His­toire d’un NAU­FRAGE

John­ny Depp a beau mul­ti­plier les « Pi­rates des Ca­raïbes » à 20 mil­lions de dol­lars, il est au­jourd’hui en faillite per­son­nelle. A-t-il été floué par ses agents ? Ou est-il en roue libre ? Avant le pro­cès qui va pas­sion­ner Hol­ly­wood, MARK SEAL compte les

Vanity Fair (France) - - Enquête Vanity Fair -

La soirée est belle mais le ren­dez-vous dé­li­cat. Fin oc­tobre 2016, John­ny Depp dîne avec deux ex­perts- comp­tables dans le jar­din d’Ed White, son ma­na­ger de­puis six mois, à Bel Air, Ca­li­for­nie. Adam Wald­man, émi­nence du bar­reau de Wa­shing­ton qui compte par­mi sa clien­tèle An­ge­li­na Jo­lie et Cher, est pré­sent. Il se sou­vient que White a sor­ti des grands crus de sa cave, que le dî­ner était pré­pa­ré par un trai­teur et qu’une ar­mée de ser­veurs s’af­fai­raient au­tour de la table. Mais la po­li­tesse de fa­çade ne peut dis­si­mu­ler la gra­vi­té du su­jet de conver­sa­tion : la si­tua­tion fi­nan­cière de John­ny Depp.

L’ac­teur est en état de choc : il touche jus­qu’à 20 mil­lions de dol­lars par film ; comment peut-il se re­trou­ver étran­glé fi­nan­ciè­re­ment au point que son an­cien ma­na­ger, Joel Man­del, exige qu’il vende des biens aus­si pré­cieux que son château de la Côte d’Azur ? Ha­billé, comme tou­jours, en qua­si-pi­rate – blou­son de cuir clou­té, sur­abon­dance de fou­lards, franges, bagues et ta­touages – et rou­lant ses ci­ga­rettes, l’ac­teur glisse à Wald­man : « Je ne suis pas avo­cat, je ne suis pas comp­table. Je ne suis même pas ca­pable d’ai­der un en­fant de 15 ans à faire ses de­voirs de maths. J’ai tou­jours fait confiance à mon en­tou­rage ». Les comp­tables de White af­firment avoir consta­té de graves ano­ma­lies dans la ges­tion des fi­nances de Depp par Ro­bert et Joel Man­del, ses an­ciens ma­na­gers, et leur so­cié­té, The Ma­na­ge­ment Group (TMG). No­tam­ment, di­ra Wald­man plus tard, un re­tard de paie­ment d’im­pôts et le ver­se­ment de près de 10 mil­lions de dol­lars à « une tierce par­tie [dont la soeur de M. Depp], sans que M. Depp ait été consul­té ni l’ait au­to­ri­sé ». Ces ir­ré­gu­la­ri­tés et d’autres ont conduit Depp à em­prun­ter des di­zaines de mil­lions de dol­lars à taux éle­vé, en hy­po­thé­quant, se­lon Wald­man, les bé­né­fices de ses films. Ac­cu­sa­tions vi­gou­reu­se­ment dé­men­ties par les Man­del et TMG, qui les qua­li­fient d’« in­ven­tées et pleines de fausses al­lé­ga­tions ».

« Com­bien John­ny a- t-il rap­por­té [au cours des dix- sept an­nées où il était re­pré­sen­té par les Man­del] ? » de­mande Wald­man à White. « 650 mil­lions de dol­lars », ré­pond White. TMG a tou­ché 5 % de cette somme, au­tant que Jake Bloom, l’avo­cat de l’ac­teur, ce qui re­pré­sente un to­tal de 65 mil­lions de dol­lars. À l’is­sue du dî­ner, Wald­man se sou­vient que John­ny Depp lui a de­man­dé : « Vous vou­lez bien me re­pré­sen­ter ? Vous étu­die­riez le dos­sier à fond et vous me di­riez quoi faire ? » Le 13 jan­vier, après l’exa­men de près de 24 000 e-mails par Wald­man, White et huit autres avo­cats, les conseils de John­ny Depp portent plainte contre TMG et ré­clament 25 mil­lions de dom­mages et in­té­rêts pour – entre autres – né­gli­gence, fraude, en­ri­chis­se­ment et rup­ture de contrat fi­nan­cier. Dix­huit jours plus tard, TMG ré­pond par une plainte de trente et une pages vi­sant à prou­ver que Depp est un pa­nier per­cé d’an­tho­lo­gie qui, en dé­pit des aver­tis­se­ments ré­pé­tés de ses ma­na­gers, re­fuse de mo­dé­rer « son style de vie égoïste, im­pru­dent et ir­res­pon­sable ».

