C’est l’his­toire d’un gar­çon ob­sé­dé par les te­nues de la pre­mière dame. Il en a fait un compte Ins­ta­gram sui­vi par les pas­sion­nés de mode. STÉPHANIE MAR­TEAU s’est pen­chée sur le phé­no­mène.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

ne lui fal­lu que cinq pe­tits jours pour se lan­cer. peine Em­ma­nuel Ma­cron élu, un in­ter­naute ano­nyme a dé­gai­né @TheB­ri­git­teS­tyle, un compte Ins­ta­gram des­ti­né à si­gna­ler chaque te­nue de la nou­velle pre­mière dame, jus­qu’à l’ob­ses­sion : Bri­gitte dra­pée dans une robe Louis Vuit­ton écar­late pour un dî­ner d’État en Grèce ; Bri­gitte en robe-man­teau Elie Saab avec le pré­sident chi­nois à Pé­kin ; Bri­gitte en bla­zer Bal­main à cô­té de Di­dier Des­champs pour sou­te­nir les Bleus... Sous chaque image, une ra­pide lé­gende in­dique la griffe, le nom du pho­to­graphe et le lieu, comme dans un ma­ga­zine de mode. Ré­sul­tat : en quelques mois, @TheB­ri­git­teS­tyle est de­ve­nu le look­book of­fi­ciel de la First La­dy, 45 000 fa­shio­nis­tas du monde en­tier se sont abon­nés et laissent des mil­liers de ré­ac­tions plus ou moins construc­tives à chaque pu­bli­ca­tion : « Les robes plus struc­tu­rées lui vont mieux » (tau­pi­nette67), « Porte- t- elle un col­lant ou pas ? » (Da­li­da­ga­ra), « Mais pour­quoi in­sis­tet- elle sur cette coupe de chiot pé­ki­nois ? Elle se­rait tel­le­ment mieux avec les che­veux en ar­rière » (Ma­riae­mac).

À ce stade, la cu­rio­si­té me ré­veille la nuit. Quel drôle d’oi­seau se cache der­rière cette en­tre­prise ? Une fan amié­noise de Bri­gitte ? Un at­ta­ché de presse in­co­gni­to d’une mai­son de cou­ture ? Après ra­pide en­quête, je ré­cu­père un nu­mé­ro de té­lé­phone. Échange de SMS. C’est un jeune homme. Il ne donne pas tout de suite son nom, mais ac­cepte de prendre un verre au pa­lais de To­kyo, le temple bran­ché de l’art contemporain. Le voi­ci, cas­quette à l’en­vers, pier­cings, bé­quille : « Per­sonne ne sait que @TheB­ri­git­teS­tyle, c’est moi », souffle- t-il juste avant de faire son ou­ting. Il s’ap­pelle Mat­thieu Da Ro­cha. Il a 28 ans, un porte- clés en forme de pé­nis et un trench beige fer­mé par une sangle au­tour du cou, le tout si­glé JW An­der­son. Il a gran­di à Nantes, dans un mi­lieu bour­geois qui a nour­ri son goût de la trans­gres­sion et un cer­tain sno­bisme (« ma mère était dé­co­ra­trice d’in­té­rieur », sou­rit-il). Il a fait du droit, un MBA de mar­ke­ting, bos­sé à la com’ de Bou­che­ron, puis pour le concept-store Tom Grey­hound. D’em­blée, il tient à mettre les points sur les « i » : il n’est pas « fan » de Bri­gitte Ma­cron, elle est son ob­jet d’étude. D’ailleurs, on ne trouve au­cun po­tin, au­cune in­fo, même pas d’images de la pre­mière dame en maillot sur @TheB­ri­git­teS­tyle. « En de­hors du cadre po­li­tique et pro­to­co­laire, tranche- t-il, elle ne m’in­té­resse pas. »

Mat­thieu Da Ro­cha a eu l’idée de ce compte entre les deux tours de la pré­si­den­tielle. « J’avais no­té une évo­lu­tion dans sa fa­çon de s’ha­biller, se sou­vient-il. Mais le vrai bas­cu­le­ment, c’est le tailleur d’inauguration ico­nique bleu per­venche Vuit­ton à double bou­ton­nage qu’elle por­tait pour la pas­sa­tion de pou­voir à l’Ély­sée. » Jus­qu’alors, Bri­gitte Ma­cron af­fi­chait une al­lure clas­sique, mal­gré « une pe­tite ten­dance à l’ex­plo­ra­tion », m’ex­plique- t-il en ex­hu­mant quelques re­liques peu glo­rieuses de son té­lé­phone, comme ce cli­ché de juillet 2015 où le couple Ma­cron se pro­mène dans les rues du Tou­quet : lui, tout en su­per­po­si­tion de po­los dé­gra­dés de rose ; elle, « fo­re­ver six­teen » en bas­kets com­pen­sées do­rées, pull fram­boise et minijupe en jean dé­la­vée sur les cuisses et les fesses, sac be­sace im­pri­mé orange et léopard. « Cette jupe, faut la brû­ler, lâche- t-il, vi­si­ble­ment hor­ri­fié. Rien ne va avec. Mais elle la res­sort par­fois, avec une che­mise blanche et des bas­kets Vuit­ton. » Les mois pas­sant, un autre look dé­con­trac­té s’est heu­reu­se­ment im­po­sé : jean Ac­qua­verde slim brut mo­dèle Scar­lett, pull en ca­che­mire col en V et ca­ban ma­rine. Elle a aus­si lais­sé tom­ber les Ray Ban Way­fa­rer – que Ni­co­las Sar­ko­zy ado­rait – pour des Mos­cot et des Chrome Hearts. « C’est as­sez ma­lin, reconnaît notre Bri­git­to­logue. Elle n’est ja­mais cli­vante ni in­ti­mi­dante. » haque soir vers 19 heures, Mat­thieu Da Ro­cha s’adonne au même ri­tuel : il passe en re­vue les der­nières ap­pa­ri­tions de Bri­gitte Ma­cron sur Google avant d’iden­ti­fier la marque des vê­te­ments et ac­ces­soires, comme cette montre double tour Michel Her­be­lin, aux bra­ce­lets en cuir co­lo­rés. Mais pas ques­tion d’abî­mer son su­jet. Si un in­ter­naute a le mau­vais goût de dé­po­ser un com­men­taire dé­plai­sant sur le phy­sique, l’âge ou la lon­gueur

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