La grogne monte à Va­les­cure

Re­mon­tés contre un pro­jet im­mo­bi­lier, qui a en­traî­né le dé­fri­che­ment d’une par­tie du site, les ri­ve­rains sont in­quiets à plus d’un titre et craignent une dé­té­rio­ra­tion de leur cadre de vie

Var-Matin (Fréjus / Saint-Raphaël) - - La Une - CARINE BEKKACHE cbek­kache@ni­ce­ma­tin.fr

Tour­nés vers le val­lon de Va­les­cure, les vi­sages sont mi­nés. Dé­sa­bu­sés. « Dire qu’il y avait ici plus de 160 arbres… Et voi­là ce qu’il en reste », re­grette Sté­pha­nie Ni­co­las, le doigt poin­té sur les nom­breuses souches qui jonchent le ter­rain. Un dos­sier épais entre les mains,

la ri­ve­raine pré­cise : « La plaine et le val­lon de Va­les­cure sont re­con­nus en tant que pa­tri­moine na­tu­rel et clas­sés en Zone d’in­té­rêt éco­lo­gique fau­nis­tique et flo­ris­tique (ZNIEFF). Aves ses cours d’eau et ses zones hu­mides, le lieu est pro­pice à la bio­di­ver­si­té et fa­vo­rise no­tam­ment la pousse de la canne de Pline. Voi­là pour­quoi il doit être pro­té­gé de toute pres­sion ur­baine. » Du moins, en théo­rie. Car, dans les faits, c’est une tout autre his­toire, qui agace sé­rieu­se­ment les ri­ve­rains… « Une grande par­tie du val­lon a été dé­fri­chée mi-juillet, pour­suit-elle. Pour­quoi ? Pour lais­ser le champ libre à un pro­jet im­mo­bi­lier ! Dont nous ne sa­vons pas grand chose, si ce n’est qu’il de­vrait y avoir près de dix bâ­ti­ments et plus d’une cen­taine de logements. »

« Les inon­da­tions, nous les avons vé­cues »

En train d’ac­cro­cher une ban­de­role pro­tes­ta­taire aux abords du val­lon, Pau­la Fas­si – à l’ori­gine du col­lec­tif des ri­ve­rains de Va­les­cure – fait part d’une autre in­quié­tude. Et non des moindres.

« Il ne faut pas ou­blier, pré­vien­telle, que bon nombre de ri­ve­rains ont été éva­cués de cette zone en 2011, lorsque le bar­rage du SaintEs­prit com­men­çait à dé­bor­der. » Sté­pha­nie Ni­co­las ré­agit à son tour : « Si l’on s’en tient au Plan de pré­ven­tion des risques inon­da­tions, la zone n’est pas inon­dable. »

Elle fronce les sour­cils. « Sauf que, se­lon l’At­las des zones inon­dables, le risque inon­da­tion est bien avé­ré dans ce val­lon. D’ailleurs, pas be­soin de s’en ré­fé­rer aux do­cu­ments puisque nous les avons vé­cues ces inon­da­tions ! » Pho­tos à l’ap­pui,

elle ajoute : «Les terres en aval et l’ave­nue Léo­tard sont ré­gu­liè­re­ment inon­dées. Im­per­méa­bi­li­ser en construi­sant dans cette zone ne fe­ra qu’aug­men­ter les risques… » Pré­sident du Cas­tel­las-Va­les­cure, Ro­land Tuil ac­quiesce d’un ho­che­ment de tête. « Ceux-ci sont ef­fec­ti­ve­ment im­por­tants par ici. Nous l’avons vé­cu en 2011, quand une par­tie du quar­tier a été éva­cuée en pleine nuit. Et au­jourd’hui, nous at­ten­dons des pou­voirs pu­blics qu’ils nous aident. Pas qu’ils nous en­foncent da­van­tage. » À quelques mètres de là, des ri­ve­raines dis­cutent. « Re­gar­dez ça, peste l’une d’elles, en dé­si­gnant les souches. C’est vrai­ment dé­truire la na­ture pour dé­truire la na­ture. Et puis nous sommes dans une zone de quié­tude, un sec­teur ré­si­den­tiel, qui va de­ve­nir in­vi­vable si ce pro­jet ve­nait à voir le jour. »

« Notre tran­quilli­té s’en trouve me­na­cée »

« Quand j’ai ache­té dans le quar­tier, sou­ligne une ré­si­dente, je suis al­lée me ren­sei­gner en mai­rie. On m’a as­su­ré qu’il ne se pas­se­rait ja­mais rien dans cette zone pro­té­gée. J’ai donc ac­quis ma mai­son l’es­prit tran­quille. Mais cette tran­quilli­té s’en trouve me­na­cée. » Et l’in­quié­tude des ri­ve­rains va cres­cen­do. Dan­ge­ro­si­té de l’ave­nue Hen­ri-Gi­raud, « avec la sor­tie de plu­sieurs cen­taines de vé­hi­cules sup­plé­men­taires entre deux vi­rages ser rés », « sa­tu­ra­tion des écoles en­vi­ron­nantes », « des­truc­tion du pa­tri­moine pay­sa­ger, tout au­tant que la qua­li­té de vie des fa­milles dans une zone pour­tant pai­sible »… Ta­rau­dés, les es­prits s’in­ter­rogent : « Que res­te­ra-t-il du val­lon de Va­les­cure dans quelques an­nées ? » Mais pour eux, pas ques­tion de res­ter les bras croi­sés à re­gar­der leur quar­tier « se faire dé­fi­gu­rer ». Au­teurs d’une pé­ti­tion, tous sont prêts à pour­suivre leur ac­tion de­vant les tri­bu­naux, pour que per­dure l’âme de Va­les­cure.

(Pho­to Phi­lippe Ar­nas­san)

« Que res­te­ra-t-il du val­lon de Va­les­cure dans quelques an­nées ? » Dé­sa­bu­sés, les ri­ve­rains s’in­ter­rogent…

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