Dès 2013, se­lon TMG, les dé­penses de Depp pou­vaient at­teindre 2 mil­lions de dol­lars par mois – somme contes­tée par le nou­vel avo­cat de l’ac­teur. Le dos­sier des Man­del liste qua­torze ré­si­dences, dont la pro­prié­té fran­çaise et une sé­rie de quatre îles dans les Ba­ha­mas. Mais aus­si un yacht de presque 48 mètres – un gouffre fi­nan­cier – et douze en­tre­pôts à Los An­geles, où dorment no­tam­ment soixante- dix gui­tares de col­lec­tion et des oeuvres de Klimt, Mo­di­glia­ni et Bas­quiat. Tou­jours d’après le dos­sier des Man­del, qua­rante em­ployés à temps plein coûtent 300 000 dol­lars par mois à la star, même si Wald­man af­firme qu’ils ne sont que quinze, dont cer­tains à temps par­tiel. Les gardes du corps mo­bi­li­sés 24 heures sur 24 pour lui-même, ses deux en­fants et d’autres membres de sa fa­mille coûtent 150 000 dol­lars par mois. Au- de­là des 10 mil­lions dé­jà ver­sés à di­verses connais­sances, il peut dé­pen­ser jus­qu’à 30 000 dol­lars men­suels pour des vins « qu’il se fait en­voyer du monde en­tier », avance le dos­sier, et il a consa­cré 5 mil­lions de dol­lars à la dis­per­sion, par ca­non construit sur me­sure, des cendres de l’écri­vain Hun­ter S. Thomp­son à As­pen – Depp vé­né­rait le père du jour­na­lisme gon­zo et di­ra plus tard à son avo­cat : « Si je n’avais eu que 5 mil­lions et un dol­lar, je l’au­rais quand même fait. C’était mon frère. »

Les quinze mois de son ma­riage ex­plo­sif avec Am­ber Heard lui ont coû­té 7 mil­lions. Trois ans après avoir ren­con­tré l’ac­trice sur le tour­nage de Rhum Ex­press (2011), où John­ny Depp jouait un Hun­ter S. Thomp­son pas­sa­ble­ment im­bi­bé, le couple s’ins­talle en­semble. Leur union s’achève dans un feu d’ar­ti­fice de ta­bloïds, mais aus­si avec une or­don­nance res­tric­tive et des ac­cu­sa­tions de vio­lence conju­gale. Heard porte plainte deux fois. Des pho­tos d’elle avec un oeil au beurre noir et la lèvre en sang fuitent dans les mé­dias.

L’équipe de Depp ri­poste fa­rou­che­ment : « Am­ber es­saie de conclure un ac­cord fi­nan­cier pré­ma­tu­ré en in­si­nuant des vio­lences », af­firme dans une dé­cla­ra­tion à la justice Lau­ra Was­ser, l’avo­cate de John­ny Depp. Heard de­mande le di­vorce le 23 mai 2016. Un ac­cord fi­nan­cier est an­non­cé en août, quelques jours avant l’au­dience du couple au tri­bu­nal.

DEPP A CONSA­CRÉ 5 MIL­LIONS DE DOL­LARS À LA DIS­PER­SION DES CENDRES DE SON AMI HUN­TER S. THOMP­SON.

Les agents hol­ly­woo­diens sont no­toi­re­ment in­vi­sibles et les Man­del se sont tou­jours te­nus sous le ra­dar. Leur avo­cat af­firme qu’avant Depp, au­cun de leurs clients ne les a ja­mais pour­sui­vis. Ari Ema­nuel, le co­pré­sident de l’agence de ta­lents William Mor­ris En­dea­vor, les dé­crits comme des « agents fi­dèles, hon­nêtes, ayant le cou­rage de prendre po­si­tion sur ce qu’il faut ou ne faut pas faire ». Ema­nuel ajoute qu’il leur fait confiance fi­nan­ciè­re­ment de­puis ses dé­buts. Un autre vieux client de TMG confie : « Rob Man­del gère ma for­tune de­puis trente ans et Joel est dé­si­gné comme l’un de mes ad­mi­nis­tra­teurs si Rob de­vait faire dé­faut. Y com­pris s’il s’agit de s’oc­cu­per de mes en­fants. »

