J.-P. Gi­ran: «Ma­cron ? Je ne sais pas qui c’est ! »

Dans Ma­cron nous fe­rait-il mar­cher ?, le maire d’Hyères tente de dé­cryp­ter la per­son­na­li­té du chef de l’État, bien éloi­gnée de l’au­then­ti­ci­té et de l’hu­mi­li­té dont l’exer­cice a be­soin

Var-Matin (La Seyne / Sanary) - - Var - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR K. M. kmi­chel@ni­ce­ma­tin.fr

Comme beau­coup de Fran­çais, le maire Les Ré­pu­bli­cains (LR) d’Hyères, Jean­Pierre Gi­ran, a vo­té Ma­cron au se­cond tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle. Et l’an­cien dé­pu­té du Var as­siste au­jourd’hui en « spec­ta­teur en­ga­gé » de la po­li­tique, au lent pro­ces­sus de « désa­mour» des Fran­çais avec ce­lui qu’ils ont plé­bis­ci­té. Aus­si, cet amou­reux des lettres a-t-il pris la plume pour s’in­ter­ro­ger sur la per­son­na­li­té du chef de l’État. Avec Mon­sieur Ma­cron nous fe­rai­til mar­cher ? , le maire d’Hyères pose des ques­tions, lé­gi­times, car se­lon lui, « Em­ma­nuel Ma­cron ne pa­raît pas cor­res­pondre à ce que l’on at­tend d’un pré­sident de la Ré­pu­blique. »

Qu’a fait Em­ma­nuel Ma­cron pour vous ins­pi­rer ce livre?

Un chef d’État, c’est un pro­gramme et une per­son­na­li­té. Pen­dant la cam­pagne, il a dé­fen­du son pro­jet ; au­jourd’hui, il l’ap­plique. Mais en re­vanche, cô­té per­son­na­li­té, « le Pré­sident doit être le meilleur homme pour l’uni­té » se­lon Alain Pey­ref­fite. Il doit être le ga­rant du ci­ment na­tio­nal. Et là, je trouve qu’il y a beau­coup de dé­faillances. Et la ré­pé­ti­tion me fait pen­ser que c’est jus­te­ment la per­son­na­li­té de Ma­cron qui est en cause.

Quelles dé­faillances ?

Un Pré­sident doit res­pec­ter tous les Fran­çais, qu’ils pensent ou non comme lui et quelles que soient leurs classes so­ciales. Avec Ma­cron, il y a une ré­pé­ti­tion de ju­ge­ments ou d’ap­pré­cia­tions, qui ne sont pas conve­nables de la part d’un chef de l’État. On ne peut pas ne pas res­pec­ter le chef des ar­mées par exemple même si en pri­vé, on a le droit de lui dire ce que l’on pense. On ne peut pas éta­blir un cli­vage entre ceux qui tra­vaillent et ceux qui ne sont rien. Ce­la prive les gens d’hu­ma­ni­té. Et ça conti­nue avec les “fai­néants”, avec “le bor­del”… Ce manque de res­pect ne me pa­rait pas ser­vir le ci­ment na­tio­nal.

Vous po­sez éga­le­ment la ques­tion de son au­then­ti­ci­té ?

En ef­fet. Qui est Ma­cron? Est-ce le té­lé­van­gé­liste ha­bi­té en­trant en transe sur une tri­bune ou ce­lui qui, à pas de sé­na­teur, imite Mit­ter­rand dans la cour du Louvre ? Est-ce que c’est le pré­sident “ju­pi­té­rien” qui voit les choses d’en haut, ou ce­lui qui s’oc­cupe de tout comme il le fait en ce mo­ment? Est-ce que c’est ce­lui d’une pho­to of­fi­cielle tel­le­ment mil­li­mé­trée que l’on se de­mande s’il y a de l’au­then­ti­ci­té ?

Les écarts de lan­gage dont il fait preuve ne sont-ils pas la marque de son au­then­ti­ci­té en fin de compte ?

En tout cas, ce qui me frappe, c‘est que l’on est ar­ri­vé à iden­ti­fier la per­son­na­li­té des pré­si­dents pré­cé­dents : Mit­ter­rand, c’était un puits

Ne l’a-t-il pas joué pen­dant la cam­pagne ?

Si tel est le cas, il a trom­pé l’opi­nion. Il faut être soi-même. D’ailleurs, je pose la ques­tion : de quoi Ma­cron est-il le nom ?

Ma­cron aime-t-il les Fran­çais­se­lon vous?

Il aime cer­taines ca­té­go­ries. Mais la fa­çon dont il manque de res­pect aux autres me conduit à pen­ser qu’il n’a pas les pieds sur terre, il lui manque un vé­cu “nor­mal”. On ne peut pas par­ler comme il le fait aux syn­di­cats, aux re­trai­tés, on ne peut pas né­gli­ger les APL qui touchent des pu­blics par­ti­cu­liers… Je pense que ce­la va conti­nuer car c’est quel­qu’un quiades cer­ti­tudes, et qui fait preuve de mé­pris là où il fau­drait es­sayer de com­prendre et res­pec­ter les autres. On ne peut pas par­ler de gens “qui ne sont rien”, car même un chô­meur, un vo­leur, a une part d’hu­ma­ni­té. Si ce­la ne s’était pro­duit qu’une fois on di­rait que c’est une er­reur de lan­gage. Mais ce­la s’est re­pro­duit et ce­la se re­pro­dui­ra en­core.

