si. Ces deux-là se plaisent. Après quelques coupes de cham­pagne, ils s’éva­porent, en­la­cés dans les brumes de Londres. Au ré­veil, la belle ac­trice su­surre : « Si on se re­voit, c’est pour faire un en­fant. »

C’était le dé­but d’une ro­mance qui, quatre ans plus tard, a fi­ni dans un com­mis­sa­riat. Tous les mé­dias – du Pa­ri­sien à Pa­ris Match, de Fox News au Dai­ly Mail – ont an­non­cé la tra­gé­die le 7 sep­tembre 2016 : « Me­lis­sa George bat­tue à Pa­ris par son com­pa­gnon, Jean-Da­vid Blanc, le père de ses deux en­fants. » Cons­ter­na­tion dans les pays an­glo- saxons, où l’ac­trice compte de nom­breux fans. Elle est ap­pa­rue lors de son pro­cès, ves­tale aux joues pâles, éga­rée dans une longue robe blanche. Fin mars, elle a don­né une in­ter­view sai­sis­sante à la té­lé­vi­sion aus­tra­lienne, dé­non­çant l’en­fer qu’elle vi­vait à Pa­ris. « Je suis pri­son­nière de cet homme », a-t- elle san­glo­té de­vant les ca­mé­ras. Me­lis­sa George est de­ve­nue la « nou­velle voix des vio­lences conju­gales », comme l’a ti­tré le site de L’Ex­press. « Je parle pour toutes celles qui se taisent », souffle- t- elle dans le ca­bi­net de son avo­cat pa­ri­sien, Fran­cis Sz­pi­ner. Ses mots roulent en an­glais, en fran­çais, avec des sou­rires tour à tour onc­tueux, tristes, com­ba­tifs. La co­mé­dienne se re­dresse dans son che­mi­sier à ja­bot, pan­ta­lon fleu­ri, ta­lons hauts : « Qu’est- ce que je l’ai ai­mé, my god. Mais com­bien j’ai souf­fert, je sais ce que c’est que d’être mal­trai­tée. » Me­lis­sa George règle ses comptes. Jean-Da­vid Blanc, lui, n’a ja­mais vou­lu s’ex­pri­mer. Il a lui aus­si dé­po­sé plainte pour « vio­lences conju­gales », et pour « en­lè­ve­ment d’en­fants ». La guerre est to­tale entre les deux pa­rents. Un psy­chiatre, man­da­té par la juge aux af­faires fa­mi­liales, a ten­té de les com­prendre. « Ce couple se ren­voie des évé­ne­ments, des in­ci­dents, comme des prises de vues d’un film qui ne se­ra pas un long-mé­trage, s’étonne l’ex­pert dans un rap­port écrit avec soin. Ce­la res­semble à une sé­rie d’au­jourd’hui. » Tout est là, comme un conden­sé de la mo­der­ni­té folle, des ver­tiges du coeur à ceux de l’hor­loge bio­lo­gique, des my­tho­lo­gies de la ma­ter­ni­té à la vie réelle, avec deux bé­bés plon­gés dans un monde où valsent les tour­nages, les af­faires, les nou­nous et même des gardes du corps payés par de mys­té­rieux oli­garques.

« Pen­dant près de six mois, j’avais in­ter­dic­tion d’en­trer chez moi. » Jean-Da­vid Blanc

