À Ro­que­brune, au che­min du Pas de Biche, Cin­dy et les siens dé­mu­nis

Var-Matin (Fréjus / Saint-Raphaël) - - L’info Du Jour - CA­RINE BEKKACHE

Dé­bous­so­lée, vide, Cin­dy Cot­ta­bar­ren, le re­gard per­du se dans fige au le mi­lieu moins ce de qu’il sa salle en reste… à man­ger. « Ne vous Ou du es­suyez pas les pieds en en­trant, nous lance-t-elle, dé­pi­tée. Ce n’est plus la peine. » Puis la jeune ma­man se perd à nou­veau dans ses pen­sées. « Je l’ai vu ar­ri­ver, souffle-t-elle. Je l’ai vu… Cette vague qui, en deux mi­nutes, a tout dé­vas­té sur son pas­sage. » Face à elle, Ida, sa ma­man, baisse la tête. Pei­née, elle ra­conte : «À ce mo­ment-là, je me trou­vais à Trans-en-Pro­vence, blo­quée par les in­tem­pé­ries. Je ne pou­vais rien faire. Je de­ve­nais folle. » Au bord des larmes, Cin­dy re­prend tant bien que mal: «Sur le mo­ment, j’ai vrai­ment eu très peur et je me suis pré­ci­pi­tée sur mon té­lé­phone pour ap­pe­ler les pom­piers. » À l’ar­ri­vée des se­cours, la ma­man et sa pe­tite fille de sept ans, Zoé, sont hé­li­treuillées jus­qu’au rond-point des 4 Che­mins, où le beau-père de la jeune femme les at­tend. La gorge nouée, Cin­dy re­double d’ef­forts pour ne pas pleu­rer : « Ma fille est trau­ma­ti­sée. D’au­tant que nous avons dû par­tir sans son père…» Elle se tourne vers son com­pa­gnon, Jes­sy. «Il était hors de ques­tion d’aban­don­ner notre chien, confie-t-il. Les pom­piers n’ayant pas vou­lu l’hé­li­treuiller, j’ai pré­fé­ré res­ter ici, avec lui. » Dans le froid, sous une pluie tor­ren­tielle, le jeune homme et son ami à quatre pattes s’ap­prêtent alors à pas­ser la pire nuit de leur vie. «Et ce

n’est pas exa­gé­ré de le dire, sou­pire

Jes­sy. Je n’ai ces­sé de me de­man­der si ça n’al­lait pas s’am­pli­fier. Si j’al­lais m’en sor­tir… » Jus­qu’à l’heure de la dé­li­vrance, hier au pe­tit ma­tin, grâce à l’aide d’Aman­dine et Be­noît Mar­chand, Ro­que­bru­nois et amis du couple. « Ne plus avoir à vivre ça » In fine, Cin­dy, Jes­sy et leur pe­tite Zoé s’en sortent in­demnes… phy­si­que­ment. Car mo­ra­le­ment – et ma­té­riel­le­ment – c’est une autre his­toire. Poin­tant du doigt les vé­hi­cules sta­tion­nés de­vant sa mai­son, Jes­sy grince, amer: «Je suis mé­ca­ni­cien. Toutes ces voi­tures, sur les­quelles je tra­vaillais, sont mortes. Il y en a pour des di­zaines de mil­liers d’eu­ros. Sans comp­ter notre mo­bi­lier, en­tiè­re­ment dé­truit à l’in­té­rieur. » Un pe­tit sac dans les mains, Cin­dy hausse les épaules: «La mé­téo des pro­chains jours s’an­non­çant exé­crable, il n’y a plus qu’à plier ba­gage. » Et après? Plus désa­bu­sée que ja­mais, la jeune femme jette un der­nier

coup d’oeil en ar­rière. «Je ne sais pas si on pour­ra re­ve­nir. Je ne sais plus. J’es­père juste qu’on n’au­ra plus à vivre ça… »

(Pho­tos Frank Té­taz)

Dé­pi­tée, Cin­dy (ci-des­sus, en rouge) confie : « Nous sommes ici de­puis trois ans, mais nous n’avons ja­mais connu des dé­gâts d’une telle am­pleur... »

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