Avant, les fes­ti­vals, c’était bière tiède, frites molles et mau­vaises sau­cisses. Au­jourd’hui, entre chefs-stars et bran­chés, on en ou­blie­rait presque les concerts.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

in­ira- t- on par re­gret­ter le plai­sir cou­pable d’un hot dog pâ­teux, rin­cé d’une bière tiède ser­vie dans un go­be­let en plas­tique sur fond de mu­sique à cent dé­ci­bels ? No­cive pour les ar­tères comme pour la ban­quise, la mal­bouffe fes­ti­va­lière est dé­sor­mais une es­pèce me­na­cée. La mu­ta­tion se fait sen­tir de­puis plu­sieurs étés dé­jà. Dans le sillage de mu­si­ciens gour­mets – Alex Ka­pra­nos, le chan­teur du groupe de rock écos­sais Franz Fer­di­nand, a te­nu une ch­ro­nique gas­tro­no­mique dans le Guar­dian ; le vo­lu­mi­neux rap­peur d’At­lan­ta Ac­tion Bron­son fait un car­ton avec son émis­sion « Fuck, that’s de­li­cious », sur Vi­ce­land ; Mo­by, s tar d e l’elec­tro des an­nées 1990, a ou­vert un res­tau­rant ve­gan à Los An­geles en 2015, Lit­tle Pine – les fes­ti­vals de mu­sique sont de­ve­nus des ma­ni­festes d’art de vivre conscients où la gas­tro­no­mie oc­cupe une place à peu près aus­si dé­ter­mi­nante que la pro­gram­ma­tion mu­si­cale. Un vé­ri­table ou­til de com­mu­ni­ca­tion : « C’était im­por­tant pour nous d’in­sis­ter sur ce cô­té “fes­ti­val mi­li­tant”, ex­plique Angelo Go­pee, di­rec­teur de Live Na­tion France. Nous uti­li­sons cette pla­te­forme pour faire pas­ser des mes­sages. » Pro­mo­teur de concerts et de fes­ti­vals, mais aus­si pro­prié­taire de salles, ma­na­ger d’ar­tistes et or­ga­ni­sa­teur de tour­nées, Live Na­tion in­carne l’évé­ne­men­tiel mu­si­cal à échelle in­dus­trielle, mais n’en a pas moins cap­té l’air du temps. Par­mi les nom­breux fes­ti­vals or­ga­ni­sés en France par le géant amé­ri­cain, la deuxième édi­tion de Lol­la­pa­loo­za cet été per­met­tra, entre deux concerts, au pu­blic ve­nu écou­ter De­peche Mode, Go­rillaz, Di­plo ou Nek­feu de s’in­for­mer à « Lol­la Pla­net », un espace « dé­dié au dé­ve­lop­pe­ment du­rable et aux pro­blé­ma­tiques en­vi­ron­ne­men­tales » et de se sus­ten­ter à « Lol­la Chef », l’espace res­tau­ra­tion pro­gram­mé par le cuis­tot mé­dia­tique Jean Im­bert – un Wood­stock à l’ère « Top Chef ».

Pro­duits lo­caux, chefs in­vi­tés, food trucks bran­chés... Au­jourd’hui, pas un fes­ti­val ne né­glige la nour­ri­ture. Même le Hell­fest, haut lieu de la cul­ture mé­tal, a lan­cé une en­quête de sa­tis­fac­tion en ligne pour amé­lio­rer son offre, et ga­ran­tit, à cô­té des clas­siques « Mé­mé Pa­tate » ou « Vache à la broche », une op­tion vé­gé­ta­rienne par stand ain­si qu’un comp­toir 100 % ve­gan, idéa­le­ment si­tuée dans la War­zone, la scène punk du fes­ti­val.

Aux Vieilles Char­rues, qui ac­cueillent chaque an­née à Ca­rhaix près de 300 000 fes­ti­va­liers sur quatre jours, l’offre, à base de tar­ti­flette, ke­bab, bur­ger ou du clas­sique lo­cal ga­lette- sau­cisse a été aug­men­tée ces der­nières an­nées d’une sa­la­de­rie bio, d’un stand vé­gé­ta­rien... « Être bio, équi­table, lo­cal, ce­la fait au­jourd’hui par­tie des ar­gu­ments de com­mu­ni­ca­tion pour beau­coup de fes­ti­vals, ex­plique le co­fon­da­teur Jé­rôme Tré­ho­rel. Mais s’im­pli­quer dans l’éco­no­mie du ter­ri­toire, tra­vailler avec des pro­duc­teurs et des fa­bri­cants du cru, ce­la a tou­jours été dans l’ADN des Vieilles Char­rues. » À l’en­tendre, le po­pu­laire fes­ti­val bre­ton se re­fuse à faire un fro­mage de son ac­ti­visme, aus­si frais et lo­cal soit- il.

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