Der­rière la porte blin­dée, le sou­rire est fé­brile. « J’ai ac­cep­té de vous voir car on m’a tel­le­ment traî­né dans la boue sans que je puisse ré­pondre. Je lais­sais la jus­tice faire son tra­vail, je vou­lais d’abord pro­té­ger mes en­fants, je ne pense qu’à eux », in­siste Jean-Da­vid Blanc en nous ac­cueillant, fin fé­vrier, dans son lu­mi­neux re­paire de la Ma­de­leine. Jean, po­lo bleu, il s’as­sied dans le coin cui­sine d’une pièce im­mense où le bon­heur pas­sé se de­vine entre les jouets des en­fants, les por­traits des pa­rents, tous les deux mu­si­ciens, et les nom­breux ins­tru­ments – pia­no, bat­te­rie, gui­tare – po­sés de­vant les fe­nêtres. « J’ai du mal à jouer en ce mo­ment, dit-il en dé­vis­sant un jus de lé­gumes. Je re­trouve pro­gres­si­ve­ment mes marques, ma mai­son. » Sou­dain la voix se dur­cit : « Pen­dant près de six mois, j’ai été sous contrôle ju­di­ciaire, avec in­ter­dic­tion de pé­né­trer chez moi. Je n’avais le droit de voir mes en­fants que quelques jours par mois. J’ai même eu du mal à ob­te­nir le droit d’al­ler dans mes bu­reaux, qui se si­tuent juste au- des­sous. » À l’époque, Blanc ac­cé­lé­rait le dé­ve­lop­pe­ment de Mo­lo­tov, le site de té­lé­vi­sion à la de­mande qu’il a créé avec Pierre Les­cure, l’an­cien PDG de Ca­nal +. Les plans mé­dias étaient prêts, les in­ter­views ca­lées. Mais c’est un autre cock­tail ex­plo­sif qui l’a pro­pul­sé dans l’ac­tua­li­té.

Dans la nuit du 6 au 7 sep­tembre 2016, Me­lis­sa George dé­barque en Uber au com­mis­sa­riat du VIIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. « Sommes avi­sés de la pré­sence d’une femme se di­sant vic­time de vio­lences conju­gales par conjoint, note un po­li­cier dans un pro­cès-ver­bal consi­gné à 3 h 15. Cette der­nière est en état de choc, en pleurs, elle nous dit avoir des ver­tiges, des nau­sées et mal au ni­veau de l’oreille gauche suite aux coups qu’elle a pris. Elle dit que l’au­teur des faits n’a pas consom­mé d’al­cool ou de pro­duits stu­pé­fiants mais qu’il est très stres­sé par son tra­vail. » L’ac­trice est aus­si­tôt trans­por­tée aux ur­gences de Co­chin. Le mé­de­cin de garde, qui constate « plu­sieurs ec­chy­moses et un oe­dème de la joue gauche » lui ac­corde dix jours d’ITT (in­ter­rup­tion tem­po­raire de tra­vail). Quelques heures plus tard, Me­lis­sa George dé­taille­ra de­vant les en­quê­teurs la scène du drame : 23 heures, elle dor­mait, Jean-Da­vid Blanc s’est cou­ché au­près d’elle. « Le bruit des chips m’a ré­veillée, je lui ai donc de­man­dé de faire moins de bruit mais il s’est plaint qu’il avait faim. J’ai donc haus­sé un peu le ton en lui de­man­dant d’ar­rê­ter. Il s’est je­té sur moi, m’a sai­si le poi­gnet vio­lem­ment pour m’im­mo­bi­li­ser sur le lit, m’a cra­ché au vi­sage, m’a don­né plu­sieurs gifles. Je l’ai grif­fé au ni­veau du torse et du cou pour me dé­fendre. » Jus­qu’ici, pré­cise- t- elle, le père de ses en­fants n’a ja­mais été violent.

Me­lis­sa George n’est pas ren­trée quand ses fils, Ra­phaël, 2 ans et So­lal, 10 mois, se ré­veillent. Mais elle a ap­pe­lé la nou­nou qui vit avec la fa­mille. Le père est pré­ve­nu : « Me­lis­sa est al­lée cette nuit à la po­lice... » Jean-Da­vid Blanc tombe de l’ar­moire. Il a bien eu une dis­pute avec sa com­pagne dans la nuit, mais rien de grave à ses yeux. La fa­tigue, l’éner­ve­ment font par­tie de la vie quand on a des en­fants en bas âge. Par pré­cau­tion, il se rend quand même, à 8 h 45, au com­mis­sa­riat du VIIIe ar­ron­dis­se­ment, pour li­vrer sa ver­sion des faits : il re­gar­dait une sé­rie, Nar­cos, avec son casque sur les oreilles, quand Me­lis­sa, fu­rieuse d’avoir été ré­veillée, s’est mise à hur­ler, à le grif­fer. Il n’a, dit-il, ja­mais frap­pé sa com­pagne, mais l’a re­pous­sée avant d’al­ler se ren­dor­mir dans la chambre d’ami. Jean-Da­vid Blanc sou­lève son T- shirt, les pho­tos des grif­fures sont aus­si dans son Iphone. Il re­la­ti­vise les faits : l’ac­trice tra­vaille beau­coup, elle est à cran de­puis quelques mois, fa­ti­guée après deux gros­sesses rap­pro­chées, proche d’un burn out, sans doute. Ça pas­se­ra. Les po­li­ciers n’écoutent pas les ex­pli­ca­tions d’un homme dont la com­pagne a dé­bou­lé en pleurs au coeur de la nuit. Blanc est pla­cé en garde à vue. Une jeune pro­cu­reur le pré­vient : « Les types de votre es­pèce, il faut les soi­gner. »

