Si­gné Ro­se­lyne

Var-Matin (Grand Toulon) - - France - edi­to@ni­ce­ma­tin.fr Le re­gard de Ro­se­lyne Ba­che­lot sur l’ac­tua­li­té

« Le prin­ci­pal poste d’un bud­get fa­mi­lial est le lo­ge­ment, en moyenne 18%, mais avec de fortes dis­pa­ri­tés se­lon les re­ve­nus et l’âge »

Mar­di

Do­nald Trump est ob­jec­ti­ve­ment bien par­ti pour être ré­élu dans deux ans. Les dé­mo­crates ont en­re­gis­tré une vic­toire à la Pyr­rhus en ob­te­nant la ma­jo­ri­té à la chambre des Re­pré­sen­tants. Soit ils jouent l’apai­se­ment et col­la­borent avec la Mai­son Blanche, Trump pas­se­ra alors pour le « good guy » pas si mau­vais qu’il en a l’air, ou ils jouent le blo­cage et Trump leur im­pu­te­ra ses échecs. Pile, ils ne gagnent pas, face, ils perdent. La vie est vrai­ment mal faite…

Mer­cre­di

Em­ma­nuel Ma­cron conti­nue une se­maine d’iti­né­rance mé­mo­rielle dé­diée à la Grande Guerre, cou­plée avec des ren­contres des­ti­nées à re­nouer le lien avec les Fran­çais. Cet ob­jec­tif se­ra-t-il at­teint ? On peut en dou­ter tant la grogne ap­pa­raît re­le­ver bien sou­vent d’un res­sen­ti beau­coup plus que de faits ob­jec­tifs. La pé­da­go­gie est alors to­ta­le­ment in­opé­rante. Le prix du car­bu­rant en est sans doute le meilleur exemple. Que, dans le bud­get d’une fa­mille ins­tal­lée en zone ru­rale, le plein d’es­sence pèse lourd, c’est in­du­bi­table mais ce n’est pas fran­che­ment nou­veau. Quand vous ex­pli­quez que par rap­port au sa­laire mi­ni­mum, vous ache­tez , litres d’es­sence au­jourd’hui contre  litre en , vous vous faites in­sul­ter sur les ré­seaux so­ciaux. Le pro­cès ré­cur­rent d’un pré­ten­du aban­don par les po­li­tiques de la France des cam­pagnes ne tient pas la route –sans jeu de mot – une mi­nute. On peut même sou­te­nir que la sur re­pré­sen­ta­tion du monde ru­ral dans les as­sem­blées lo­cales et au Par­le­ment a conduit à une vé­ri­table ga­be­gie. Mais sur­tout, ces jé­ré­miades conti­nuelles sur cette France des villages font l’im­passe sur une réa­li­té que le dé­bat a com­plè­te­ment oc­cul­té. Le prin­ci­pal poste d’un bud­get fa­mi­lial est le lo­ge­ment, en moyenne

%, mais avec de fortes dis­pa­ri­tés se­lon les re­ve­nus et l’âge puis­qu’il at­teint % pour les jeunes mé­nages les plus mo­destes, mais sur­tout se­lon la lo­ca­li­sa­tion géo­gra­phique. Le prix moyen du loyer du mètre car­ré à Pa­ris est de  € par mois, € en Seine-Saint-De­nis par exemple. Dans un bourg ru­ral du Mai­neet-Loire, le coût est de … € ! L’uti­li­sa­tion de la voi­ture a donc été un ar­bi­trage dé­li­bé­ré, lar­ge­ment com­pen­sé en termes de qua­li­té de vie et de dé­penses de loyer ou de ca­pa­ci­tés à de­ve­nir pro­prié­taire. Cer­tains gilets jaunes pour­raient uti­le­ment s’en rap­pe­ler.

Jeu­di

Il était évi­dem­ment im­pen­sable que Pé­tain, quel que soit son rôle dans la ba­taille de Ver­dun, puisse être as­so­cié au sou­ve­nir de la guerre de -. Il res­te­ra pour l’éter­ni­té l’homme qui a fait de la col­la­bo­ra­tion ac­tive avec le ré­gime na­zi le fon­de­ment de sa lé­gi­ti­mi­té, qui a mis les forces de la puis­sance pu­blique au ser­vice de la Shoah. Les com­bat­tants juifs qui s’étaient illus­trés à Ver­dun ont été ex­clus de

l’ar­mée, de la fonc­tion pu­blique, de la presse, des pro­fes­sions li­bé­rales avant d’être en­voyés vers les chambres à gaz. Il est des for­fai­tures qu’on peut cou­vrir du man­teau de l’ou­bli mais en au­cun cas les crimes de Phi­lippe Pé­tain, frap­pé jus­te­ment d’in­di­gni­té na­tio­nale en . Pour être tout à fait hon­nête ce­pen­dant, re­con­nais­sons que les Fran­çais de l’époque chan­taient

avec en­train

« Ma­ré­chal, nous voi­là, tu nous as re­don­né l’es­pé­rance » et que si des en­quêtes d’opi­nion avaient com­pa­ré les cotes de po­pu­la­ri­té de Charles de Gaulle et de Phi­lippe Pé­tain, ce der­nier au­rait été plé­bis­ci­té. L’in­di­gni­té na­tio­nale était alors bien par­ta­gée et c’est la rai­son pour la­quelle je tiens pour nuls et non ave­nus tous les pal­ma­rès de per­son­na­li­tés dont nous abreuvent les son­dages. Les terres sont de sable où s’ef­facent les pas des vain­queurs et pour Phi­lippe Pé­tain, c’est ce qui pou­vait lui ar­ri­ver de mieux.

Di­manche

Jour de com­mé­mo­ra­tion. Il y au­ra de fortes images mais elles se­ront dés­in­car­nées. Le der­nier poi­lu fran­çais

à mou­rir fut La­zare Pon­ti­cel­li et il re­çut des ob­sèques na­tio­nales le  mars  dans la cour des In­va­lides. Dix ans dé­jà… Ce­pen­dant nous sommes en­core nom­breux à avoir connu des com­bat­tants de la « grande » guerre. Dans ma fa­mille ma­ter­nelle, mon ar­rière-grand­père, ses fils, ses gendres, tous tués. Ma grand-mère tour­nant les obus dans une usine d’ar­me­ment. Mon grand-père pa­ter­nel, quatre fois gra­ve­ment bles­sé et ren­voyé au front im­per­tur­ba­ble­ment. Je l’en­tends me ra­con­ter l’odeur pes­ti­len­tielle du tun­nel de Ta­vannes, la vie dans les tran­chées, le bruit té­ré­brant des obus. Toutes les fa­milles fran­çaises ont la même his­toire : , mil­lion de morts par­mi les sol­dats,   qui mou­rurent par la suite de leurs bles­sures,   morts ci­vils, , mil­lions de sol­dats bles­sés. Rap­por­té à la po­pu­la­tion de la France d’au­jourd’hui, c’est comme si un conflit ar­mé cau­sait  mil­lions de morts et  mil­lions de bles­sés. Notre de­voir de mé­moire est là : ra­con­ter à nos en­fants, à nos pe­tits-en­fants ce que les images de la té­lé­vi­sion ne pour­ront ja­mais rendre, sor­tir les pho­tos, re­lire les lettres, mettre de la chair dans les souf­frances. Il ne suf­fit pas d’ins­crire sim­ple­ment le nom de nos sol­dats sur les mo­nu­ments aux Morts, il faut les faire re­vivre dans nos coeurs.

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