Ré­vo­lu­tion DE PA­LAIS

Comment un mo­tif qua­dri­lo­bé, un des em­blèmes du joaillier Van Cleef & Ar­pels, ren­voie à une forme d’uni­ver­sel et conquiert le coeur des femmes.

Vanity Fair (France) - - Vanity Case - VIR­GI­NIE MOU­ZAT

Se­cousse tel­lu­rique dans le monde, et par­ti­cu­liè­re­ment en France, le prin­temps 1968 ba­lance un up­per­cut dans l’es­ta­blish­ment gaul­liste. La so­cié­té va­cille. Mais ce mou­ve­ment vé­hi­cu­lé par la jeu­nesse et re­dou­té par les an­ciens a par­fois por­té chance à ceux qui ont su en­tendre leur ras- le- bol. Et chez Van Cleef & Ar­pels, c’est bien de chance qu’il s’agit car, cette an­née- là, en des­si­nant le mo­tif bap­ti­sé Al­ham­bra, par ailleurs une al­lu­sion au trèfle à quatre feuilles cher à , la

Jacques Ar­pels mai­son de joaille­rie offre sous l’éti­quette « bou­tique » – celle de la place Ven­dôme – un équi­valent joaillier au prêt- à-por­ter, cette nou­velle fa­çon de s’ha­biller qui, dans les an­nées 1960, vient contre­dire les pré­ceptes de la cou­ture. Moins cher, moins guin­dé, plus ac­ces­sible, l’Al­ham­bra dans ses nom­breuses dé­cli­nai­sons fait un mal­heur. Sur une an­cienne pu­bli­ci­té, en 1974, on lit en­core « Pour tous les jours, et pour les femmes de goût, la bou­tique Van Cleef & Ar­pels pré­sente des bi­joux agréables à por­ter, fa­ciles à of­frir, mais tou­jours pré­cieux. » Fa­cile, agréable, pré­cieux, trois mots qui, après les ré­vo­lu­tions rouges de la fin des an­nées 1960, pro­mettent des len­de­mains qui chantent. Les dif­fé­rentes gé­né­ra­tions s’af­fichent por­tant l’Al­ham­bra, de

Fran, en mode post-yéyé, à çoise Har­dy Grace

ou . de Mo­na­co Ro­my Sch­nei­der

Cu­rieux ha­sard, L’Al­ham­bra si­gni­fie la rouge en arabe. À Gre­nade en Es­pagne, cet ex­cep­tion­nel en­semble pa­la­tial édi­fié à par­tir du XIIIe siècle

consti­tue l’un des rares té­moi­gnages in­tacts de la pré­sence des sou­ve­rains maures. Mais c’est tout par ti cu liè­re­ment à Ve­nise, au voi­si­nage d’un style go­thique flam­boyant, que le cou­rant mau­resque s’af­fiche aux fron­tons des pa­lais. Là, on re­trouve le fa­meux mo­tif qua­dri­lo­bé sur la fa­çade du pa­lais des doges, sur celles de la Ca’ d’Oro ou du pa­lais Mas­tel­li del Cam­mel­lo et de bien d’autres en­core.

En Eu­rope, ce mo­tif qua­dri­lo­bé es­saime par­tout, en bas­re­lief ou en ou­ver­ture, de Sienne à Rouen. Re­flet de la ver­sa­ti­li­té de ce mo­tif uni­ver­sel, les ma­tières évoquent tous les ho­ri­zons pos­sibles : nacre blanche, ma­la­chite, la­pis­la­zu­li, onyx, oeil de grise, dia­mants, cris­tal de roche... Al­ham­bra fo­re­ver. —

3 5 4 6 BOUCLES D’OREILLES, BRACELET ET MONTRE AL­HAM­BRA VAN CLEEF & AR­PELS.

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