La cli­nique du doc­teur mi­racle

Ils en ont fait du che­min, les amou­reux du Royal Ope­ra House. Trois jours après leur rencontre, Me­lis­sa George a dé­bar­qué place de la Ma­de­leine avec ses va­lises et son pe­tit bou­le­dogue Glee (joie, en an­glais). L’en­droit lui a plu, idéal entre ses tour­nages, non loin des ma­ca­rons La­du­rée et des bou­tiques de mode dont elle raf­fole. « Awe­some », ju­bi­lait- elle en croi­sant Karl La­ger­feld dans la rue. L’en­tente fut im­mé­diate avec Re­bec­ca, la fille que Jean-Da­vid a eue avec la pro­duc­trice Sa­rah Le­louch. L’ado­les­cente, alors âgée de 17 ans, a tou­jours vé­cu avec son père, en garde al­ter­née d’abord, puis à temps plein. Au­cune femme n’a, jus­qu’ici, trou­blé du­ra­ble­ment leur pa­ra­dis de la Ma­de­leine. Jean-Da­vid Blanc y veillait, sou­cieux de sa li­ber­té, mais on change à la qua­ran­taine, sur­tout quand on a vu de près la mort. Après ce mi­racle au Né­pal, Me­lis­sa res­sem­blait à un nou­veau ca­deau du ciel. « Elle était saine, sé­rieuse, spor­tive ; ado, elle était cham­pionne de pa­tins à rou­lettes, rap­pelle le com­pa­gnon, vi­si­ble­ment ému de re­mon­ter le film du nau­frage. Cou­ra­geuse, elle a quit­té sa fa­mille à 15 ans pour al­ler vivre à Sid­ney, avant de ten­ter sa chance à Hol­ly­wood. » À Pa­ris, l’ac­trice pre­nait des cours in­ten­sifs de fran­çais. Il y avait en­core un lé­ger fos­sé cultu­rel – Me­lis­sa a dî­né avec Alain De­lon sans lui adres­ser la pa­role, igno­rant qui il était –, mais Claude Le­louch l’a trou­vée char­mante, tout comme Guillaume Ca­net, Mi­chel Ha­za­na­vi­cius et son épouse Bé­ré­nice Be­jo, qui s’est liée d’ami­tié avec elle. Une crème, cette Me­lis­sa, et in­dé­pen­dante, de sur­croît, avec ses ca­chets confor­tables, ses biens im­mo­bi­liers loués à New York et à Los An­geles. Il ne lui man­quait dé­sor­mais que ce bé­bé dont elle par­lait sans cesse. De­ve­nir père à nou­veau... pour­quoi pas ? Jean-Da­vid vou­lait ré­flé­chir, prendre son temps. « J’en ai plus, moi », pres­sait- elle en rap­pe­lant qu’à 36 ans l’hor­loge tourne dans le ventre d’une femme. Elle avait quit­té son ex-ma­ri, un réa­li­sa­teur chi­lien, pré­ci­sé­ment parce qu’il ne vou­lait pas d’en­fant, comme elle l’a ra­con­té dans plu­sieurs in­ter­views. À l’époque, la co­mé­dienne, abon­née aux rôles de femmes fortes, par­fois bor­der­line, tour­nait la sé­rie d’es­pion­nage Hun­ted à New York, après une ap­pa­ri­tion dans The Good Wife. Ses co­pines ac­trices l’avaient en­voyée voir Zev Ro­sen­waks, le pape de la fer­ti­li­té à Man­hat­tan. En quelques in­jec­tions, il di­sait pou­voir faire des mi­racles. « Je ne pen­sais qu’à ça : un bé­bé », confie Me­lis­sa George lors d’une se­conde rencontre dans un ca­fé du Louvre. Elle parle cash de­vant trois feuilles de sa­lades, lèvres roses, re­gard bleu acier : « C’était mon ob­ses­sion. Je vou­lais al­ler vite, op­ti­mi­ser les chances en pas­sant par la science. Je

ne l’ai ja­mais ca­ché à Jean-Da­vid, c’était à prendre ou à lais­ser. »

