Pro­jet Co­ge­dim : mai­rie et ri­ve­rains dos-à-dos

Réunion pu­blique agi­tée. En cause , la construc­tion par la Co­ge­dim d’un com­plexe im­mo­bi­lier ave­nue de Mont­fer­rat. Les ri­ve­rains grondent, la mai­rie se dé­fend

Var-Matin (Fréjus / Saint-Raphaël) - - La Une - RO­MAIN AL­CA­RAZ

Des at­taques par­fois mal maî­tri­sées, une dé­fense schi­zo­phré­nique : la po­lé­mique qui en­toure la construc­tion d’un im­meuble ave­nue de Mont­fer­rat ne fait que dé­bu­ter. C’est en tout cas le sen­ti­ment de celles et ceux qui re­partent de cette réunion de concer­ta­tion, lun­di soir, vers 19h50. Dé­bu­tés deux heures plus tôt, les dé­bats n’ont pas abou­ti – sans sur­prise – au consen­sus rê­vé par la mu­ni­ci­pa­li­té. Au contraire. Pe­tit rap­pel des faits: l’ave­nue de Mont­fer­rat est si­tuée en centre-ville, à deux pas du centre an­cien. Dans cette étroite ar­tère à sens unique, on trouve d’un cô­té des mai­sons, ain­si que l’ins­ti­tut Sainte-Marthe. De l’autre, en tout cas pour la par­tie dont il est ques­tion ici, un jar­din. Pour l’ins­tant.

Une double dé­fense pas for­cé­ment rac­cord

La Co­ge­dim, pro­mo­teur im­mo­bi­lier pri­vé, vient de ra­che­ter le ter­rain pour y construire un im­meuble. Haut de quatre à cinq étages, le bâ­ti­ment pro­voque l’ire de la ma­jo­ri­té des per­sonnes pré­sentes à la réunion, dont nous avions dé­jà rap­por­té la co­lère dans une pré­cé­dente édi­tion. Au mieux «sur­di­men­sion­né», il est aus­si par­fois qua­li­fié d’«hor­rible» par la salle, fran­che­ment hos­tile. En face, Syl­vie Fran­cin, ad­jointe à l’ur­ba­nisme, en charge du dos­sier, n’en dé­mord pas : le pro­jet est bon pour la ville, bon pour le quar­tier. «Nous avons ob­te­nu du pro­mo­teur

Nous avons ob­te­nu du pro­mo­teur qu’il ré­ha­bi­lite la mai­son si­tuée au fond de ce jar­din ” Nous ne pou­vions pas nous op­po­ser à ce per­mis de construire, nous au­rions per­du au tri­bu­nal administratif. ” Nous sommes bien conscients qu’il faut du lo­ge­ment so­cial. Mais ce pro­jet est sur­di­men­sion­né. ”