Plus que Ju­pi­ter, vous voyez Ja­nus en lui

Oui, car Ma­cron est à double face. On ne sait ja­mais qui on au­ra en face de soi… Va-t-on voir ce­lui qui va écou­ter de fa­çon loin­taine en émet­tant une idée phi­lo­so­phique ou ce­lui qui va vous mé­pri­ser ?

Le LR que vous êtes de­vrait ce­pen­dant être sé­duit par sa po­li­tique…

C’est un li­bé­ral, c’est vrai, et ce­la de­vrait me plaire. Mais Ma­cron n’est pas un li­bé­ral hu­ma­niste. Il se moque to­ta­le­ment des ef­fets col­la­té­raux de sa po­li­tique li­bé­rale. Entre le li­bé­ral froid qu’il est, et un li­bé­ral qui an­ti­cipe les ef­fets col­la­té­raux dé­li­cats, mon choix est fait. Bien sûr, ce­la peut lui per­mettre de ga­gner des points au­près des par­tis, mais ce n’est pas ma concep­tion de la po­li­tique. Je crois qu’il faut tou­jours ac­com­pa­gner les me­sures que l’on prend.

Pour­tant avec Fran­çois Fillon, le pro­gramme éco­no­mique de votre fa­mille po­li­tique était en­core plus dur…

J’étais d’ailleurs as­sez par­ta­gé là-des­sus ; et j’étais par­ti­san de Jup­pé. Mais je pense que la prise en compte des ef­fets col­la­té­raux d’une me­sure n’était pas in­dif­fé­rente, il y a quand même une di­men­sion gaul­liste chez Fillon… Di­men­sion que l’on cherche chez Ma­cron.

Vous écri­vez ce livre au terme de « la pre­mière étape du quin­quen­nat ». Quels en­sei­gne­ments en re­te­nez­vous ?

Qu’il ap­plique un li­bé­ra­lisme froid, qu’il n’y a rien de gauche dans les dé­ci­sions qu’il prend. Re­gar­dez ce qu’il a fait de l’ISF : ce n’est pas en in­ven­tant des taxes que l’on mo­di­fie des sym­boles. À pré­sent, j’ai­me­rais qu’il nous donne sa vi­sion. Les pré­si­dents qui l’ont pré­cé­dé avaient peut-être le tort de ne pas être as­sez ac­tifs, mais ils par­taient du prin­cipe que la France était un pays trop fra­gile. Entre consi­dé­rer que la France est un pays fra­gile et la vi­sion « on peut tout faire » de Ma­cron, il y a un équi­libre à trou­ver. Ce qui n’est vrai­sem­bla­ble­ment pas en­core le cas ! Je laisse une porte ou­verte aus­si tout de même : j’es­père qu’il va faire son “co­ming out ” po­li­tique et nous ex­pli­quer ce qu’est le ma­cro­nisme au­jourd’hui.

Vous ci­tez ré­gu­liè­re­ment Paul Ri­coeur dans votre ou­vrage. C’est une jo­lie « marque d’at­ten­tion » à l’égard de Ma­cron non ?

Ça m’a amu­sé ! Je connais as­sez bien l’oeuvre de Paul Ri­coeur. Ce­la m’a amu­sé de consta­ter que sur la plu­part des su­jets, Paul Ri­coeur n’au­rait pas dit la même chose. Le phi­lo­sophe a fon­dé sa pen­sée sur les no­tions de res­pect et d’es­time de soi, et éga­le­ment le res­pect des autres. Pour Paul Ri­coeur, la so­cié­té est com­po­sée de “per­sonnes”. Pour Ma­cron on a sou­vent le sen­ti­ment que ce ne sont que des “in­di­vi­dus”. C’est là qu’il est un li­bé­ral froid. Quand il dé­clare (ce que je peux res­pec­ter) que l’is­lam est com­pa­tible avec la ré­pu­blique, je ne peux pas m’em­pê­cher de re­le­ver que Paul Ri­coeur a dit exac­te­ment le contraire. On ne peut pas pas­ser son temps à dire “je suis le fils spi­ri­tuel de Paul Ri­coeur” et s’ar­ran­ger avec la pen­sée de Paul Ri­coeur. Ou alors on dit : je me suis af­fran­chi de sa pen­sée.

Je me dis qu’il joue un rôle de com­po­si­tion en per­ma­nence ”

◗ Mon­sieur Ma­cron nous fe­rait-il mar­cher ? de Jean­Pierre Gi­ran, édi­tions Les Ca­hiers de l’Éga­ré. 10 eu­ros. Séan­ce­de­dé­di­ca­ceau­jourd’hui,sa­me­di,à10 heures à la li­brai­rie Char­le­magne des Îles d’or à Hyères.

(Pho­to doc. Laurent Mar­ti­nat)

Le maire d’Hyères Jean-Pierre Gi­ran (LR), tente dans son der­nier livre, de per­cer à jour la per­son­na­li­té du chef de l’État. Il dé­di­ca­ce­ra son ou­vrage au­jourd’hui à  heures à la li­brai­rie Char­le­magne des Îles d’or à Hyères.

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