« EX­PRI­MER MA PART DE BRU­TA­LI­TÉ »

Pour son cin­quième al­bum, Char­lotte Gains­bourg a fran­chi le pas de l’écri­ture.

Vanity Fair (France) - - Fanfare - — PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CLÉ­MEN­TINE GOLDSZAL

En­re­gis­tré à New York avec la star de l’electro Se­bas­tiAn, et des in­vi­tés de luxe (Paul McCart­ney lui a écrit une chan­son et Guy-Ma­nuel de Ho­mem-Ch­ris­to de Daft Punk en a pro­duit une autre), le bien nom­mé Rest dé­voile Char­lotte Gains­bourg sous un jour in­time. En 2013, le choc de la mort bru­tale de sa de­mi- soeur Kate Bar­ry a fait taire pro­vi­soi­re­ment ses doutes, le temps d’écrire les textes (en fran­çais et en an­glais) de onze chan­sons qui se jouent ha­bi­le­ment des fan­tômes qui la hantent.

Vous si­gnez les textes de cet al­bum ; c’est une pre­mière pour vous. Avez-vous eu un lec­teur pri­vi­lé­gié pen­dant l’écri­ture ?

J’avais tel­le­ment peur qu’un ju­ge­ment me fasse dou­ter que j’ai long­temps tout gar­dé se­cret. Mais quand les choses ont com­men­cé à prendre forme, Étienne Daho a été d’un grand sou­tien. Il m’a dit et ré­pé­té qu’il ai­mait vrai­ment ce que je fai­sais. Et puis, très vite, je me suis fiée à l’avis de Se­bas­tiAn. J’avais be­soin de son ap­pro­ba­tion.

La sor­tie de vos al­bums pré­cé­dents ne vous avait pas don­né confiance ?

Non, parce que j’ai été à chaque fois plus qu’épau­lée. Air et Beck [qui ont res­pec­ti­ve­ment pro­duit 5:55 en 2006, IRM en 2009] ont fait les choses à mon image. Je don­nais l’im­pul­sion et les thèmes, mais ça n’était pas mes mots. Quand je cite mes al­bums, ce sont les leurs.

Si les textes vous mettent à nu, vous trou­vez re­fuge dans la mu­sique qui rend les pa­roles moins in­tel­li­gibles...

Oui, c’était très im­por­tant pour moi. Je ne me sens pas poète ; je n’ai pas une grande dex­té­ri­té avec les mots et, comme je me li­vrais énor­mé­ment, que je par­lais de choses dou­lou­reuses, je ne vou­lais pas que ce soit un al­bum dé­pres­sif, je ne vou­lais pas que la mu­sique aille avec mes pa­roles. Se­bas­tiAn a com­pris la part de bru­ta­li­té de ce que je vou­lais dire et il s’est fait un plai­sir de l’ex­pri­mer dans la mu­sique.

Vous dites avoir dé­mé­na­gé à New York pour vous iso­ler. N’est- ce pas contra­dic­toire de se tour­ner vers une ville aus­si tur­bu­lente quand on cherche le calme ?

Oui, mais je l’ai vrai­ment trou­vé. C’est une telle li­ber­té par rap­port à ce que je vis à Pa­ris. Pas tant dans le rap­port aux gens – je peux tout à fait mar­cher dans la rue à Pa­ris, on me laisse tran­quille – mais là-bas, j’ai ou­blié mon re­gard sur moi-même. Rien d’autre ne comp­tait que d’avan­cer dans l’al­bum et d’es­sayer de res­pi­rer à nou­veau. Vous réa­li­sez aus­si les clips des chan­sons. Une autre pre­mière pour vous...

Prendre une ca­mé­ra a été une vraie dé­cou­verte. J’ai vou­lu as­su­mer les vi­déos moi-même, mettre en scène mes idées. Je me suis sur­prise à pho­to­gra­phier New York énor­mé­ment, à faire des au­to­por­traits... Ce­la me per­met de ne pas être uni­que­ment dans le re­gard d’un pho­to­graphe ou d’un réa­li­sa­teur et de sor­tir des mé­ca­nismes ha­bi­tuels de pro­mo­tion.

« Je n’ai pas une grande dex­té­ri­té avec les mots. »

Kate était pho­to­graphe et vous avez beau­coup tra­vaillé en­semble. Sa mort a- t- elle mo­di­fié votre ex­pé­rience des shoo­tings ?

À chaque fois que je suis face à un pho­to­graphe, je sens Kate. Ces séances avec elle ont été tel­le­ment par­ti­cu­lières... Elle m’a ap­pris à m’amu­ser de­vant un ap­pa­reil. Avant, c’était un cauchemar, mais avec elle, je ri­go­lais. Cette com­pli­ci­té, je ne l’ai plus, donc for­cé­ment, je com­pare. Ré­cem­ment, j’ai pris beau­coup de plai­sir à me faire pho­to­gra­phier par des femmes. Il y a une dou­ceur dans le re­gard d’une femme qui lui ap­par­tient aus­si, peut- être.

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