qu’il ré­ha­bi­lite la mai­son si­tuée au

fond de ce jar­din.» Autre point sou­le­vé par l’ad­jointe : ce­lui qui consiste à en­vi­sa­ger le pro­fil type des fu­turs pro­prié­taires : «Ce se­ront en ma­jo­ri­té des re­trai­tés.» Une es­ti­ma­tion au doigt mouillé ba­sée sur une ex­pé­rience em­pi­rique mais fi­na­le­ment peu cré­dible car n’of­frant au­cune cer­ti­tude. D’autres points po­si­tifs sont mis en avant par l’ad­jointe, comme l’élar­gis­se­ment de la rue, la créa­tion de lo­ge­ments so­ciaux alors que la ville en manque et compte nombre de lo­ge­ments in­sa­lubres dans le centre an­cien. Il y a aus­si le faible taux de den­si­té ob­te­nu par rap­port au maxi­mum au­to­ri­sé... Bref : ça au­rait pu être pire. C’est d’ailleurs sur ce point que le maire, Ri­chard Stram­bio, in­siste. Sa ligne de dé­fense, sen­si­ble­ment dif­fé­rente de celle de son ad­jointe, est peu­têtre de celle qui au­rait pu fonc­tion­ner. Car elle n’est pas in­co­hé­rente : «Nous sommes dans le cas d’un pri­vé qui vend à un pri­vé. Nous ne pou­vions pas nous op­po­ser à ce per­mis de construire, car si nous l’avions fait, nous au­rions été at­ta­qués au tri­bu­nal administratif et nous au­rions per­du.» Il faut dire que Co­ge­dim res­pecte en ef­fet toutes les règles pour son en­semble im­mo­bi­lier. Face à cette double dé­fense dont les points conver­gents sont rares, les at­taques des ri­ve­rains n’ont pas tou­jours été se­reines. On pense à cet homme, sur­git du fond de la salle, qui a qua­li­fié la ri­poste mu­ni­ci­pale face à ce pro­jet de peu cou­ra­geuse (pour le dire en des termes ac­cep­tables). Ou lors­qu’a été sou­le­vé le doute quant aux mé­thodes de dé­mar­chage des an­ciens pro­prié­taires ef­fec­tué par l’en­tre­prise. Mais à cô­té de ce­la ont sur­gi de vraies in­ter­ro­ga­tions, de vraies peurs et de vrais ar­gu­ments. La cir­cu­la­tion, évi­dem­ment, qui est dé­jà source de sou­ci sans cette cen­taine de lo­ge­ments sup­plé­men­taire. Mais aus­si les in­quié­tudes liées à la ges­tion des eaux usées, dans un sec­teur ré­gu­liè­re­ment inon­dé aux pre­mières on­dées. Ce qui reste tou­te­fois, c’est cette im­pres­sion de «gâ­chis». «C’était une si belle ave­nue, y avait-il be­soin de faire au­tant de lo­ge­ments ici?» Ri­chard Stram­bio ré­pond : «Vous su­bis­sez les consignes que l’État nous im­pose, à sa­voir que l’on doit den­si­fier l’ha­bi­tat dans ces zones.» En face, c’est avec l’éner­gie du déses­poir qu’on re­pre­nait : «Nous sommes bien conscients qu’il faut du lo­ge­ment so­cial, on n’a rien contre. Mais ici, le pro­jet est sur­di­men­sion­né. De­man­dez au pro­mo­teur qu’il re­voie sa co­pie.» Un peu der­rière, Ré­mi Cha­briel, re­pré­sen­tant la Co­ge­dim, n’avait pas l’air d’être en de telles dis­po­si­tions. Ce se­rait pour­tant ré­pondre aux re­marques for­mu­lées par les Ar­chi­tectes des bâ­ti­ments de France (ABF). Con­sul­tés évi­dem­ment pour le pro­jet, ils n’ont pas em­pê­ché l’af­faire de se conclure, mais ont émis un «avis simple» qui n’est pas coer­ci­tif. Un avis pas fran­che­ment glo­rieux pour le pro­jet : «Ce pro­jet de construc­tion crée un im­pact trop im­por­tant de na­ture à por­ter at­teinte au ca­rac­tère des lieux en rai­son no­tam­ment de la sup­pres­sion du parc pay­sa­ger.» Et de ci­ter l’«im­plan­ta­tion à l’ali­gne­ment» ,le «vo­lume dis­pro­por­tion­né», ou en­core «le li­néaire de fa­çade trop im­por­tant», comme au­tant de tares au pro­jet.

Trop tard pour pré­emp­ter, pas pour lut­ter

«Nous n’avons pas vu ve­nir le coup,

conclut Ri­chard Stram­bio. Si nous avions su qu’un tel ter­rain pou­vait être dis­po­nible, nous au­rions mon­té un pro­jet afin de pré­emp­ter le ter­rain. Mais c’était trop tard.» Mal­gré la forte mo­bi­li­sa­tion des ri­ve­rains pré­sents dans la salle, on a bien peur que ce soit aus­si le cas pour leurs re­quêtes. À moins que…

(Pho­to Frank Te­taz)

À gauche : un pu­blic prêt à en dé­coudre. À droite: Syl­vie Fran­cin s’adresse à Ré­mi Cha­briel, res­pon­sable du pro­jet pour le pro­mo­teur Co­ge­dim. Au fond, le maire Ri­chard Stram­bio.

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