Lui, il n’est pas le genre de type à prendre des dé­ci­sions à la lé­gère. Geek dans l’âme, au point d’avoir créé à 16 ans sa pre­mière en­tre­prise de lo­gi­ciels, Blanc a l’ha­bi­tude de tout an­ti­ci­per, tout scan­ner, tout contrô­ler. Quand il s’est ins­tal­lé place de la Ma­de­leine, rê­vant d’un spec­tacle plus pur, d’une église moins sombre, il a convain­cu la Mai­rie de Pa­ris de mo­di­fier la cir­cu­la­tion et de ré­no­ver les lieux, en se dé­me­nant pour trou­ver des fonds pri­vés. Puis, il est al­lé sol­li­ci­ter le cé­lèbre ar­tiste amé­ri­cain James Tur­rell afin d’ima­gi­ner un bel éclai­rage la nuit. Blanc est un ul­tra­per­fec­tion­niste. Un drôle d’oi­seau ca­pable de le­ver des mil­lions puis de s’échap­per un week- end avec un vieil ami, son an­cien pro­fes­seur de lettres de ter­mi­nale, pour s’im­mer­ger dans les mu­sées de Rome ou de Saint-Pé­ters­bourg. Dans le bu­si­ness, il a une ré­pu­ta­tion de « killer ». L’amour, c’est autre chose, une boîte noire... pru­dence. Après avoir ren­con­tré la fa­mille de Me­lis­sa à Perth, de­man­dé conseil à ses co­pains du ci­né­ma qui lui ont dit « war­ning », l’en­tre­pre­neur a consul­té l’avo­cate Mi­chèle Ca­hen qui l’avait épau­lé lors de sa pre­mière sé­pa­ra­tion. « Là, tout est rose, tout va bien, a pré­ve­nu cette fi­gure du bar­reau pa­ri­sien, ex­perte en di­vorces de puis­sants. Mais comment ça se pas­se­ra si les choses tournent mal ? » Elle a ren­con­tré Me­lis­sa George avant de sug­gé­rer un « contrat pa­ren­tal », sorte de bu­si­ness plan avant que l’en­fant pa­raisse. Tout a été po­sé noir sur blanc : la seule com­pé­tence des tri­bu­naux fran­çais en cas de conflit, les condi­tions de vie (fixée à Pa­ris), l’édu­ca­tion re­li­gieuse et sco­laire, l’en­ga­ge­ment des fu­turs pa­rents « à dia­lo­guer pour le choix des éta­blis­se­ments, des pro­grammes d’études » et même pour « un camp d’été ou une co­lo­nie, l’uti­li­sa­tion d’un or­di­na­teur, d’un té­lé­phone por­table ». Les juges écar­quille­ront les yeux en li­sant le pen­sum. « In­tui­tion ? Pré­somp­tion ? Pré­cau­tion ? » s’in­ter­ro­ge­ra l’ex­pert psy­chiatre. Quoi qu’il en soit, Me­lis­sa George n’a ja­mais rien si­gné et Jean-Da­vid Blanc, lui, s’est plié au pro­gramme du doc­teur mi­racle de Man­hat­tan. Un an plus tard, Ra­phaël nais­sait à l’hô­pi­tal amé­ri­cain de Neuilly-sur-Seine. Les pa­rents po­saient avec le nou­veau-né, fous de bon­heur avant de se re­mettre au tra­vail. Lui à Pa­ris, tout à ses pro­jets ; elle aux ÉtatsU­nis, en tour­nage un mois après l’ac­cou­che­ment, bé­bé au sein pen­dant les pauses, nou­nou au garde à vous nuit et jour. La vie conju­gale par Skype, pas fa­cile, mais des re­trou­vailles si douces. Un jour, l’ac­trice ap­pelle son amou­reux de New York : « On fait un se­cond bé­bé ? Je suis prête à me faire in­sé­mi­ner. Il ne manque que ton ac­cord. » Le père ap­prend alors qu’il reste cinq petits em­bryons conge­lés dans la cli­nique du doc­teur mi­racle. Ver­tige, mais va pour un deuxième en­fant, puisque Me­lis­sa le veut ; au moins, Ra­phaël ne se­ra pas seul. Et la jeune mère re­prend son ma­ra­thon, entre les pi­qûres d’hor­mones, les té­tées, les sun­lights. Au­jourd’hui, les traits ti­rés sous la poudre beige, elle dit : « Je me sen­tais seule, si seule. À la mi­nute où je suis tom­bée en­ceinte, il a dis­pa­ru, il ne s’oc­cu­pait plus de moi. » Et lui, re­gard dé­so­lé du mâle qui n’a pas tout com­pris, ré­pète à ses proches : « Me­lis­sa gé­rait tout comme une ma­chine. Je me sen­tais dé­mu­ni. »

