« Il y a dix ans, Car­rie di­sait dé­jà : “LEIA, C’EST MOI !”

Vanity Fair (France) - - Mark Hamill - Mark ha­mill

“po­ker face”, se sou­vient Ha­mill. Car­rie, elle, a dit oui aus­si­tôt. Plus tard, je lui ai de­man­dé : “Pour­quoi étais-tu si pres­sée de dire oui ? Tu dois les faire pa­tien­ter ; c’est le jeu...” Elle m’a ré­pon­du : “Quel genre de rôles les femmes de plus de 50 ans ob­tiennent- elles dans le show-biz ?” Car­rie ne se fai­sait au­cune illu­sion. »

Après la vente par George Lu­cas de sa so­cié­té de pro­duc­tion Lu­cas‹lm à Dis­ney et le re­ten­tis­sant par­ri­cide qui a lais­sé Har­ri­son « So­lo » Ford sur le car­reau dans Le Ré­veil de la Force (VII), la mort de Car­rie Fi­sher fait de Ha­mill l’ul­time icône de la sa­ga ori­gi­nelle. Ce der­nier re­fuse tou­te­fois d’en­dos­ser les ha­bits du gar­dien du temple : « J’adore Os­car Isaac, John Boye­ga et les autres, mais ils n’ont cer­tai­ne­ment pas be­soin de mes conseils. C’est plu­tôt moi qui de­vrais leur en de­man­der. » Une par­tie du VIII pour­rait néan­moins voir Luke Sky­wal­ker en­sei­gner les se­crets de la Force à Rey, la jeune héroïne de l’épi­sode pré­cé­dent. Mais de­puis la mise en ligne d’une pre­mière bande-an­nonce en avril, les ru­meurs cir­culent à la vi­tesse du Fau­con Mille­nium. « Le temps est ve­nu pour les Je­di d’en ‹nir », lâche Luke Sky­wal­ker, cré­pus­cu­laire, sur une île hos­tile de la pla­nète Ahch-To où il vit re­ti­ré du monde. Une des rai­sons pour les­quelles ces quelques mots ont mis en émoi une par­tie non né­gli­geable de la po­pu­la­tion mon­diale tient au tem­pé­ra­ment du per­son­nage. À l’ori­gine, Luke est un gar­çon de ferme naïf mû par un op­ti­misme un brin dé­goû­tant. Il lui fau­dra trois vo­lets d’aven­tures cos­miques, au cours des­quelles il de­vient le vir­tuose du sabre la­ser que l’on connaît, pour prendre un peu d’épais­seur. Et en­core, ce­la se fait au prix de la mort de son père (Dark Va­dor, si vous l’igno­riez) et de la perte d’une main dont le sort in­cer­tain pré­sage d’un état de dé­com­po­si­tion avan­cé (ce qui est aus­si as­sez dé­goû­tant). Com­ment un post-ado glabre et niais a- t-il pu se trans­for­mer en pé­pé bar­bu atra­bi­laire ? « La sen­tence de Luke à pro­pos des Je­di est as­sez dé‹ni­tive, ad­met Ha­mill. Elle a quelque chose de cy­nique qui tranche avec le Luke qu’on connaît, même s’il est ce­lui qui a le plus chan­gé d’épi­sode en épi­sode. En ce­la, il est le contraire de Han So­lo et de Leia. Eux sont bien dé‹nis dès le pre­mier épi­sode et n’évo­luent plus – lui, le franc-ti­reur bou­gon ; elle, la prin­cesse à poigne », pré­cise l’ac­teur en­core sous le choc du scé­na­rio de l’épi­sode VIII. « J’ai été très sur­pris par ce que Rian John­son avait fait des per­son­nages. Il m’a fal­lu du temps pour m’en re­mettre. Mais c’est bien. Les gens se de­mandent si le ‹lm va plu­tôt res­sem­bler au Re­tour du Je­di [VI], au pre­mier épi­sode [Un nou­vel es­poir, le IV] ou alors à ce­lui du mi­lieu [L’Em­pire contre-at­taque, le V] qui est plus sombre. Je leur di­rais : “Il y a de l’hu­mour, de l’ac­tion, des créa­tures... mais il ne res­semble pas aux autres ‹lms.” »

Si ces pro­pos obéissent au moins en par­tie à des élé­ments de lan­gage éla­bo­rés pour la pro­mo­tion du ‹lm, Ha­mill semble sin­cère. Je suis quand même face à un ac­teur qui, a dé­faut d’avoir ja­mais réus­si à se dé­ta­cher de son per­son­nage, est prêt à lui im­po­ser un double pour exer­cer un sem­blant d’em­prise sur son des­tin. Mieux : un sexa­gé­naire qui se vante à lon­gueur d’in­ter­view de la joie que lui a pro­cu­ré la dé­cou­verte d’un masque à son e®gie au dos d’une boîte de cé­réales bran­dée Star Wars. « Je l’ai mon­trée à Har­ri­son, mais il se moque to­ta­le­ment de ce genre de choses », plai­sante en­core l’ac­teur en imi­tant l’air re­vêche de son ca­ma­rade. De­puis des an­nées, Mark Ha­mill col­lec­tionne des gad­gets liés à la pop culture, à la­quelle il a même consa­cré une émis­sion té­lé­vi­sée (la « Mark Ha­mill’s Pop Culture Quest » sur la chaîne de vi­déo à la de­mande Co­mic-Con HQ, dans la­quelle il part jus­te­ment à la ren­contre de col­lec­tion­neurs). « Je suis un geek de­puis tout pe­tit. J’ado­rais les ‹lms d’horreur d’Uni­ver­sal. J’aime les ‹gu­rines, le cos­play [les dé­gui­se­ments]... » Cette pas­sion ré­gres­sive lui a per­mis de tis­ser une re­la­tion pri­vi­lé­giée avec les ad­mi­ra­teurs de la sa­ga : « Ils savent que je suis un fan moi-même, que je ne fais pas sem­blant. J’al­lais dans les conven­tions de co­mics bien avant que le pre­mier Star Wars ne sorte pour voir des ‹lms qu’on ne pou­vait pas voir ailleurs et je com­prends par­fai­te­ment leur en­thou­siasme. » Et si, dans un ver­ti­gi­neux jeu de rôles, Mark Ha­mill avait ac­com­pli le rêve de tout mor­du de pop culture : de­ve­nir le hé­ros du ‹lm dont il est le fan ? Voi­là qui se­rait un au­then­tique coup de gé­nie. Quoi qu’en pense Pé­guy.¯°

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