Aux di­verses al­lé­ga­tions sou­le­vées par le conseil de Depp, l’avo­cat de TMG Mi­chael Kemp ob­jecte que « pen­dant dix­sept ans, TMG a rem­pli les dé­cla­ra­tions d’im­pôts de Depp, et, si les fonds de ce der­nier le per­met­taient, s’est ac­quit­té de l’im­pôt en temps et en heure ». Tout re­tard de paie­ment « est en­tiè­re­ment lié aux dé­penses ex­tra­va­gantes de l’ac­teur et nul­le­ment à la né­gli­gence de TMG ». Quant aux al­lé­ga­tions de ver­se­ments et prêts, il ajoute : « Sur une pé­riode de dix- sept ans, TMG n’a pro­cé­dé à au­cune dis­tri­bu­tion de fonds sans l’au­to­ri­sa­tion de Depp ou de sa soeur et as­sis­tante per­son­nelle [Ch­ris­ti] Dem­brows­ki », et ni né­go­cié ni im­po­sé les termes d’un prêt à taux éle­vé pour le compte de John­ny Depp.

L’ac­teur est-il un in­no­cent ton­du par des es­crocs hol­ly­woo­diens ou un ha­bile com­plo­teur cher­chant par tous les moyens lé­gaux pos­sibles à pour­suivre une vie de folles dé­penses tout en échap­pant aux dettes contrac­tées au­près de ses agents ? Les deux par­ties exigent une dé­ci­sion de justice, qui de­vrait être ren­due en jan­vier pro­chain. Depp de­mande au moins 25 mil­lions de dol­lars, tan­dis que ses an­ciens ma­na­gers ré­clament 560 000 dol­lars de dom­mages et in­té­rêts et une dé­cla­ra­tion éta­blis­sant of­fi­ciel­le­ment que « Depp est la propre cause de sa ruine ».

Château go­thique, yacht, îles vierges...

L’ar­gent ne change per­sonne, a dé­cla­ré un jour John­ny Depp. L’ar­gent ré­vèle les gens. Je suis tou­jours exac­te­ment le même type que ce­lui qui bos­sait dans une sta­tion- ser­vice. » Quand il ar­rive à Hol­ly­wood à l’âge de 19 ans, en 1983, il est gui­ta­riste dans un groupe qui ne connaî­tra pas le suc­cès. Il a ar­rê­té les études, est fau­ché comme les blés et ré­pond à toutes les offres d’em­ploi qu’il trouve sur Mel­rose Ave­nue avant de dé­cro­cher un job dans le té­lé­mar­ke­ting – « Je ven­dais des sty­los par té­lé­phone pour bouf­fer », a-t-il ra­con­té. Sa pre­mière femme, Lo­ri Anne Al­li­son, lui fait ren­con­trer Ni­co­las Cage, qui veut lui pré­sen­ter un agent : « Tu de­vrais es­sayer d’être ac­teur. »

Depp dé­croche ra­pi­de­ment un rôle dans un film d’hor­reur de Wes Cra­ven tour­né en 1984, Les Griffes de la nuit, puis dans le film de guerre os­ca­ri­sé d’Oli­ver Stone Pla­toon, et en­fin dans la sé­rie po­li­cière pour ados 21 Jump Street. Mais il se sent en­fer­mé dans son em­ploi d’« ac­teur té­lé », se­lon ses propres termes, jus­qu’à ce qu’un nou­vel agent, Tra­cey Ja­cobs, le sauve avec un scé­na­rio bi­zarre : « L’his­toire d’un gar­çon qui a des ci­seaux à la place des mains, un pa­ria in­no­cent per­du en ban­lieue, écrit Depp. J’ai im­mé­dia­te­ment lu le scé­na­rio et pleu­ré comme un bé­bé. »

Sor­ti en 1990, Ed­ward aux mains d’ar­gent, de Tim Bur­ton, connaît un im­mense suc­cès et fait de Depp une star mon­diale. Dix ans plus tard, après trois pre­miers rôles tout aus­si ex­cen­triques – dans Gil­bert Grape, Ed Wood et Don Juan

« JE VENDS QUOI EN PRE­MIER ? J’AI DES BÉCANES, DES PRO­PRIÉ­TÉS ET IL ME RESTE UN SEM­BLANT D’ÂME. » John­ny Depp à son agent

DeMar­co (avec Mar­lon Bran­do et Faye Du­na­way) –, il vit la grande vie à deux pas de Sun­set Bou­le­vard, dans « le château de Dra­cu­la », édi­fice go­thique de près de 700 m2 fait de tou­relles et construit en 1927.

