Glo­ria Van­der­bilt

Vanity Fair (France) - - Flashback Vanity Fair -

La pe­tite Glo­ria passe plu­sieurs étés dans cette de­meure. Reg­gie, son père, est un pas­sion­né de che­vaux por­té sur la bouteille. Glo­ria Mor­gan, sa mère, est une fille de bonne fa­mille. Avec sa soeur ju­melle Thel­ma, elles sont connues sous le so­bri­quet de « Ma­gi­cal Mor­gans ». Sortes de soeurs Hil­ton avant l’heure, leur ex­cen­tri­ci­té et leur goût pour les hommes riches fe­ront d’elles des de­mi- célébrités aux États Unis et en Eu­rope. Entre ces deux âmes re­belles que vingt- cinq ans sé­parent, la nais­sance de Glo­ria tient un peu du mi­racle. Mais son en­fance est très so­li­taire. « C’était une vie ob­ser­vée, mais ja­mais par­ta­gée », écri­ra- t- elle plus tard.

Quand Reg­gie meurt d’al­coo­lisme en 1925, Glo­ria Mor­gan a 21 ans. Avec sa fille, sa mère et une nour­rice, elle met le cap sur Pa­ris où elle s’ins­talle dans un ap­par­te­ment près de la tour Eif­fel, do­tée d’une rente de 50 000 dol­lars par an. « Nous vi­vions comme des gi­tans de luxe : notre vie était faite de malles, em­bal­lées puis dé­bal­lées à bord de trans­at­lan­tiques, de trains et de pa­laces à Cannes ou à Londres. Peu im­por­tait où nous étions, pour­vu que nous soyons en­semble », se sou­vien­dra Glo- ria, qui passe du temps à Fort Bel­vé­dère, la ré­si­dence du Prince de Galles (et fu­tur roi d’An­gle­terre), en af­faire sen­ti­men­tale avec sa tante Thel­ma, par ailleurs amie proche de Wal­lis Simp­son. Le style de vie dé­cou­su de la jeune veuve et de sa soeur ju­melle fi­nit ce­pen­dant par cho­quer les Van­der­bilt res­tés aux États-Unis et, en 1934, la belle- fa­mille in­tente un pro­cès à Glo­ria mère, l’ac­cu­sant d’être in­ca­pable d’éle­ver un en­fant. La ba­taille pour la garde de Glo­ria, « pauvre pe­tite fille riche » se­lon les jour­naux, va faire sen­sa­tion et mo­bi­li­ser l’Amé­rique en proie à la crise éco­no­mique, au chô­mage et à la mo­rale ul­tra­pu­ri­taine de la pro­hi­bi­tion. « Une dis­trac­tion idéale en pleine Dé­pres­sion, alors que le pays se re­le­vait à peine de l’en­lè­ve­ment et de l’as­sas­si­nat du pe­tit Charles Lind­bergh », sou­tient l’écri­vain Wen­dy Good­man dans son livre The World of Glo­ria Van­der­bilt (Abrams Books, 2010). L’épi­sode est d’une vio­lence rare : jour après jour, Glo­ria mère est ac­cu­sée d’être une dé­gé­né­rée sans mo­rale, de cou­cher avec d’autres femmes, ou en­core de feuille­ter de la por­no­gra­phie en py­ja­ma de soie. « L’opi­nion pu­blique ne pou­vait ima­gi­ner qu’avec tous ces moyens, ces mai­sons pleines de fleurs et d’ar­gen­te­rie et de qui sait quoi en­core, la mi­sère puisse s’achar­ner sur une pe­tite fille es­seu­lée et ef­frayée », re­la­te­ra Glo­ria. Après un pro­cès re­ten­tis­sant, la cour confie la garde de la fillette à sa tante pa­ter­nelle, Ger­trude Whit­ney. Celle- ci a beau être une Van­der­bilt, elle mène une vie très dif­fé­rente de ses pairs. Sculp­trice, fi­gure de la bo­hème de Green­wich Village où elle pos­sède son stu­dio d’ar­tiste, elle est d’un abord froid qui ne ras­sure pas l’en­fant trau­ma­ti­sée. Mais ses ma­nières ori­gi­nales (comme por­ter sys­té­ma­ti­que­ment un cha­peau à l’in­té­rieur, par

« Im­pos­sible d’ima­gi­ner qu’avec tous ces moyens, la mi­sère puisse s’achar­ner sur une pe­tite fille es­seu­lée et ef­frayée. »

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