Un toit pour les per­sonnes gra­ve­ment ma­lades et pré­caires Ac­tu

Struc­ture unique en France, la mai­son Sainte-Croix au coeur de Nice offre un hé­ber­ge­ment de plu­sieurs mois à des ma­lades, en état de fra­gi­li­té so­ciale et né­ces­si­tant des soins im­por­tants

Var-Matin (La Seyne / Sanary) - - La Santé - 1. www.pe­ni­tents­blancs.fr NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr

Cer­tains vi­vaient dé­jà dans la pré­ca­ri­té. Ils dor­maient dans leur voi­ture, dans les bois du Mont Bo­ron à Nice, dans la rue… Quand la ma­la­die les a frap­pés, l’hô­pi­tal les a ac­cueillis, soi­gnés… Mais après ? D’autres me­naient une vie dite « nor­male ». C’est l’ir­rup­tion de la ma­la­die dans leur vie qui les a fait plon­ger dans la pré­ca­ri­té so­ciale. C’est le cas de cet em­ployé de banque, ob­jet de vio­lences conju­gales qui l’ont obli­gé à quit­ter le do­mi­cile. C’est le cas aus­si de cette Gras­soise, ma­man de trois en­fants, vic­time d’un can­cer ré­ci­di­vant de­puis 10 ans, au­jourd’hui am­pu­tée d’une jambe (lire té­moi­gnage ci-contre). Com­ment veiller sur sa fa­mille, quand on est épui­sée et en proie à des dou­leurs per­ma­nentes jus­ti­fiant des soins ré­gu­liers dans un centre ex­pert à Nice. On peut ci­ter aus­si le cas de cette sexa­gé­naire, per­cluse de dou­leurs, qui ne peut plus ac­cé­der à son do­mi­cile à Saint-Jean­net, seu­le­ment ac­ces­sible par un che­min es­car­pé que son corps épui­sé ne lui per­met plus d’em­prun­ter. Toutes ces per­sonnes – et bien d’autres – ont trou­vé re­fuge pour quelques mois, des an­nées par­fois, à la mai­son Sainte-Croix, une struc­ture pro­prié­té de l’Ar­chi­con­fré­rie des Pé­ni­tents Blancs (1) et abri­tant des ap­par­te­ments thé­ra­peu­tiques (lire en­ca­dré). C’est un mé­de­cin, un soi­gnant, une as­sis­tante so­ciale, du Centre de lutte contre le can­cer An­toine La­cas­sagne (CAL) en gé­né­ral (avec le­quel la confré­rie a si­gné une conven­tion), qui, aler­tés par leur si­tua­tion, ont pris contact avec cette struc­ture unique en France. Le Dr Ca­the­rine Ciais, al­go­logue au CAL, en est le mé­de­cin co­or­don­na­teur, Oli­via Lien­hart, l’in­fir­mière co­or­di­na­trice. Ré­gu­liè­re­ment confron­tées au cours de leur car­rière pro­fes­sion­nelle au CAL à ces pro­blé­ma­tiques d’aval de l’hô­pi­tal, elles té­moignent: «Lorsque les soins dé­li­vrés à l’hô­pi­tal sont ter­mi­nés, que le pa­tient est sta­bi­li­sé, vient le temps de la sor­tie. Cer­tains mal­heu­reu­se­ment ne peuvent ré­in­té­grer leur do­mi­cile, pour des mo­tifs divers : phy­siques, psy­cho­lo­giques, so­ciaux… On prend connais­sance de ce type de si­tua­tions, des drames par­fois vé­cus, lorsque les pa­tients parlent, se dé­voilent… Mais ce n’est pas tou­jours le cas. On peut ci­ter le cas de ce jeune homme, at­teint d’un can­cer très grave, sans au­cun re­ve­nu, hé­ber­gé par un ami à Cannes… Il ne ve­nait plus à sa chi­mio. ‘‘C’est trop loin, je suis trop fa­ti­gué, je ne veux plus être trai­té… ’’, avait-il ré­pon­du à son can­cé­ro­logue, in­quiet de ne plus le voir. Ce mé­de­cin a ti­ré la son­nette d’alarme. » La suite ? « Nous l’avons ac­cueilli à la mai­son Sainte-Croix ; il y est res­té deux ans. Au­jourd’hui, il est en ré­mis­sion, a trou­vé un lo­ge­ment et a… épou­sé l’auxi­liaire de vie que nous avions sol­li­ci­tée pour l’ac­com­pa­gner pen­dant ces deux an­nées! » Tous les hô­pi­taux de la ré­gion, pu­blics, pri­vés, sont po­ten­tiel­le­ment con­fron­tés à des si­tua­tions de cette na­ture. Beau­coup connaissent l’exis­tence de cette Mai­son. Mais pas tous. Et tous les pa­tients ne se livrent pas. « Il y a des per­sonnes en grande dif­fi­cul­té qui nous échappent cer­tai­ne­ment », re­grettent d’une même voix Ca­the­rine Ciais et Oli­via Lien­hart. Car, même si la marge est faible, des ap­par­te­ments thé­ra­peu­tiques res­tent dis­po­nibles. «On af­fiche 85 à 90 % de taux d’oc­cu­pa­tion. Les pa­tients, une ving­taine par an, sé­journent en moyenne six mois chez nous.» Ils doivent s’ac­quit­ter d’un loyer de 60 € par mois. Quand ils peuvent.

(Pho­to N. C.)

Fran­çoise, ici en­tou­rée du Dr Ca­the­rine Ciais (à gauche) et d’Oli­via Lien­hart, nous confie : « la mai­son Sainte-Croix m’a sau­vée...»

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