En 1999, John­ny Depp et sa soeur Ch­ris­ti Dem­brows­ki en­gagent les Man­del, dont la so­cié­té TMG a alors douze ans d’exis­tence. Les frères fonc­tionnent comme une en­tre­prise fa­mi­liale : Ro­bert est avo­cat fis­ca­liste et Joel est spé­cia­li­sé dans le droit tran­sac­tion­nel, bien qu’ils ne re­pré­sentent pas leurs clients en tant qu’avo­cats, ain­si qu’ils le pré­cisent dans une dé­po­si­tion. Ils font plu­tôt of­fice de chefs d’en­tre­prise à plein temps et leurs clients font ap­pel à eux pour tout ce qui a trait à leurs fi­nances, de la ré­cu­pé­ra­tion des ca­chets des stu­dios au paie­ment des fac­tures, de la ges­tion des im­pôts – paie­ment in­clus – à celle de leurs comptes (Dem­brows­ki n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer sur le su­jet).

Joel, en charge des comptes de John­ny Depp, ren­contre l’ac­teur pour la pre­mière fois dans son château. Comme dans une scène de Bou­le­vard du cré­pus­cule, on l’in­tro­duit dans ce temple go­thique, dont les murs et les sols sont cou­verts de cen­taines de pièces de col­lec­tion. John­ny, 36 ans, l’at­tend dans son bu­reau, rem­pli de livres, d’armes de col­lec­tion, de gui­tares et de mille autres bi­be­lots. Culti­vé, ayant voya­gé par­tout, in­tel­ligent, Depp se montre agréable, char­mant, bien pré­pa­ré et très à l’écoute. Jusque-là, c’est sa soeur qui s’oc­cu­pait de ses af­faires. Joel doit prendre le re­lais.

En confiant ses comptes à un ma­na­ger pro­fes­sion­nel, l’ac­teur s’en­gage à le consul­ter avant de dé­pen­ser son ar­gent du­re­ment ga­gné, se­lon une source proche de TMG. Mais ça ne s’est pas exac­te­ment pas­sé ain­si.

En 2003, Depp joue dans le pre­mier des « Pi­rates des Ca­raïbes ». Son per­son­nage – le ca­pi­taine Jack Spar­row, ses dread­locks, ses mar­mon­ne­ments – fait de la fran­chise une mine d’or. Depp touche un ca­chet de 11 mil­lions pour le pre­mier film, puis 20 mil­lions pour les sui­vants et au moins 40 mil­lions sur les droits d’en­trée.

L’ar­gent cou­lant à flots, l’ac­teur dé­ve­loppe ce que la plainte de TMG dé­crit comme « un in­ta­ris­sable dé­sir de dé­pen­ser ». D’abord, c’est un ba­teau. Après avoir ini­tié la car­rière d’ac­teur de Depp, Ni­co­las Cage – qui au­rait lui-même dé­pen­sé 150 mil­lions de dol­lars et frô­lé la faillite per­son­nelle en 2009 – lui a ap­pris la dé­pense. Il lui prête un de ses deux yachts – le Sa­ri­ta, 38 mètres de long – et John­ny, sa com­pagne d’alors Va­nes­sa Pa­ra­dis et leurs deux jeunes en­fants, Li­ly-Rose et Jack, prennent la mer. À peine la fa­mille a- t- elle po­sé le pied aux Ba­ha­mas que les at­tend une ar­mée d’agents im­mo­bi­liers de luxe spé­cia­li­sés dans les bien ul­tra­rares, à l’af­fût d’une clien­tèle ca­pable de s’of­frir une île pri­vée. Ce rêve par­ti­cu­lier est, semble- t-il, cher à John­ny Depp de­puis qu’il a ren­du vi­site à Mar­lon Bran­do sur son atoll de Te­tia­roa.