Un ado­rable ché­ru­bin, So­lal, naît le 3 no­vembre 2015. Xa­vier Niel et sa com­pagne Del­phine Ar­nault viennent l’ad­mi­rer à l’hô­pi­tal amé­ri­cain. Et la vie d’ac­trice de nou­veau, dé­mé­na­ge­ment pour cinq mois à Los An­geles dans la mai­son de Na­ta­lie Port­man, près des pla­teaux de ci­né­ma, les petits en cou­lisses, le père au té­lé­phone, ve­nu quand même une se­maine em­bras­ser la fa­mille et ré­gler quelques af­faires. Puis l’Aus­tra­lie, pour les be­soins d’une sé­rie. Entre deux tour­nages, les pa­rents se res­soudent à Pa­ris, à Mar­ra­kech, au Fes­ti­val de Cannes, ra­dieux de­vant les pho­to­graphes. Au prin­temps 2016, ils posent en­core sur les marches de l’Ély­sée non loin de Fran­çois Hol­lande et de Ma­nuel Valls, lors d’un dî­ner don­né en l’hon­neur du gou­ver­neur gé­né­ral aus­tra­lien, Pe­ter Cos­grove. L’été, ils partent en Corse, où l’ac­trice dort beau­coup, ex­té­nuée mal­gré la pré­sence d’une nou­nou 24 heures sur 24. Pour ses 40 ans, le 6 août, elle re­çoit une jo­lie bague, en at­ten­dant le dia­mant com­man­dé chez un joaillier. Dé­but sep­tembre, trois jours avant le drame, les pa­rents in­vitent la chan­teuse Ré­gine dans une trat­to­ria proche de chez elle, non loin de l’ave­nue Mon­taigne. Ils lui de­mandent d’être la mar­raine de So­lal.

Les mo­losses de l’oli­garque

Dans sa ca­verne ali­ba­besque, au mi­lieu des pho­tos, des cos­tumes, des bi­be­lots, l’an­cienne reine de la nuit, 87 ans, traîne un peu la patte mais son es­prit ga­lope. Ré­gine se sou­vient par­fai­te­ment du coup de fil lui an­non­çant, ce 7 sep­tembre 2016, la garde à vue de Jean-Da­vid Blanc : « Je tom­bais des nues, je n’y croyais pas. » L’en­tre­pre­neur est comme un fils, com­pa­gnon de soi­rées, de di­manches, de va­cances, à Saint-Tro­pez, à Gs­taad... Na­tu­rel­le­ment, elle a adop­té Me­lis­sa, qui la consi­dère comme « sa ma­man à Pa­ris ». L’ac­trice ve­nait sou­vent chez elle pour un dé­jeu­ner, une pé­di­cure entre femmes, des séances de frou­frou avec toutes ces robes vin­tage dont croulent les pla­cards. Ce 7 sep­tembre, au ma­tin du drame, elle dé­barque chez Ré­gine : « Me­lis­sa avait un grand cha­peau, comme si des hordes de pa­pa­raz­zi la tra­quaient, ra­conte Ré­gine. Je lui ai dit : “Tu ne peux pas faire ça, c’est pas pos­sible, il ne t’a pas frap­pée, ré­flé­chis bien, c’est le père de tes en­fants.” Elle était prête à re­ti­rer sa plainte, je l’ai ac­com­pa­gnée au com­mis­sa­riat puis, au der­nier mo­ment, elle a re­fu­sé. » Me­lis­sa George ré­itère ses ac­cu­sa­tions de­vant les en­quê­teurs. Mais plus que de la vio­lence, elle parle de la vie avec son com­pa­gnon :

