Pierre-Mel­chior d’Azé­mar, le pré­fet qui ré­vo­quait les maires du Var

Var-Matin (Draguignan / Pays de Fayence) - - L’interview - AN­DRÉ PEYREGNE NELLY Sources : base do­cu­men­taire des Ar­tilleurs ; les An­nales de la et Lit­té­raire de Cannes-Grasse, 1992-1993, tome XXXVIII. NUSSBAUM So­cié­té Scien­ti­fique

Res­pon­sable : Régine Meunier - Contact : rmeu­nier@ni­ce­ma­tin.fr

Le ba­ron Pierre-Mel­chior d’Azé­mar avait eu une vie bien rem­plie. Né près d’Alès en 1740, il avait em­bras­sé la car­rière des armes, était de­ve­nu com­man­dant général des gardes na­tio­naux, avait été in­car­cé­ré pen­dant la Ter­reur. Une fois ar­ri­vée l’heure de la re­traite, il était re­tour­né dans son vil­lage na­tal pour y culti­ver la terre. C’est alors, qu’en 1806, Na­po­léon le rap­pelle et le nomme pré­fet du Var. Il a 66 ans. Pierre Mel­chior d’Azé­mar ar­rive à Dra­gui­gnan, où se trouve alors la pré­fec­ture. Il constate aus­si­tôt qu’il manque deux choses à une ville de cette im­por­tance : une place cen­trale et un es­pace om­bra­gé per­met­tant l’ac­cueil des pro­me­neurs. Lec­ture d’une dé­li­bé­ra­tion du 20 oc­tobre 1806 : « Sous un cli­mat brû­lant, on ne ren­contre des arbres qu’au sein de la cam­pagne. On ne trouve pas le moindre abri contre les at­teintes du so­leil aux abords de la ville ».

Il in­vite les prêtres à pro­mou­voir la vac­ci­na­tion

Le nou­veau pré­fet crée donc l’ac­tuelle place du Mar­ché – au centre de la­quelle sa statue se dresse, au­jourd’hui, au haut d’une co­lonne – ain­si que les al­lées qui portent son nom. Mais là ne s’ar­rê­tèrent pas les ac­tions de ce pré­fet qui, se­lon les his­to­riens, fut « apprécié et ché­ri comme un père ». Il re­struc­ture les ser­vices du dé­par­te­ment, trans­fère la pri­son, s’at­taque à l’agri­cul­ture, as­sèche les ma­rais de Fré­jus et de Seillans, pro­tège Co­go­lin d’une digue, as­sai­nit le cours de l’Ar­gens, re­fer­ti­lise les en­vi­rons de Bri­gnoles, per­met la culture, par­tout dans le dé­par­te­ment, d’un four­rage de qua­li­té. Il lance même l’idée de culti­ver le ta­bac, le coton, l’in­di­go. Mais ce­la sans suc­cès. Il dé­ve­loppe une grande cam­pagne de san­té, ren­dant les vac­ci­na­tions obli­ga­toires, in­vi­tant les prêtres à en van­ter les mé­rites en chaire. En 1808, il pro­met une prime de 300 francs à l’of­fi­cier de san­té qui ef­fec­tue­ra le plus grand nombre de vac­cins !

Le maire d’Hyères ren­voyé !

Po­li­ti­que­ment, il est « ul­tra-roya­liste »et le fait sa­voir. Sous son man­dat, de nom­breuses mu­ni­ci­pa­li­tés sont re­con­quises par les conser­va­teurs. Il n’y va pas de main morte. Louis Cour­tès, maire de Tou­lon, af­fiche trop fort ses sym­pa­thies ré­pu­bli­caines. Il est ac­cu­sé de mal­ver­sa­tions, ré­vo­qué, et rem­pla­cé par le ba­ron de Drée ! À Hyères, le maire ré­pu­bli­cain Jean-Léon Ni­co­las a fait preuve de né­gli­gences Di­manche  sep­tembre  dans l’en­tre­tien de la val­lée du Ga­peau. Il est ren­voyé ! Au Beaus­set, le maire lui aus­si ré­pu­bli­cain, Fran­çois Re­vest, s’est que­rel­lé avec un noble pro­prié­taire ter­rien. Ré­vo­qué lui aus­si ! L’at­ti­tude ex­ces­sive du pré­fet d’Azé­mar fi­nit par être ju­gée sus­pecte par le mi­nistre de l’In­té­rieur. Le 22 juin 1811, on ap­prend que le pré­fet d’Azé­mar a été rem­pla­cé par un cer­tain Pierre Tho­mas Le Roy de Boi­sau­ma­rié, homme de confiance de Na­po­léon. La po­pu­la­tion re­grette son dé­part. Son dos­sier est conser­vé aux Archives dé­par­te­men­tales. Sur les rai­sons de son re­trait pré­ci­pi­té, on peut lire : « Mo­tif in­con­nu ».