En 2004, Joel ac­com­pagne Depp dans une vi­rée shop­ping en vue de s’ache­ter une île. Quand ils abordent les Exu­mas, ils ne trouvent... rien du tout. Mais Lit­tle Hall’s Pond Cay, une sé­rie de quatre îlots vierges si­tuée à 110 ki­lo­mètres de Nas­sau, est à vendre pour 3,6 mil­lions de dol­lars. Elle com­porte six plages de sable fin, mais n’a ni eau cou­rante ni élec­tri­ci­té.

D’après une source proche de TMG, le ma­na­ger ar­gu­mente contre l’achat (à cause des dé­penses exor­bi­tantes liées à la via­bi­li­sa­tion des îles) tan­dis que John­ny Depp ne voit que les bons cô­tés – un havre de paix pour lui et sa fa­mille, un re­fuge où re­char­ger les bat­te­ries entre deux rôles ma­jeurs. Quand le pre­mier com­prend qu’il est in­utile d’es­sayer de convaincre le se­cond de ne pas ache­ter, il s’ar­range pour faire bais­ser le prix à 3,225 mil­lions de dol­lars.

L’avo­cat de l’ac­teur af­firme que les îles des Ba­ha­mas et les autres biens im­mo­bi­liers consti­tuent de bons in­ves­tis­se­ments, dont la va­leur a aug­men­té de fa­çon si­gni­fi­ca­tive de­puis l’achat. Mais qui dit île dit yacht, la ma­chine à dé­pen­ser par ex­cel­lence. En l’es­pèce, un rêve de vieux ra­fiot tout en mâts et che­mi­nées que le ca­pi­taine Jack Spar­row lui­même n’au­rait pas dé­dai­gné. Depp dé­niche en Tur­quie l’Ana

to­lia, ré­plique d’un ba­teau à va­peur construite en 2001. Son

prix de vente au­rait été es­ti­mé à 8,75 mil­lions de dol­lars, plus 8 mil­lions de tra­vaux d’amé­na­ge­ment.

Per­sua­dé que Man­del s’op­po­se­ra au pro­jet, Depp dé­pêche sa soeur – se­lon une source proche de TMG – pour ap­puyer l’achat au pré­texte que l’ac­teur ne peut vrai­ment se re­ta­per que sur un ba­teau.

Quinze mi­nutes plus tard, Depp ap­pelle Man­del. Ce der­nier lui au­rait in­di­qué ce qu’il de­vait faire pour fi­nan­cer ce gouffre et tout le reste : tour­ner deux block­bus­ters par an... ou pos­sé­der 40 mil­lions de dol­lars en ga­ran­tie. J’ai com­pris et ça me va, au­rait ré­pon­du, se­lon la même source, Depp.

Les coûts de la pré­sence d’un équi­page in­ter­na­tio­nal de huit membres ajou­tés à ceux de la main­te­nance sont éva­lués entre 300 000 et 400 000 dol­lars par mois. Depp bap­tise son yacht Va­jo­li­ro­ja : Va pour Va­nes­sa, Jo pour lui-même, Li­ro pour sa fille et Ja pour son fils. Il charge un ca­bi­net de de­si­gn na­val ba­sé à Mia­mi de dé­co­rer le ba­teau dans un style qua­li­fié par lui-même dans Va­ni­ty Fair « d’Orient-Ex­press mâ­ti­né de bor­del pa­ri­sien ».

Un contrat si­gné avec son sang

De re­tour à Hol­ly­wood, le château semble bien pe­tit à cô­té de l’océan. Depp dé­cide donc d’an­nexer l’im­passe au­tour de sa mai­son et d’en ache­ter toutes les pro­prié­tés pour un mon­tant to­tal de 10 mil­lions. Elles ser­vi­ront d’ate­lier, lui per­met­tront d’hé­ber­ger sa mère et ses amis, et il ins­tal­le­ra un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment dans la plus grande.

Mais d’après la dé­po­si­tion, dès 2007, Joel Man­del com­prend que Depp ne ga­gne­ra pas la somme pro­mise. L’ac­teur se montre de plus en plus dis­tant, dif­fi­cile à joindre, et lâche des bor­dées de ju­rons à la moindre évo­ca­tion de ses dé­penses. La plainte liste « des cen­taines de conver­sa­tions », te­nues en per­sonne, au té­lé­phone ou par mail, qui, d’ami­cales, se trans­forment en « ti­rades obs­cènes où [Depp] in­sulte les pro­fes­sion­nels à son ser­vice tout en as­su­rant qu’il tra­vaille­ra plus pour pou­voir s’of­frir ce qui lui fait en­vie ».