« Jean-Da­vid ne vou­lait pas de bé­bé, c’est moi qui ai in­sis­té et, de ce fait, il m’oblige à tout gé­rer au ni­veau des en­fants. Au­cun échange, il m’ignore, pas de sor­tie à quatre le week- end, il me re­proche que mes en­fants font trop de bruit ou sa­lissent la mai­son... Je dois tout an­ti­ci­per pour ne pas qu’il s’énerve. » Les po­li­ciers re­trans­crivent ain­si les re­proches. Le len­de­main, ils or­ga­nisent une confron­ta­tion entre les pa­rents. Ques­tion : « Sou­hai­tez-vous conti­nuer à vivre en­semble ? » Lui ré­pond : « Oui, nous avons tout pour être heu­reux. » Elle fait non de la tête puis confesse : « J’ai rê­vé du prince char­mant mais je me rends compte que je suis sou­vent seule en France. Mon ma­ri pré­fère al­ler au tra­vail et quand il est avec nous phy­si­que­ment, il est tout le temps au té­lé­phone. »

L’ac­cu­sé re­tourne dans sa cel­lule au dé­pôt. Au bout de qua­rante-huit heures, un juge le li­bère, en lui rap­pe­lant qu’il n’a pas le droit d’ap­pro­cher sa femme et donc, de ren­trer chez lui. Sur les conseils de son avo­cate, Blanc file à la pré­fec­ture afin d’éta­blir une in­ter­dic­tion de sor­tie du ter­ri­toire pour ses gar­çons, avant de de­man­der à sa fille de prendre leurs pas­se­ports. Il craint que Me­lis­sa George ne les em­mène aux États-Unis. Dans ce cas, avec une plainte pour vio­lences conju­gales sur le dos, il risque de ne plus re­voir ses fils. Ré­fu­gié dans une chambre du Royal Mon­ceau, avant de louer un meu­blé, le père peine à trou­ver le som­meil. Le 13 sep­tembre, la nou­nou lui té­lé­phone : « Mon­sieur, il n’y a plus per­sonne dans l’ap­par­te­ment, même le chien est par­ti. » Grâce à l’aide d’un dé­tec­tive, Jean-Da­vid Blanc re­trouve la trace de sa fa­mille à l’aé­ro­port du Bour­get, dans le jet d’un mil­liar­daire russe, Alexeï Kouz­mit­chev, dont l’épouse s’est liée à Me­lis­sa lors d’un ga­la de cha­ri­té. L’oli­garque, proche de Pou­tine, a aus­si en­voyé une de­mi- dou­zaine de gardes du corps, dont une cham­pionne de boxe et un an­cien de la Lé­gion étran­gère, pour pro­té­ger l’ac­trice. Elle rentre donc sous bonne es­corte avec ses fils place de la Ma­de­leine. Me­lis­sa George pré­tend qu’elle n’avait pas l’in­ten­tion de fuir. « J’avais des cas­tings pour des séries de Net­flix », jure-t- elle au­jourd’hui en­core. Blanc n’en croit pas un mot : « Son ob­jec­tif était clair, dit-il aux po­li­ciers. Il fal­lait qu’elle m’éli­mine en par­tant, en ob­te­nant ma condam­na­tion, en m’in­ter­di­sant l’ac­cès au ter­ri­toire amé­ri­cain. » Le père n’est pas au bout de l’en­fer. Pour ré­cu­pé­rer quelques af­faires, il en­voie chez lui son frère, aus­si­tôt pla­cé en garde à vue sur un coup de fil de l’ac­trice. Elle dé­pose plainte pour vol de pas­se­ports, fait chan­ger les ser­rures de l’ap­par­te­ment. La fille de Jean-Da­vid Blanc ne peut plus ren­trer chez elle. Les ca­mé­ras de sur­veillance de l’en­trée filment Me­lis­sa George sou­riant de­vant la Ma­de­leine. Sur Ins­ta­gram, elle poste des pho­tos d’elle au dé­fi­lé Schia­pa­rel­li, en