Joue-la comme Ric­ciar­do

Hier ma­tin, avant de lais­ser la piste aux fauves et au «chro­no-maître» aus­tra­lien Ric­ciar­do, j’ai em­bar­qué avec l’an­cien ral­ly­man et di­rec­teur de course, Marc Duez. Une pre­mière mé­mo­rable

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Testing - THO­MAS MI­CHEL tmi­chel@ni­ce­ma­tin.fr

h47 hier. Fer­me­ture de piste. Marc Duez presse le con­tact de la Mé­gane ca­brio­let blanche de la di­rec­tion de course. Le champ est libre. L’as­phalte à point et l’air dé­jà lourd – 22 de­grés à l’ombre. En bord de piste, les com­mis­saires en com­bi­nai­son orange agitent leurs dra­peaux. Le mo­teur vrom­bit, l’ai­guille du comp­teur grimpe, la haie d’hon­neur s’ac­cé­lère. Au coeur de la mon­tée de Sainte-Dé­vote, le pi­lote belge roule dé­jà plus vite que ma Po­lo n’y est au­to­ri­sée sur l’au­to­route du So­leil! As­sis à sa droite, je réa­lise sou­dain mon pri­vi­lège. Je roule sur les traces des lé­gendes du sport au­to­mo­bile. Je roule sur le cir­cuit de Mo­na­co… Au pas­sage du ca­si­no, cette pensée m’égare. Sen­na, Schu­ma­cher, Mon­toya, Alon­so… Les vi­sages dé­filent jus­qu’au « gauche-droite » du ca­si­no – mor­du sur les bor­dures – qui me re­plonge dans ce rêve éveillé. C’est par­ti pour un ma­nège en 19 actes, 19 vi­rages en en­clos où la bar­rière – d’au­tant plus en dé­ca­po­table – prend souvent des airs de main cou­rante. Je roule sur le cir­cuit de Mo­na­co…

Des bons­hommes Le­go

Ces courbes my­thiques que je fan­tas­mais le di­manche après-mi­di sur TF1, avant que Dru­cker et son ca­na­pé rouge ne prennent la pole des pro­grammes en clair et que le sport de­vienne payant. Pri­vant le fan lamd­ba de l’émer­gence d’une nou­velle gé­né­ra­tion en F1. Au pas­sage du Ni­box, les vi­sages en noir et blanc pla­car­dés sur la fa­çade ne forment qu’un bref da­mier. L’ai­guille re­monte en flèche, les com­mis­saires se muent en bons­hommes Le­go ani­més des bras. Le tun­nel se pro­file. Sa tra­jec­toire sans fin. Son at­mo­sphère feu­trée et son rôle d’ac­cé­lé­ra­teur de par­ti­cules. Alors que mon pi­lote passe les rap­ports comme on en­file des perles, mon ef­fort pour main­te­nir le dra­peau mo­né­gasque flot­tant en de­hors de l’ha­bi­tacle équi­vaut à pas­ser les vi­tesses d’une 2CV face à tant de prise d’air. 180 km/h, c’est la der­nière marque que mon oeil cap­te­ra en sor­tie de tube, trop ob­nu­bi­lé à fixer la piste et ses à-cô­tés. Je roule sur le cir­cuit de Mo­na­co… Le port Her­cule se des­sine, lais­sant de marbre mon pi­lote d’un jour et son faux air de Ger­vais Martel. Le Yacht-club dans les ré­tros, Marc Duez at­taque très ser­ré la nou­velle chi­cane. Pe­tite mon­tée d’adré­na­line. La veille en­core, l’In­do­né­sien Ryo Ha­rian­to se pre­nait les pieds dans le ta­pis à l’ap­proche de l’obs­tacle. Eh oui, je roule sur le cir­cuit de Mo­na­co…

Quel de­gré de fo­lie ?

Che­veux au vent, notre équi­page vogue vers le vi­rage du Ta­bac et l’avale sans sour­ciller. Plus la ligne blanche s’avance, plus mes yeux s’écar­quillent. Et une ques­tion : sé­rieu­se­ment, quel de­gré de fo­lie faut-il at­teindre pour oser dou­bler sur ce tra­cé à une vi­tesse au moins deux fois su­pé­rieur à la mienne sur l’ins­tant ? L’exi­geante épingle de la Ras­casse im­pose une baisse de ré­gime comme pour son­ner le glas de ce road-trip unique. Der­nière ac­cé­lé­ra­tion sur la grille de dé­part et puis Marc lève le pied. Coupe la si­rène. L’étoffe du dra­peau mo­né­gasque au bout de mon bras droit re­tombe. La porte claque. Le sou­rire se fige. Les For­mule Re­nault ru­minent dans les stands… Quelques heures plus tard, Da­niel Ric­ciar­do sème la concur­rence avec un tour en 1’13’’622. Moins de la moi­tié de notre per­for­mance ma­ti­nale. Peu im­porte. Hier, j’étais aus­si Da­niel Ric­ciar­do.

(Pho­to Cy­ril Do­der­gny)

Le tun­nel. Sa tra­jec­toire sans fin. Son at­mo­sphère et ses sen­sa­tions.

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