À ce stade, se­lon la source proche de TMG, il lui fau­drait ga­gner 60 mil­lions par an, hors taxes et com­mis­sions. Tra­cey Ja­cobs, l’agent de Depp, et son équipe se dé­mènent pour lui trou­ver de nou­veaux pro­jets. « Il était de plus en plus com­pli­qué de trou­ver des rôles de qua­li­té sus­cep­tibles de fi­nan­cer un ba­teau, confie une source dans le mi­lieu du ci­né­ma. Depp vaut au moins 10 mil­lions et peu de films peuvent em­ployer des ac­teurs aus­si chers. » Cette si­tua­tion abou­tit à des dé­sastres tels que Trans­cen­dence, Char­lie Mort­de­cai ou The Lone Ran­ger, sans ou­blier la pu­bli­ci­té pour le moins étrange du par­fum Dior Sau­vage, pour la­quelle il au­rait tou­ché 16,4 mil­lions de dol­lars (Ja­cobs n’a pas sou­hai­té com­men­ter cette in­for­ma­tion).

En oc­tobre 2012, la si­tua­tion est de­ve­nue si dé­sas­treuse que Jake Bloom et Joel convoquent une réunion de la der­nière chance qui dure trois heures, dans le stu­dio d’en­re­gis­tre­ment rem­pli de gui­tares de l’ac­teur. Comme Depp n’aime pas pas­ser des heures à éplu­cher les comptes, ils ont ré­su­mé l’es­sen­tiel des faits sur un do­cu­ment d’une page, qu’il re­fuse de consul­ter. Ils lui dé­crivent donc la si­tua­tion par le me­nu, en mar­te­lant qu’il est « urgent d’agir ».

Le dos­sier in­dique que « Depp risque une faillite per­son­nelle pu­blique, qui l’em­pê­che­rait de s’ac­quit­ter du rem­bour­se­ment d’un prêt de plu­sieurs mil­lions de dol­lars au­près de la Ci­ty Na­tio­nal Bank ». La banque exige les 5 mil­lions, mais « Depp n’a pas les fonds per­met­tant le paie­ment [à cause de son] re­fus de cal­mer ses dé­penses ex­tra­va­gantes ».

Pour sau­ver Depp d’un nau­frage fi­nan­cier pu­blic ac­ca­blant, TMG lui prête les 5 mil­lions lui per­met­tant d’ho­no­rer le rem­bour­se­ment de son prêt. Il signe les pa­piers pour ce nou­vel em­prunt, avec deux de ses pro­prié­tés à Hol­ly­wood en gage. Le yacht est ven­du fin 2013 à des Amé­ri­cains. Mais c’est in­suf­fi­sant.

Man­del sup­plie les as­so­ciés de Depp de l’in­for­mer – en met­tant en place une sorte de « co­mi­té de sur­veillance » de ses achats, se­lon une source proche de TMG – en cas de dé­penses ex­tra­or­di­naires, pour qu’il puisse au moins es­sayer de le dis­sua­der. S’il ne peut pas l’em­pê­cher d’ache­ter, il peut au moins ten­ter de né­go­cier le prix.

Il com­mence à re­ce­voir de nom­breux mails. Los An­geles : « John­ny a ache­té dix caisses de vin chez 20/20 (un ca­viste chez qui sa note a, af­firme la source, dé­jà at­teint le mil­lion) pour un to­tal de 290 000 dol­lars + taxes. Wow ». New York : « John­ny a fait un tour chez le joaillier Fred Leigh­ton et a dé­pen­sé 500 000 dol­lars pour un bra­ce­let en dia­mants (et d’autres bi­joux). »

Man­del, d’après une source proche de TMG, dé­couvre de nom­breux achats à me­sure qu’il re­çoit les fac­tures. Le 22 sep­tembre 2014, un avo­cat new-yor­kais l’ap­pelle

LE GOUFFRE DU PI­RATE Va pour Va­nes­sa, Jo pour John­ny, Li­ro pour leur fille Li­ly- Rose et Ja pour leur fils Jack : le Va­jo­li­ro­ja a coû­té plus de 16 mil­lions d’eu­ros à l’ac­teur, sans comp­ter les frais d’équi­page et de main­te­nance.

1 2 3

2 1

3 4

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.