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Vanity Fair (France) - - Editorial -

upi­ter est à la mode, ces temps- ci. Notre nou­veau mo­narque ré­pu­bli­cain, Em­ma­nuel Ma­cron, nous l’avait an­non­cé des mois avant d’être élu : plus qu’un pro­gramme, il se­rait un style, op­po­sé à ce­lui de son pré­dé­ces­seur, le pré­sident nor­mal, lui-même an­ta­go­niste de son de­van­cier, le pré­sident re­muant. « Une pré­si­dence de l’anec­dote, de l’évé­ne­ment et de la ré­ac­tion ba­na­lise la fonc­tion, di­sait le can­di­dat. Ce type de pré­si­dence ne per­met pas de se ré­con­ci­lier avec le temps long et le dis­cours du sens. » Il se­rait une émi­nence, une hau­teur de vue, une dis­tance, le maître des hor­loges et des sym­boles. Il se­rait le pré­sident ju­pi­té­rien. Dont acte.

J’ai vu la pas­sa­tion de pou­voir à l’Ély­sée, un di­manche de mai, avant de m’en­vo­ler pour le Fes­ti­val de Cannes (le soixante- dixième, mon trente- qua­trième). J’ai vé­ri­fié. Le ta­pis rouge dé­jà, les pho­to­graphes, une vo­lée de marches qu’on monte d’un pas so­len­nel quoi­qu’hé­si­tant, les ap­plau­dis­se­ments, les re­mer­cie­ments... Je n’étais pas dé­pay­sé. Olym­pien, Em­ma­nuel Ma­cron ? Il y a de l’al­lure chez cet homme, une ai­sance ju­vé­nile un peu pin­cée, mais ce n’est pas (pas en­core ?) la tran­quilli­té en­jô­leuse d’un Oba­ma, ni même l’in­dé­trô­nable ma­jes­té de la plus ju­pi­té­rienne des chefs d’État, Éli­sa­beth II – reine du Royaume-Uni, Grand Hé­ron mao­ri et big boss du Com­mon­wealth (Ca­na­da, Aus­tra­lie, Tu­va­lu...) de­puis soixante- cinq ans ré­vo­lus – pas­sée par bien des bas et des hauts.

En ce mo­ment, par la grâce de Dieu – comme le dit la for­mule pro­to­co­laire –, de la fu­reur du monde et sur­tout d’une sé­rie té­lé­vi­sée pro­duite par Net­flix, The Crown, la reine culmine. Ma­rion Van Ren­ter­ghem est al­lée son­der cette po­pu­la­ri­té dont elle jouit dé­sor­mais au­près des en­ra­ci­nés – ceux qui sont nés quelque part – aus­si bien que des dé­ra­ci­nés – ceux qui peuvent vivre n’im­porte où –, pa­triotes et cos­mo­po­lites ré­con­ci­liés. Calme, force, sta­bi­li­té, confiance, uni­té, conti­nui­té. Icône in­ac­ces­sible et grand-mère pleine d’hu­ma­ni­té : God save the Queen !

C’est peut- être à ce­la que l’on ju­ge­ra ce quin­quen­nat : la ca­pa­ci­té à main­te­nir, mal­gré les cal­culs, les obli­ga­tions et les équi­libres, une bien­veillance en­vers les plus faibles. Une femme, en tout cas, s’at­tache à le rap­pe­ler au ré­sident de l’Ély­sée : Do­mi­tille Cauet (au­cun rap­port avec l’ani­ma­teur de feu « La Mé­thode »), qui a at­ti­ré l’at­ten­tion de Bri­gitte puis d’Em­ma­nuel Ma­cron sur la prise en charge des per­sonnes han­di­ca­pées, et plus pré­ci­sé­ment des en­fants au­tistes. Ha­sard des choses, c’est notre re­por­ter Claude As­ko­lo­vitch qui a joué les en­tre­met­teurs à la fa­veur d’un pré­cé­dent ar­ticle. Il le ra­conte dans ces pages. (Mais Va­ni­ty Fair n’a pas com­po­sé le gou­ver­ne­ment !)

On ju­ge­ra peut- être aus­si Em­ma­nuel Ma­cron à sa ca­pa­ci­té à fé­dé­rer et à rendre pos­sibles les pro­jets d’une jeu­nesse qui ne veut plus at­tendre qu’une place se li­bère pour pou­voir y vieillir à son tour. On trou­ve­ra dans ce nu­mé­ro notre pre­mier clas­se­ment des trente es­poirs fran­çais de 30 ans ou moins, ar­tistes, scien­ti­fiques, en­tre­pre­neurs qui ont in­ven­té leur place dans le monde et dont vous en­ten­drez bien­tôt par­ler non pour leur jeu­nesse mais pour leur ta­lent. Ils ne piaffent pas ; ils agissent. Ils ne ré­forment pas le vieux monde ; ils le laissent de­riière eux. Par­mi eux, peut- être, on trou­ve­ra un pro­chain pré­sident de la Ré­pu­blique, plus pro­met­teur, plus al­lant, plus ju­pi­té­rien que le dé­jà très jeune Ma­cron. Du moins, si le trône de Ju­pi­ter est en­core à la mode le mo­ment ve­nu. Nous le leur sou­hai­tons. En­joy. �

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