Al­cool : to­lé­rance zé­ro pen­dant la gros­sesse

Pré­ven­tion Des mal­for­ma­tions aux troubles du com­por­te­ment, le syn­drome d’al­coo­li­sa­tion foe­tale (SAF) sé­vère concerne une nais­sance sur mille en­core au­jourd’hui en France

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Santé - AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Oh, un pe­tit verre ce n’est rien. Tu vas bien boire une coupe de cham­pagne! » Eh bien non. Ce­la a beau être Noël, l’an­ni­ver­saire de grand-mère ou les 30 ans de sa meilleure amie, pen­dant la gros­sesse, la règle est claire : pas d’al­cool. Pas même un « pe­tit verre ». « Les re­com­man­da­tions de toutes les ins­tances sa­ni­taires vont dans le même sens : to­lé­rance zé­ro dès le dé­but de la gros­sesse, et jus­qu’à son terme », sou­ligne le Dr Pau­line Vi­gnoles, chef du ser­vice de gy­né­co­lo­gie obs­té­trique du centre hos­pi­ta­lier de la Dracénie. Mal­gré la cam­pagne de pré­ven­tion et l’ins­crip­tion de pic­to­grammes (femme en­ceinte, un verre à la main, bar­rée) sur toutes les bou­teilles d’al­cool de­puis dix ans, l’Aca­dé­mie na­tio­nale de mé­de­cine re­lève dans un rap­port ré­cent que plus de 20 % des Fran­çais conti­nuent d’igno­rer les risques de l’al­coo­li­sa­tion foe­tale. Contre la­quelle il n’existe au­cun trai­te­ment cu­ra­tif. D’où l’im­por­tance de conti­nuer à in­for­mer le grand pu­blic, et les fu­tures ma­mans en par­ti­cu­lier. Pas tou­jours fa­cile, en ef­fet, pour elles de s’y re­trou­ver, alors que les sol­li­ci­ta­tions sont nom­breuses dans un pays tel que la France où la gas­tro­no­mie tient une place pré­pon­dé­rante. En cas de doute, la pre­mière chose à faire est d’en par­ler avec son mé­de­cin trai­tant, sa sa­ge­femme ou son gy­né­co­logue.

Mal­for­ma­tions, re­tards

« La dif­fi­cul­té est que l’on se heurte à beau­coup d’idées re­çues, no­tam­ment sur des quan­ti­tés pré­ten­du­ment sans dan­ger ou des al­cools moins no­cifs que d’autres. Notre rôle, en tant que pra­ti­cien, est d’in­for­mer les pa­tientes sans les stig­ma­ti­ser ni les culpa­bi­li­ser. Chaque mot que l’on pro­nonce est im­por­tant », ex­plique le Dr Vi­gnoles. La pru­dence est donc de mise d’au­tant que l’en­jeu est cru­cial. Le syn­drome d’al­coo­li­sa­tion foe­tale (SAF) peut en­gen­drer des mal­for­ma­tions congé­ni­tales mais aus­si des re­tards de crois­sance. Et mal­heu­reu­se­ment, il n’y a pas de lo­gique ma­thé­ma­tique : une faible quan­ti­té d’al­cool peut avoir des ré­per­cus­sions dra­ma­tiques chez l’une, alors qu’elle se­ra de moindre consé­quence chez l’autre. Pire, à la nais­sance, on ne peut me­su­rer clai­re­ment les dé­gâts d’une consom­ma­tion d’al­cool même peu im­por­tante pen­dant la gros­sesse. Car cer­tains ef­fets ne se dé­clarent que plus tard : dif­fi­cul­tés d’ap­pren­tis­sage ou en­core pro­blèmes de concen­tra­tions en font par­tie. En ré­su­mé,une femme en­ceinte qui boit fait cou­rir un risque à son bé­bé. Ce­la est va­lable dès les pre­miers verres. Ce qui est in­gur­gi­té va pas­ser di­rec­te­ment dans le pla­cen­ta. Sauf que chez l’em­bryon, le foie ne va pas mé­ta­bo­li­ser l’al­cool. Il ne se­ra donc pas trans­for­mé et éli­mi­né de la même ma­nière que chez l’adulte.

Au­to-ques­tion­naire

Et pen­ser que si­ro­ter une bière est moins dan­ge­reux qu’un whis­ky est une er­reur puisque c’est la quan­ti­té d’al­cool qui entre en jeu (il y en a au­tant dans 25 cl de bière que dans 2,5 cl de whis­ky). Le taux d’al­coo­li­sa­tion du bé­bé in ute­ro est le même que ce­lui de la mère. Il faut donc ima­gi­ner que si elle est ivre, il le se­ra aus­si. « Il n’est pas évident de ju­ger sa propre consom­ma­tion, com­plète le Dr Vi­gnoles. L’Aca­dé­mie na­tio­nale de mé­de­cine pré­co­nise de faire pas­ser un au­to-ques­tion­naire aux femmes le plus tôt pos­sible, afin de les ai­der à prendre conscience de leur consom­ma­tion. Elles ne doivent pas hé­si­ter en­suite à en par­ler avec leur gy­né­co­logue. Pour les cas les plus in­quié­tants – ad­dic­tion avé­rée –, il est né­ces­saire d’en­tou­rer la fu­ture mère de pro­fes­sion­nels (psy­cho­logue en par­ti­cu­lier) pen­dant toute sa gros­sesse. Et le phé­no­mène n’est pas rare. On es­time que l’al­coo­li­sa­tion foe­tale concerne 1 % des nais­sances et que le SAF sé­vère touche un bé­bé sur mille. » Dans ce der­nier cas, il est né­ces­saire que la mère soit consciente des consé­quences puisque l’en­fant de­vra, à la nais­sance, pas­ser par une pé­riode de se­vrage. Dès sa ve­nue au monde, il ma­ni­fes­te­ra des signes d’agi­ta­tion, une grande ir­ri­ta­bi­li­té, des troubles du som­meil voire des trem­ble­ments. Et ce n’est que sur le moyen et le plus long terme que l’on iden­ti­fie­ra les troubles cog­ni­tifs, du com­por­te­ment, de la mé­mo­ri­sa­tion, etc. L’adage est plus que ja­mais à pro­pos concer­nant l’al­cool pen­dant la gros­sesse : dans le doute, s’abs­te­nir.

«Ne­pas stig­ma­ti­ser ni culpa­bi­li­ser » Dr Pau­line Vi­gnoles Gy­né­co­logue

(Pho­tos Ax.T.)

Pen­dant neuf mois (mi­ni­mum car ce­la conti­nue pen­dant l’al­lai­te­ment), c’est zé­ro al­cool.

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