Le pre­mier grand show hier soir

Les cinq can­di­dats en tête des son­dages ont dé­bat­tu avec clar­té et maî­trise hier soir sur TF1. Les dif­fé­rences entre des vi­sions pro­fon­dé­ment an­ta­go­nistes sont ap­pa­rues as­sez net­te­ment

Var-Matin (Brignoles / Le Luc / Saint-Maximin) - - La Une - THIER­RY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

Après deux mois de vaches maigres, de dé­bats to­ta­le­ment pha­go­cy­tés par la traque – lé­gi­time ! – d’éven­tuelles en­tour­loupes à la mo­ra­li­té, voire à la lé­ga­li­té, la joute po­li­tique a re­trou­vé un peu de sa gran­deur hier soir. Dans le calme et avec clar­té, les cinq can­di­dats re­te­nus par TF1 ont mis sur la table des pro­jets dont cha­cun au­ra pu, im­mé­dia­te­ment, per­ce­voir les dif­fé­rences. Re­la­ti­ve­ment mi­nimes sur l’école, où cha­cun veut glo­ba­le­ment res­tau­rer l’ap­pren­tis­sage des fon­da­men­taux, quelle que soit la mé­thode re­te­nue, ces dif­fé­rences ont sau­té aux yeux sur la sé­cu­ri­té.

Sé­cu­ri­té cli­vante

Le vieux cli­vage entre une droite ré­so­lu­ment ré­pres­sive et une gauche plus per­mis­sive, mi­sant da­van­tage sur la ré­in­ser­tion que sur la sanc­tion, y reste d’une acui­té presque ca­ri­ca­tu­rale. L’im­mi­gra­tion et le cur­seur des li­mites à y po­ser ont ac­cou­ché de di­ver­gences si­mi­laires. Prin­cipe de réa­li­té d’un cô­té, in­vo­qué par Ma­rine Le Pen et Fran­çois Fillon, à quelques nuances sou­ve­rai­nistes près, contre prin­cipe d’hu­ma­ni­té pour Be­noît Ha­mon, Jean-Luc Mé­len­chon et Em­ma­nuel Ma­cron, glo­ba­le­ment en phase. La ques­tion voi­sine de la laï­ci­té au­ra vu Ma­rine Le Pen et Fran­çois Fillon, avec vi­ru­lence pour l’une, un peu plus d’amé­ni­té pour le se­cond, se po­ser de la même fa­çon en chantres d’exi­gences fa­rouches pour lut­ter contre les com­mu­nau­ta­rismes et l’in­té­grisme mu­sul­man. Fran­çois Fillon et Ma­rine Le Pen ne convergent tou­te­fois pas sur tous les su­jets. Comme Jean-Luc Mé­len­chon et Be­noît Ha­mon, la can­di­date fron­tiste veut toi­let­ter nos ins­ti­tu­tions, pour y in­tro­duire la pro­por­tion­nelle et le ré­fé­ren­dum d’ini­tia­tive po­pu­laire, no­tam­ment. L’an­cien Pre­mier mi­nistre, à l’ins­tar d’Em­ma­nuel Ma­cron, a pré­fé­ré se po­ser en gar­dien d’une Ve Ré­pu­blique qui, es­time-t-il, ne fonc­tionne au fond pas si mal.

Fillon, le seul can­di­dat de la fin des  heures

Que re­te­nir, fi­na­le­ment, de ce dé­bat ? Ma­rine Le Pen y au­ra dé­cli­né ses thé­ma­tiques pro­tec­tion­nistes et so­ciales bien ro­dées, avec une agres­si­vi­té maî­tri­sée. Be­noît Ha­mon et Jean-Luc Mé­len­chon, ils nous ex­cu­se­ront de les mettre dans le même sac, au­ront ten­té de faire pas­ser la cré­di­bi­li­té de pro­jets ré­so­lu­ment pla­cés sous le re­gistre de l’es­pé­rance, en pro­po­sant une so­cié­té du tra­vail idéale, cam­pée sur le re­ve­nu uni­ver­sel, la se­maine de 32 h ou le re­traite à soixante ans. Quitte à tu­toyer l’uto­pie, il faut sans doute le craindre. Tout l’in­verse de Fran­çois Fillon. A front ren­ver­sé par rap­port à la pri­maire de son camp, où il avait bous­cu­lé avec suc­cès les ta­bous, por­teur des idées les plus ra­di­cales, il a sur­tout es­sayé hier soir de ci­se­ler – ou de res­tau­rer – sa sta­ture pré­si­den­tielle, s’em­ployant d’abord à se pré­sen­ter en cham­pion du réa­lisme et de la rai­son. Que ce soit en ma­tière de mo­dé­ra­tion des ef­fec­tifs, de re­traite à 65 ans, d’abro­ga­tion des 35 h qu’il est le seul à pro­po­ser, ou de sor­tie moins em­pres­sée du nu­cléaire. Fran­çois Fillon, ap­pa­ru plu­tôt se­rein, a en tout cas échap­pé aux agres­sions en règle qu’il pou­vait re­dou­ter sur sa mise en exa­men. « Pri­vi­lège » du fa­vo­ri dont il fait dé­sor­mais fi­gure, Em­ma­nuel Ma­cron au­ra été bien da­van­tage ti­tillé par ses ad­ver­saires. Il au­ra fait face avec un hu­mour qui ne mas­quait pas tou­jours son aga­ce­ment. Au bout du compte, ce temps per­du à ré­pli­quer lui au­ra un peu man­qué pour dé­ve­lop­per ses po­si­tions. Ce ma­tin, ce­lui qui fait la course en tête sur le che­min mi­né de l’Ely­sée reste pa­ra­doxa­le­ment aus­si ce­lui dont le pro­jet reste le plus com­plexe à ré­su­mer. La re­cherche de la voie mé­diane en toute chose est sa force, au­tant qu’elle pour­rait se ré­vé­ler sa fai­blesse.

(Photo AFP)

Seuls les cinq can­di­dats les mieux pla­cés dans les son­dages avaient été re­te­nus pour dé­battre hier soir sur TF.

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