« JE RÊVE DE CONVAINCRE LARRY DAVID DE JOUER DANS “PLATANE” »

L’ac­teur et réa­li­sa­teur paie son tri­but à la sé­rie culte Curb Your En­thu­siasm, de re­tour après six ans d’in­ter­rup­tion.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - — PRO­POS RECUEILLIS PAR TOMA CLARAC

La sai­son 3 de Platane se dé­rou­le­ra à Los An­geles, où mon per­son­nage se met en tête de concur­ren­cer Mar­vel en créant un su­per­hé­ros. La sé­rie est en cours d’écri­ture mais j’ai un rêve : convaincre

Larry David d’ap­pa­raître dans un épi­sode. Il me semble que c’est

Quen­tin Du­pieux qui m’a re­com­man­dé Curb Your En­thu­siasm [Larry et son nom­bril en VF], à l’époque. Je me suis aus­si­tôt dit : “Je veux faire quelque chose dans ce style, avec ce ton réa­liste et ce tra­vail sur le ma­laise.” J’étais dé­jà fan de Sein­feld que Larry David avait co­créée. On en dis­cu­tait beau­coup avec

sur le tour­nage de H. Je crois que aus­si était fan. Ram­zy Ja­mel Comme Sein­feld, H était une sit­com jouée en pu­blic. Curb, c’était dif­fé­rent. Pas to­ta­le­ment neuf, puis­qu’il y avait dé­jà eu The Larry San­ders Show, mais dif­fé­rent, dans la forme comme dans le fond. Ce n’est pas un ha­sard si Sein­feld était dif­fu­sée sur le net­work NBC et Curb sur la chaîne câ­blée HBO : quand on s’em­pare de su­jets comme l’an­ti­sé­mi­tisme, le ra­cisme ou l’in­ceste pour en rire, on de­vient cli­vant. Ce­la pou­vait al­ler d’au­tant plus loin que Larry David y pro­je­tait par­fois ses propres dé­mons. Sein­feld s’était beau­coup vue re­pro­cher la qua­si-ab­sence de per­son­nages noirs. Cette af­faire a ma­ni­fes­te­ment as­sez pour­sui­vi David pour qu’il y fasse al­lu­sion dans Curb. Leon, un des per­son­nages les plus drôles de la sé­rie, est un Noir qui s’ins­talle chez Larry en se fai­sant pas­ser pour la vic­time d’un ou­ra­gan. On marche sur des oeufs et c’est hi­la­rant. Je ne sais pas si on peut par­ler de thé­ra­pie, mais il avait clai­re­ment be­soin d’abor­der le su­jet, et ce qui est fort, c’est qu’il en fait une ma­tière co­mique. Ce­la dit, je ne pense pas que son hu­mour se nour­risse de pro­voc’. Ce qui fait sa force, c’est la fi­nesse de son écri­ture. C’est de la den­telle. Larry David a une ma­nière de se­mer de pe­tites in­for­ma­tions ano­dines dans cha­cune de ses sé­quences. Celles- ci se ré­per­cutent de scène en scène. Le tout culmine quand elles se re­coupent pour abou­tir à une si­tua­tion ex­trê­me­ment gê­nante, comme dans cet épi­sode où David croit te­nir sa re­vanche sur un skin qui l’a trai­té de “sale Juif”. Dans la salle d’at­tente d’un ca­bi­net mé­di­cal, il se met à in­sul­ter son agres­seur de ma­nière ou­tran­cière jus­qu’à ce que la fille de l’ac­cueil s’en mêle : “Mais mon­sieur, c’est pi­toyable, cet homme suit une chi­mio.” Ce n’était évi­dem­ment pas le skin. L’écri­ture en do­mi­no de David per­met ce fi­nal mons­trueux. Je peux com­prendre que cer­tains n’adhèrent pas, mais le spec­ta­teur qui l’ap­pri­voise rentre dans un moule. C’est une af­faire de rythme, et c’est im­pla­cable. Je me suis ins­pi­ré de ce ca­ne­vas pour Platane, mais il faut croire qu’on n’a pas tout à fait cette culture co­mique en France. Un jour, j’étais au parc avec mon môme. Un type vient me voir et me dit : “Oh là là ! Des barres de rire, votre sé­rie. Je peux prendre une pho­to ? Vrai­ment, H, c’était gé­nial ! En re­vanche, Platane, je n’ai pas com­pris.” Ce genre de ré­ac­tions me sur­prend tou­jours. Ce n’est pas comme si j’avais sou­dain es­sayé de faire des ma­thé­ma­tiques. C’est peut- être une his­toire de pa­tri­moine. On est aus­si éloi­gnés des An­glo-Saxons en co­mé­die qu’en ar­chi­tec­ture. C’est le même ni­veau de “rien à voir”. Et bien sûr, c’est la “faute à Mo­lière”, comme d’ha­bi­tude. » Curb Your En­thu­siasm — Larry et son nom­bril sai­son 9, er à par­tir du 1 oc­tobre sur OCS Ci­ty.

Larry (Larry David) et Leon (Jb Smoove) dans la sai­son 9 de Larry et son nom­bril. en mé­daillon, Éric Ju­dor.

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