PRO B (HYÈRES-TOU­LON CHAM­PION DE FRANCE) « Il fau­dra ap­prendre à perdre »

Kyle Milling, qui a pro­lon­gé son contrat de deux ans à la tête de Hyères-Tou­lon, re­vient une der­nière fois sur la sai­son ma­gni­fique vé­cue par son équipe. Mais le coach pense dé­jà à la Pro A

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports -

’est dé­jà l’été pour Kyle Milling. En te­nue de

le nez, et une barbe qui com­mence à vi­rer au gris, l’en­traî­neur du HTV si­rote un Per­rier ron­delle en ter­rasse, ber­cé par le son des vagues au Mou­rillon. Dé­con­trac­té, après une sai­son riche mais usante,il­ti­reun­trait­sur­sa­pre­miè­rean­née­comme coach prin­ci­pal, avec sa pointe d’ac­cent ca­li­for­nien. Pour lui, il faut dé­sor­mais tour­ner la page et ou­vrir le cha­pitre du re­tour du club en Pro A...

Le HTV cham­pion de France et pro­mu. Est-ce que vous réa­li­sez en­fin? Je réa­lise, oui. Mais j’ai dé­jà tour­né la page. Tout de suite après les matches au Por­tel (qui a of­fi­cia­li­sé la mon­tée, Ndlr) et contre Évreux (le der­nier de la sai­son). L’an­née pro­chaine a dé­jà com­men­cé. Tout le monde parle va­cances, mais dans le monde du sport, tu n’es ja­mais vrai­ment dé­con­nec­té. Tout s’en­chaîne vite. J’es­saie de pro­fi­ter un peu, mais mon cer­veau pense dé­jà à la sai­son pro­chaine.

À par­tir de quand avez-vous com­men­cé à y croire? Il y a ce fa­meux  dé­cembre. Les mecs sont ve­nus s’en­traî­ner nor­ma­le­ment, je ne les ai pas sen­tis fa­ti­gués. Ils ne pen­saient pas à la trêve et étaient prêts à en­chaî­ner. Et deux jours après, il y a ce match à Bou­la­zac, où l’on a vrai­ment bien joué dans une salle hos­tile (vic­toire -).

C’est peut-être plus fa­cile quand on est pre­mier... Oui. Après, chaque an­née est dif­fé­rente, car l’an der­nier, on était aus­si en tête, mais j’ai sen­ti que ce n’était pas la même am­biance. Il n’y avait pas le même état d’es­prit dans l’équipe. Cette an­née, on n’a connu qu’une seule pé­riode dif­fi­cile men­ta­le­ment, en jan­vier-fé­vrier (le HTV a alors per­du quatre matches, Ndlr).

Avez-vous dou­té à ce mo­ment-là? Non. Pas mal de clubs et de di­ri­geants, après une ou deux dé­faites, veulent chan­ger l’équipe tout de suite. Nous, on ne l’a pas fait. Je sais qu’il y a des hauts et des bas dans une sai­son. Et il faut res­ter stable, dans l’ef­fec­tif et dans la tête. Sur­fer la vague, qu’elle soit grande ou pe­tite. On a gar­dé le même style de jeu, le même ef­fec­tif, et on s’est re­mis à ga­gner. En­suite, lors des six ou sept der­nières se­maines, j’ai da­van­tage tra­vaillé sur la fraî­cheur men­tale, et je pense que ça a bien mar­ché. Men­ta­le­ment, les mecs ont ré­pon­du. Vous dites sou­vent que la confiance est  % du bas­ket. Pen­sez-vous que ça a été votre atout ma­jeur cette sai­son ? J’es­saye de la don­ner aux joueurs. Ils l’ont prise. Dans leurs co­équi­piers. Dans notre jeu, des deux cô­tés du ter­rain. Tout le monde a été im­pli­qué, ce qui ex­plique aus­si notre réus­site. Les dix joueurs étaient contents d’être dans ce groupe, de ve­nir s’en­traî­ner. Il n’y en avait pas un, deux ou trois qui res­taient sur le cô­té, à faire la gueule, comme ça ar­rive sou­vent.

Cha­cun connais­sait son rôle. Il y avait une hié­rar­chie claire. A-t-elle été dé­ci­dée dès le dé­but ? Lors de la pre­mière se­maine, on a fait des en­tre­tiens in­di­vi­duels. J’ai es­sayé de dire ce que j’at­ten­dais de chaque joueur, sur et en de­hors du ter­rain. Lu­do (Chelle), An­tho (Ch­ris­tophe) et Clém (Ca­val­lo), un peu plus en de­hors, au ni­veau du lea­der­ship. Pour les jeunes comme Bal­lo et Que­ta, je n’at­ten­dais que de la dé­fense et du re­bond. Je leur di­sais : “Si tu fais ça, tu vas jouer.” Je n’en avais rien à foutre de leurs stats, de leurs points mar­qués... Et il y a ceux qui avaient un rôle sur plu­sieurs sec­teurs, comme Will (Ho­ward). Lu­do, lui, avait un rôle d’ener­gi­zer, qui sort du banc et qui peut chan­ger un match. Il a mis du temps à l’ac­cep­ter, il vou­lait jouer plus et c’est nor­mal, mais il n’a ja­mais fait la gueule de­vant l’équipe ou de­vant moi. Notre force a aus­si été cette co­hé­sion, cet es­prit de groupe.

Vous avez vrai­ment mis cette sai­son der­rière vous? Je vais gar­der ça dans mes sou­ve­nirs, mais il le faut. Le club, les spec­ta­teurs aus­si. Parce que l’an­née pro­chaine, ça va être com­plè­te­ment dif­fé­rent. On monte de ni­veau et nor­ma­le­ment, on ne va pas re­pas­ser une sai­son comme ça. Il va fal­loir ap­prendre à perdre, à vivre une “crise” ou une série de dé­faites. Ce qu’on n’a pas vé­cu cette an­née. Et moi aus­si, même si j’ai dé­jà connu ça en tant que joueur.

(Pho­tos Laurent Martinat et Frank Mul­ler)

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