Une Es­pa­gnole au­ra-t-elle un en­fant de son ma­ri dé­cé­dé?

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France/Monde -

La jus­tice ad­mi­nis­tra­tive a don­né hier «une lueur d’es­poir » à Ma­ria­na Gon­za­lez-Go­mez, une Es­pa­gnole dé­si­reuse d’avoir un en­fant de son ma­ri dé­cé­dé, en se pro­non­çant, mal­gré l’in­ter­dit de la loi fran­çaise, en fa­veur du trans­fert du sperme du dé­funt vers l’Es­pagne. « Nous pré­co­ni­sons l’ex­por­ta­tion» du sperme, a dé­cla­ré, lors d’une au­dience pu­blique, Au­ré­lie Bre­ton­neau, rap­por­teur pu­blic, évo­quant une si­tua­tion « ex­cep­tion­nelle ». Le dé­li­bé­ré du Con­seil d’État de­vrait être connu dans les tout pro­chains jours. Les avis du rap­por­teur pu­blic sont sou­vent sui­vis par la jus­tice ad­mi­nis­tra­tive, mais le ca­rac­tère hau­te­ment sen­sible de cette af­faire pour­rait en dé­ci­der au­tre­ment.

Der­nier re­cours pos­sible

Le ma­ri de la plai­gnante, l’Ita­lien Ni­co­la Tur­ri, de na­tio­na­li­té ita­lienne, était at­teint d’un can­cer. Mort à Pa­ris en juillet 2015, il y avait fait conge­ler son sperme en 2013, avant un trai­te­ment ris­quant de le rendre sté­rile. De­puis son dé­cès, son épouse, Ma­ria­na Gon­za­lez-Go­mez, 31 ans, qui vit dé­sor­mais en Es­pagne, se bat pour ob­te­nir cette ex­por­ta­tion. Elle ex­plique avoir en­ta­mé ces dé­marches au nom du res­pect de leur pro­jet de concep­tion d’un en­fant et de son droit à dé­ci­der elle-même de sa vie, mais avait été dé­bou­tée de sa de­mande par le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif, qui se fonde sur la loi fran­çaise in­ter­di­sant l’in­sé­mi­na­tion post­mor­tem. Le Con­seil d’État est, en France, son der­nier re­cours.

« Ce­la ne fe­ra pas ju­ris­pru­dence »

«Cette dé­ci­sion nous est fa­vo­rable », s’est fé­li­ci­té Me JeanPierre Che­val­lier, con­seil de Mme Gon­za­lez-Go­mez de­vant le Con­seil d’État. Mais « cette dé­ci­sion est propre à la si­tua­tion ex­cep­tion­nelle » de sa cliente, a-t-il re­con­nu; si cet avis est sui­vi par le Con­seil d’État, ce­la « ne fe­ra pas ju­ris­pru­dence». En d’autres termes, ex­plique-t-il, une telle dé­ci­sion « ne fe­ra pas tom­ber l’in­ter­dic­tion de l’in­sé­mi­na­tion post-mor­tem en vi­gueur en France». En Es­pagne, cette pra­tique est pos­sible dans un dé­lai d’un an après le dé­cès de l’homme qui en a ex­pri­mé la vo­lon­té no­tam­ment par tes­ta­ment. Une in­sé­mi­na­tion faite dans ce dé­lai per­met­trait d’as­su­rer la fi­lia­tion de l’en­fant et Ni­co­la Tur­ri se­rait alors re­con­nu comme le père, ce que sou­haite sa veuve. Plus de 30 ans après Fran­çois Mit­ter­rand et Hel­mut Kohl ho­no­rant, main dans la main, la mé­moire des sol­dats de Ver­dun, Fran­çois Hol­lande et An­ge­la Mer­kel cé­lèbrent de­main à Douau­mont le cen­te­naire d’une des plus meur­trières ba­tailles de la Grande Guerre, au mo­ment où le couple fran­co-al­le­mand peine à sou­der une Eu­rope en crise. Les deux chefs d’Etat dé­bu­te­ront cette jour­née com­mé­mo­ra­tive à 10h30 au ci­me­tière al­le­mand de Con­sen­voye. L’image forte se­ra l’en­trée du pré­sident et de la chan­ce­lière, ac­com­pa­gné cha­cun d’un en­fant, dans l’im­mense nef de l’os­suaire de Douau­mont, sous la­quelle sont en­se­ve­lis les os­se­ments de 130 000 sol­dats fran­çais et al­le­mands. C’est de­vant cet os­suaire qu’en dé­cembre 1984, Hel­mut Kohl et Fran­çois Mit­ter­rand avaient ef­fec­tué leur geste hau­te­ment sym­bo­lique. Fran­çois Hol­lande et An­ge­la Mer­kel pro­fi­te­ront par ailleurs de cette jour­née pour évo­quer en­semble, no­tam­ment, la crise des ré­fu­giés et la me­nace du « Brexit ».

(Re­pro DR)

Ma­ria­na Gon­za­lez-Go­mez sou­haite pra­ti­quer une in­sé­mi­na­tion post-mor­tem. Mais le sperme de son ma­ri, dé­cé­dé d’un can­cer, est sto­cké en France, où ce type d’acte est in­ter­dit.

(Pho­to AFP)

Ce geste ef­fec­tué en  reste comme le sym­bole de la ré­con­ci­lia­tion fran­co-al­le­mande.

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