Après avoir long­temps mé­pri­sé les ré­seaux so­ciaux, les grandes mai­sons d’édi­tion pa­ri­siennes les in­ves­tissent dé­sor­mais pour at­ti­rer des lec­teurs de plus en plus vo­lages.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

lle s’ex­prime avec l’au­to­ri­té que confère les deux mil­lions d’exem­plaires ven­dus dans le monde d’Elle s’ap­pe­lait Sa­rah (Hé­loïse d’Or­mes­son, 2007). Ta­tia­na de Ros­nay, cham­pionne fran­çaise du best- sel­ler, s’en­or­gueillit d’avoir sen­ti la ten­dance très tôt. Dès le dé­but des an­nées 2000, elle com­prend que le Web est un ou­til pro­mo­tion­nel à la puis­sance in­com­pa­rable et crée son blog lit­té­raire, Fig Tree. « Grâce à In­ter­net, Les In­ro­ckup­tibles ou “Le Monde des livres” ne sont plus les seuls au­to­ri­sés à se pro­non­cer sur un ro­man », se ré­jouit celle que la cri­tique n’a pas tou­jours épar­gnée. Avec 20 000 abon­nés sur Ins­ta­gram, plus de 27 000 sur Twit­ter et près de 75 000 sur Fa­ce­book, elle est au­jourd’hui l’un des écri­vains fran­çais les plus sui­vis sur les ré­seaux so­ciaux.

À l’inverse, les grandes mai­sons d’édi­tion ont long­temps igno­ré In­ter­net et ses voies de communication. Comme si le Web n’était qu’un vul­gaire re­fuge pour au­teurs in­com­pris, un ter­ri­toire im­pur à main­te­nir à tout prix à dis­tance. Mais la crise des mé­dias tra­di­tion­nels a chan­gé la donne. De­puis peu, les édi­teurs s’em­parent des ca­naux nu­mé­riques pour res­tau­rer une re­la­tion fra­gi­li­sée avec des lec­teurs de plus en plus vo­lages. « Entre 1975 et 1990, il y avait moins de dix chaînes de té­lé­vi­sion et une grand- messe lit­té­raire ca­tho­dique, « Apo­strophes », rap­pelle Jean- Marc Levent, di­rec­teur com­mer­cial de l’édi­teur Gras­set. Au­jourd’hui, le pay­sage mé­dia tique est tel le­ment frag­men­té qu’il faut être pré­sent par­tout pour tou­cher le même nombre d’in­di­vi­dus. » En 2016, la pres­ti­gieuse mai­son de Vir­gi­nie Des­pentes, Bernard-Hen­ri Lé­vy et Um­ber­to Eco a en­fin pour­vu un em­ploi à temps plein pour gé­rer la com­mu­nau­té des lec­teurs en ligne. a même an­née, Al­bin Michel a re­cru­té au poste de « di­rec­teur mar­ke­ting et communication » Mi­ckaël Pal­vin, an­cien di­rec­teur gé­né­ral de Pu­bli­cis. Ce qua­dra, qui a pas­sé dix- sept ans dans la ré­clame, re­ven­dique une maî­trise de phi­lo­so­phie et un goût pro­non­cé pour la lec­ture, mais as­sume un jar­gon plus sou­vent as­so­cié aux tours de La Dé­fense qu’aux ca­fés ger­ma­no­pra­tins : « Le mot “pro­duit” pour par­ler d’un livre ne me choque pas, mais il dé­range pas mal les gens de l’édi­tion. Je l’uti­lise donc peu, par pu­deur.

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