com­pa­gnie de Ky­lie Mi­nogue. Blanc de­vient fou. Quelques re­la­tions d’af­faires le re­gardent dé­sor­mais de tra­vers. Un psy lui dit : « Pre­nez ça à la lé­gère, ça va bien se pas­ser. » Mais les mo­losses de l’oli­garque conti­nuent de vivre chez lui. Il les en­tend au- des­sus de sa tête quand il re­joint ses bu­reaux. Il les voit le ma­tin conduire Ra­phaël à l’école Mon­tes­so­ri et gar­der So­lal. Le père en­gage à nou­veau un dé­tec­tive et découvre que son bé­bé de 1 an est sou­vent lais­sé seul, dans le froid, à l’ar­rière de la voi­ture du chauf­feur quand ce­lui- ci va au ca­fé. Tout est consi­gné dans un rap­port re­mis à la jus­tice. Blanc réunit aus­si des di­zaines de té­moi­gnages, la mère de sa fille, sa femme de mé­nage du­rant qua­torze ans, les nou­nous qui, toutes, des­sinent un homme non violent, un « bon père ». Cer­taines em­ployées évoquent les crises fré­quentes de Me­lis­sa George quand elle était fa­ti­guée. L’une d’elle té­moigne : « Mon­sieur Blanc me di­sait alors : “C’est comme une poêle chaude, il ne faut pas y tou­cher.” » Me­lis­sa George, elle aus­si, a pro­duit quelques lettres de nou­nous amé­ri­caines at­tes­tant de sa dou­ceur ma­ter­nelle. Au­cune ne men­tionne une quel­conque vio­lence de l’an­cien com­pa­gnon. Il a fi­ni par ré­cu­pé­rer son ap­par­te­ment. La jus­tice a ren­voyé dos à dos les pa­rents, les condam­nant tous deux pour vio­lences conju­gales, lui à un mois de pri­son avec sur­sis, elle à 5 000 eu­ros d’amende. La garde des en­fants a été fixée en ré­si­dence al­ter­née à Pa­ris. L’or­don­nance ren­due le 23 fé­vrier est sé­vère pour la mère, poin­tant son « at­ti­tude égo­cen­trique lais­sant peu de place au père et aux be­soins des en­fants ». Me­lis­sa George tremble en li­sant le ju­ge­ment : « On me re­proche tout, et aus­si de conti­nuer à al­lai­ter. Est- ce que je re­proche aux femmes fran­çaises, moi, de fu­mer de­vant leur bé­bé ? Ma fa­mille me manque, mon pays me manque. En fait, notre his­toire avec Jean-Da­vid, c’est un clash de ci­vi­li­sa­tion. » L’ac­trice a fait ap­pel. En at­ten­dant, elle ne peut pas, comme elle le sou­hai­tait, par­tir vivre avec ses fils à New York, ni même les em­me­ner en tour­nage à l’étran­ger. Il fau­drait pour ce­la que le père donne son ac­cord. Mais pour l'ins­tant, loin d’écou­ter le conseil des psys, il ne prend rien à la lé­gère. �

« J’ai rê­vé du prince char­mant mais je me rends compte que je suis sou­vent seule. » ME­LIS­SA George aux po­lI­ciers

LIAISON FATALE Me­lis­sa George et Jean-Da­vid Blanc le 11 mai 2016 au Fes­ti­val de Cannes pour la pro­jec­tion Ca­féde Ca­fé So­cie­ty, So­cie­ty, de Woo­dy Al­len.

Pho­to sou­ve­nir confiée par Me­lis­sa George, avec son com­pa­gnon Jean-Da­vid Blanc et leur fils né en 2014. LORSQUE L’EN­FANT PA­RAÎT

ENTRE DEUX RÔLES Me­lis­sa George avec Jean-Da­vid Blanc à Pa­ris en mai 2014. Page de droite : avec Lau­ra Har­ring dans Mul­hol­land Drive de Da­vid Lynch (2001) et dans Triangle (2009).

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