CAR­LA

Comment conti­nuer à cap­ter la lu­mière quand on a connu tous les som­mets ? Après les po­diums, la dolce vi­ta et l’Ély­sée, Car­la Bru­ni est re­tour­née à sa gui­tare. MA­RION VAN REN­TER­GHEM est al­lée la cher­cher dans sa ta­nière.

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ali­gnant les chan­sons de sa voix de vamp, grave et blues et tout juste cas­sable. Il est pas­sé entre deux ren­dez-vous ; son cos­tume trop chic dé­tonne avec les T-shirts du groupe mais il la contemple avec ad­mi­ra­tion pen­dant qu’elle ré­pète son der­nier al­bum, French Touch : une com­pil de tubes d’époques di­verses, tous en langue an­glaise, des bi­joux in­ven­tés par les Rol­ling Stones, Ab­ba, AC/DC, De­peche Mode – clas­siques du rock et autres mé­lo­dies mé­lan­co­liques qui nous ha­bitent pour tou­jours, sur les­quelles Car­la Bru­ni dé­pose sa french touch. C’est à force de les jouer pour le plai­sir avec ses mu­si­ciens qu’elle a dé­ci­dé d’en faire ce disque conçu et pro­duit aux États-Unis, qui sort en oc­tobre dans le monde. Son Miss You dé­tour­né en for­mule la­ti­no- dis­co lui a va­lu un Tweet de Mick Jag­ger : « I like the french touch you have gi­ven to it. » Der­rière la vitre, Ni­co­las Sar­ko­zy pa­pote avec les tech­ni­ciens et lui fait un signe de tête en guise d’en­cou­ra­ge­ment.

Une des der­nières chan­sons de l’ar­tiste est ab­sente de ce disque. Ju­lien Clerc en a fait une mé­lo­die aux airs de Bar­ba­ra et elle est pour lui, l’homme der­rière la vitre : « Je chante un gar­çon triste / Qui se donne des grands airs / Pour ne pas se noyer / Comme tous les gar­çons tristes / Il aime jouer au ca­dor / Jouer au roi du quar­tier (...) / Et puis ce gar­çon triste / Est en­tré dans ma vie / Il a tout dé­ran­gé (...) / Il a tout em­por­té. »

Car­la Bru­ni me la chante en sa ta­nière, quelques jours plus tard. « Les hommes de pou­voir sont peut- être tous un peu des gar­çons tristes, vous ne croyez pas ? » ques­tionne- t- elle de son faux air in­gé­nu avant d’avouer que c’est bien de Ni­co­las qu’il s’agit : « De­puis ma ren­contre avec mon ma­ri, toutes mes chan­sons d’amour sont pour lui. J’écris tout pour lui. » Elle est là dans sa pièce à elle, un bu­reau à l’en­tre­sol de sa mai­son du XVIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, pa­ra­dis de ver­dure au fond d’une im­passe pri­vée. Les murs sont cou­verts d’un patch­work de pho­tos : en vrac, Bar­ba­ra, Léo­nard Co­hen, la fa­mille, les en­fants, Bob Dy­lan, Ni­co­las Sar­ko­zy et An­ge­la Mer­kel, qu’elle avait in­vi­tée à dî­ner chez eux avec une fon­due sa­voyarde... Il y a des gui­tares, un pia­no élec­trique, une porte-fe­nêtre ou­verte sur des arbres et des bam­bous, des chats qui passent, un ma­ri qui dé­boule à tout bout de champ pour l’em­bras­ser et ve­nir voir de quoi on cause. Car­la ba­varde beau­coup. Leur fille de 5 ans, Giu­lia, ar­rive pour lui faire goû­ter ses crêpes. Le fils de 16 ans qu’elle a eu avec Ra­phaël En­tho­ven, Au­ré­lien, lui donne à si­gner ses dis­ser­ta­tions. Du temps de l’Ély­sée, le pré­sident et elle avaient dé­ci­dé de pas­ser la se­maine dans cette mai­son, pour n’ha­bi­ter au pa­lais que les week- ends. Elle avait aus­si re­fu­sé d’avoir un ca­bi­net comme Cé­ci­lia, qui l’avait pré­cé­dée. En y re­pen­sant, elle sort une poche de ta­bac et se roule une ci­ga­rette : « L’Ély­sée, ce n’était pas un mo­ment pai­sible de ma vie mais un mo­ment ex­tra­or­di­naire. »

Son monde à elle est de­ve­nu plus calme – les ma­ga­zines n’en ont plus que pour le pré­sident Ma­cron et sa femme Bri­gitte. Son couple, qui a tant fas­ci­né, n’est plus à la mode. La moindre sor­tie à vé­lo de son ma­ri ne se re­trouve plus en cou­ver­ture de Match et les fans sa­luent Ni­co­las comme une icône du temps pas­sé. Mais comment re­non­cer à la lu­mière quand on a pas­sé une vie à la cap­ter ? La bête po­li­tique et l’an­cien top mo­del de­ve­nu chan­teuse ont la scène dans la peau. Ils ont for­mé un couple de pou­voir qui se rê­vait en ver­sion réus­sie de Ken­ne­dy et Ma­ri­lyn, comme l’avait pro­mis Ni­co­las à Car­la après leur ren­contre chez le pu­bli­ci­taire Jacques Sé­gué­la. Elle a été l’une des pre­mières dames les plus po­pu­laires de l’his­toire, tout en es­suyant les quo­li­bets sur son train de vie, la longue liste de ses amants cé­lèbres, son vi­sage re­fait. En re­mon­tant sur scène, elle en est cer­taine : elle en­flam­me­ra à nou­veau les foules, dé­tour­ne­ra les pro­jec­teurs et re­tour­ne­ra la dé­faite po­li­tique en vic­toire ro­man­tique. Et puisque la France ne veut plus d’eux, elle chante en an­glais et pré­pare une sor­tie mon­diale de son al­bum, pro­duit par Da­vid Fos­ter et tra­vaillé par le lé­gen­daire la­bel Verve. Elle vou­drait re­prendre la lu­mière en la dé­bar­ras­sant du pas­sé. « Les pro­duc­teurs de disques ne veulent pas qu’elle parle de po­li­tique ; à chaque fois, ça la plombe », in­dique Vé­ro­nique Ram­paz­zo, sa fi­dèle amie et son agent.

Il est là, en ré­gie, der­rière la vitre. Un air im­per­cep­tible de gar­çon triste a ef­fa­cé le sou­rire du conqué­rant. Elle danse en jean de­vant son mi­cro et de­vant lui avec sa lente sen­sua­li­té de Shé­hé­ra­zade, « Ma chan­son ne parle pas for­cé­ment du mi­lieu po­li­tique. Il y a tout un tas de sa­lo­pards par­tout, chez les jour­na­listes éga­le­ment. » Car­la Bru­ni

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