Vingt ans confir­més pour le meurtre de Mar­seille

Dans le troi­sième pro­cès de Sé­bas­tien Pe­duz­zi, pour un crime com­mis il y a seize ans, les ju­rés va­rois ont choi­si la même peine que ceux de Nice, en re­te­nant l’al­té­ra­tion de son dis­cer­ne­ment

Var-Matin (La Seyne / Sanary) - - Var - G. D.

La cour d’as­sises du Var, sta­tuant en ap­pel après sanc­tion de la Cour eu­ro­péenne des droits de l’homme, a confir­mé hier la peine de Sé­bas­tien Pe­duz­zi pour le meurtre, le 23 no­vembre 2001, d’une bi­jou­tière à Mar­seille. Elle lui avait été in­fli­gée en ap­pel, après un pre­mier ac­quit­te­ment, par les as­sises des Alpes-Ma­ri­times en oc­tobre 2010. Mais à la dif­fé­rence de ce pre­mier ap­pel, la condam­na­tion de l’ac­cu­sé à vingt ans de ré­clu­sion, a été cette fois ac­com­pa­gnée de la re­con­nais­sance d’un dis­cer­ne­ment al­té­ré.

Seize ans de pro­cé­dure

À la re­prise des dé­bats, Jean-Pierre Cas­se­ly avait dit à la cour quel cau­che­mar vi­vait sa fa­mille de­puis seize ans : « Chaque pro­cès est un ré­veil in­sup­por­table. » «Quel par­cours ju­di­ciaire , a ren­ché­ri Me Ch­ris­tophe Bass pour les par­ties ci­viles. Vu de leur cô­té, ce­la res­semble à de la mal­trai­tance. » À l’at­ten­tion des ju­rés, il a ex­pli­qué que la dé­ci­sion ren­due par la cour eu­ro­péenne des droits de l’homme, contre le ver­dict d’ap­pel de Nice en 2010, ne concer­nait que l’ab­sence de mo­ti­va­tion de la condam­na­tion. Elle n’était pas obli­ga­toire à l’époque, et ne l’est que de­puis jan­vier 2012. «C’était une pé­riode char­nière. Mais sur le fond, il n’y a pas d’élé­ment nou­veau dans cette af­faire. Ce ré­exa­men n’est pas une ré­vi­sion à la Pa­trick Dils. »

État men­tal à la li­mite

Du dos­sier de per­son­na­li­té de Sé­bas­tien Pe­duz­zi, l’avo­cat gé­né­ral a prin­ci­pa­le­ment re­te­nu les conclu­sions des psy­chiatres. « Ils sont in­ca­pables de dé­ter­mi­ner si son dis­cer­ne­ment était abo­li au mo­ment des faits. On pour­ra se po­ser la ques­tion de sa­voir si sa schi­zo­phré­nie l’a al­té­ré. » Sur la culpa­bi­li­té de l’ac­cu­sé, M. Ch­ris­tophe Raf­fin a ad­mis qu’il n’y avait pas de preuve tech­nique ou scien­ti­fique, ni au­cun té­moin di­rect. Il a sou­le­vé « un fais­ceau de coïn­ci­dences qui, à force d’ac­cu­mu­la­tion, de­viennent des cer­ti­tudes ». Avec au pre­mier rang «le té­moi­gnage d’Oli­vier Lo­pez, qui donne des élé­ments pré­cis, qui n’avaient pas été di­vul­gués par la presse ». Il l’a op­po­sé aux dé­cla­ra­tions chan­geantes, et sou­vent in­vé­ri­fiables, de l’ac­cu­sé, « qui fait un pas en avant, un en ar­rière, comme un bon men­teur mais un mau­vais dan­seur ». Il a re­quis vingt ans de ré­clu­sion et quinze ans de sui­vi so­cio­ju­di­ciaire. «Vous ap­pré­cie­rez pour une at­té­nua­tion de res­pon­sa­bi­li­té. »

Manque de preuves pour la dé­fense

« Vous n’avez pas à vous de­man­der si vous avez la cer­ti­tude que Sé­bas­tien Pe­duz­zi est in­no­cent. Mais vous pou­vez vous dire que l’avo­cat gé­né­ral ne vous a pas don­né une preuve par­faite qu’il est cou­pable. » Me Isa­belle Co­lom­ba­ni a plai­dé l’ac­quit­te­ment au bé­né­fice du doute, avec une grande maî­trise. À l’ab­sence de preuve ma­té­rielle, elle a ajou­té qu’il n’y avait pas da­van­tage d’aveu. Ni au cours de la garde à vue – « qui a du­ré deux heures vingt, la plus courte que j’ai ja­mais vue » – ni de­vant le juge d’ins­truc­tion. Le té­moi­gnage ac­ca­blant d’Oli­vier Lo­pez sur les confi­dences de Pe­duz­zi ? « Ce n’est pas un té­moin fiable. Et il n’a pas été con­fron­té à Sé­bas­tien Pe­duz­zi, parce qu’il a dis­pa­ru. Il est ac­cu­sé par un fan­tôme, qui sert de bras ar­mé à l’ac­cu­sa­tion. » « Il vous fait peut-être peur, a soup­çon­né Me Co­lom­ba­ni en s’adres­sant aux ju­rés. Mais ne le ju­gez pas avec votre coeur, mais avec votre tête. Et si vous ne pou­vez ré­pondre oui ou non à la culpa­bi­li­té, rien ne vous in­ter­dit de faire un vote blanc. » Après dix ans de dé­ten­tion pro­vi­soire, Sé­bas­tien Pe­duz­zi a dé­jà pur­gé la moi­tié de sa peine. IN­FOR­MA­TION : RÉ­SER­VA­TION (SEUL SITE OF­FI­CIEL GARANTI) :

(Cro­quis d’au­dience Ré­mi Ker­fri­din)

Face à l’avo­cat gé­né­ral Ch­ris­tophe Raf­fin et à Me Ch­ris­tophe Bass pour la fa­mille de la vic­time, Sé­bas­tien Pe­duz­zi a été très calme au der­nier jour de son pro­cès.

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