Tout le monde connaît l’ex­pres­sion «ti­rer à bou­let rouge ! » - in­ter­pel­ler quel­qu’un avec des termes vi­ru­lents – mais com­ment ima­gi­ner que ce sens fi­gu­ré fut un jour uti­li­sé au sens propre. Tout vient d’une stra­té­gie mi­li­taire qui consis­tait à chauf­fer des bou­lets de ca­nons à très haute tem­pé­ra­ture dans des bat­te­ries – au­tre­ment dit des fours re­liés à des ca­nons - avant de les lan­cer sur les as­saillants. Si, de­puis le XVIe siècle, des bat­te­ries étaient ins­tal­lées en Bre­tagne, ce n’est qu’en  qu’elles ap­pa­raissent sur nos côtes azu­réennes. Celles des îles de Lé­rins sont une ini­tia­tive du général Bo­na­parte qui, à son ar­ri­vée dans l’ar­mée des Alpes le  mars , dé­cide de ren­for­cer les dé­fenses cô­tières, tant fran­çaises qu’ita­liennes, en édi­fiant des bat­te­ries sur les îles de Lé­rins. Avec ces nou­velles dis­po­si­tions, Bo­na­parte ver­rouille la baie de Cannes jus­qu’à la fron­tière ita­lienne. Po­si­tion­nées sur ces sites stra­té­giques, ces bat­te­ries à ca­nons viennent ren­for­cer les dé­fenses des îles et du lit­to­ral dé­jà as­su­rées par le fort Sainte-Mar­gue­rite. Fin , quatre sont opé­ra­tion­nelles, à chaque ex­tré­mi­té des deux îles, Sainte-Mar­gue­rite et Saint-Ho­no­rat. Ces po­si­tion­ne­ments pla­çaient les in­trus sous des tirs croisés, ren­dant ain­si le lit­to­ral azu­réen in­abor­dable. Ces bat­te­ries ont no­tam­ment été stra­té­giques lors de la bataille de Loa­no qui, en , fut une vic­toire des forces fran­çaises de Mas­sé­na sur les Au­tri­chiens qui ten­taient de pé­né­trer en Ita­lie.

Un bou­let in­cen­diaire toutes les dix mi­nutes Chaque four donne un bou­let toutes les dix mi­nutes. En­four­nés par la par­tie haute du four, des rails les guident vers sa par­tie basse en briques ré­frac­taires, où des flammes les chauffent à plus de   de­grés. La fu­mée s’échappe par une che­mi­née si­tuée en haut du four. Les ca­non­niers portent le bou­let rouge du four jus­qu’au ca­non avec une cuillère ou une bague à un ou deux manches. Avant de pla­cer le bou­let ain­si rou­gi dans le fût du ca­non, ils tassent la charge de poudre en y ajou­tant un bou­chon de paille mouillée ou de glaise. Ain­si char­gé, la pro­pul­sion est es­ti­mée à  mètres. Les bou­lets rouges pro­voquent des in­cen­dies sur les na­vires, brû­lant voi­lure et ponts en bois et en­traî­nant la mise hors de com­bat de l’at­ta­quant. En , la com­mis­sion d’ar­me­ment des côtes de la Corse et des îles de­mande la sup­pres­sion du tir à bou­lets rouges, es­ti­mant que fu­sées et obus ex­plo­sifs rem­placent avan­ta­geu­se­ment les bou­lets rouges. Les fours res­tés en place sont alors dé­mi­li­ta­ri­sés. Ils font l’ob­jet d’un clas­se­ment au titre des Mo­nu­ments his­to­riques de­puis .

(Photo DR) (Photo DR) (Photo A. P.)

Les al­lées d’Azé­mar à Dra­gui­gnan. Après une car­rière bien rem­plie dans l’ar­née, Pierre-Mel­chior d’Azé­mar, avait été rap­pe­lé en  par Na­po­léon. L’ac­tuelle place du Mar­ché à Dra­gui­gnan, créée par Azé­mar.

(Photo DR)

Les bou­lets étaient chauf­fés à plus de  de­grés dans ces fours.

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