Ques­tions pour des cham­pions en clair sur Ca­nal +

Duo ve­dette de la chaîne de la F1 de­puis 2013, Ju­lien Fé­breau et Jacques Ville­neuve se livrent à un jeu d’an­ti­ci­pa­tion. Voyance en di­rect...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Monaco Grandprix - RE­CUEILLI PAR GIL LÉON

À 14 heures pile, hier, comme chaque di­manche de course, ils vous ont don­né ren­dez-vous au pre­mier vi­rage. En pole po­si­tion sur l’an­tenne de Ca­nal + de­puis que la chaîne à péage a co­ché la case F1, voi­là trois ans, Ju­lien Fé­breau et Jacques Ville­neuve com­posent un duo com­plé­men­taire. Un équi­page vite de­ve­nu in­dis­so­ciable car très ap­pré­cié pour ses ana­lyses poin­tues et son franc-par­ler. Sur un fil et sans fi­let, tels les as du vo­lant en ac­tion sur le ver­ti­gi­neux to­bog­gan mo­né­gasque, ils vous ont fait par­ta­ger leurs points de vue et leurs émo­tions 78 tours du­rant, jus­qu’au dé­noue­ment du 74e Grand Prix de Mo­na­co. Et main­te­nant? Mes­sieurs, quelle suite pré­di­sez-vous pour ce cham­pion­nat du monde 2016 très loin d’être plié alors que quinze vi­rages restent à né­go­cier, du Ca­na­da dans deux se­maines à Abu Dha­bi le 27 no­vembre? À notre in­vi­ta­tion, les deux voix de ré­fé­rence des GP dans l’Hexa­gone se sont je­tées à l’eau en jouant au « oui ou non ». Un jeu d’an­ti­ci­pa­tion com­po­sé de six ques­tions. Sur les quais du port Her­cule, Fé­breau et Ville­neuve se mouillent. Ré­ponses en di­rect et en clair...

Ros­berg en­fin cou­ron­né?

Au­teur d’un dé­but de sai­son ca­non, le « meilleur en­ne­mi » de Le­wis Ha­mil­ton tien­dra-t-il la dis­tance pour coif­fer sa pre­mière cou­ronne su­prême? Ju­lien Fé­breau : NON. On est en­core trop loin de la fin pour ima­gi­ner que Ni­co a les clés en main. Je pense d’ailleurs qu’il ne les a pas vrai­ment. Lorsque sa voi­ture fonc­tionne, on sait que Le­wis est un brin plus vite. Il a per­du du ter­rain lors des pre­mières échéances à cause d’une suc­ces­sion de pro­blèmes et d’un mi­cro-re­lâ­che­ment per­son­nel. Mais compte te­nu du temps res­tant de­vant lui, je le crois ca­pable de réa­gir et de ra­fler la mise une troi­sième fois d’af­fi­lée. Jacques Ville­neuve : OUI. Ni­co a en­ta­mé cette cam­pagne comme il a ter­mi­né la pré­cé­dente. Avec l’ins­tinct du tueur. En ga­gnant les quatre pre­mières courses, il s’est non seule­ment oc­troyé une avance im­por­tante au clas­se­ment, mais aus­si un avan­tage psy­cho­lo­gique es­sen­tiel. Bien sûr, ma­thé­ma­ti­que­ment, tout reste pos­sible car il y a en­core un long che­min à par­cou­rir. Mais Ni­co a une oc­ca­sion en or qu’il doit sa­voir sai­sir.

Vers­tap­pen de­vant Ric­ciar­do ?

Bour­reau de Sainz en 2015, le plus jeune vain­queur d’un Grand Prix ga­gne­ra-t-il son bras de fer contre l’Aus­tra­lien chez Red Bull? J. F. : OUI. D’abord parce qu’il s’agit d’un cas ex­cep­tion­nel. Un phé­no­mène comme lui, on n’en voit ar­ri­ver un seule­ment tous les 15 ou 20 ans. En fait, Vers­tap­pen se re­trouve au­jourd’hui dans la po­si­tion de Ric­ciar­do face à Vet­tel en 2014. Nous avons, d’un cô­té, un af­fa­mé ab­so­lu qui ne se pose pas de ques­tions et n’a au­cune consi­dé­ra­tion pour ses ad­ver­saires, et de l’autre, un chef d’équipe cen­sé al­ler plus vite qui va for­cé­ment dou­ter. Avan­tage Vers­tap­pen. J. V. : OUI. À Bar­ce­lone, les astres se sont ali­gnés d’em­blée pour le suc­ces­seur de Kvyat. De quoi le boos­ter men­ta­le­ment, un peu comme Ros­berg. Vous sa­vez, chez Red Bull, ils sont forts pour pro­pul­ser un pi­lote au som­met... et pour le dé­truire tout aus­si vite. À l’ins­tar de Ric­ciar­do, qui avait vite pris le des­sus sur Vet­tel il y a deux ans, Vers­tap­pen est tout de suite de­ve­nu la nou­velle co­que­luche. Donc la suite s’an­nonce com­pli­quée pour l’Aus­tra­lien...

Fer­ra­ri aus­si fort qu’en 2015 ?

Avec deux échéances de plus au ca­len­drier, la Scu­de­ria réus­si­rat-elle à em­bras­ser la vic­toire à trois re­prises comme la sai­son der­nière? J. F. : OUI. On est là dans la pro­blé­ma­tique d’une écu­rie qui a be­soin de cir­cuits qui lui conviennent et de condi­tions fa­vo­rables pour per­for­mer, con­trai­re­ment à Mer­cedes, ca­pable de ga­gner par­tout. Fer­ra­ri ne tien­dra pas ses pro­messes. Ils ne se bat­tront pas pour les titres pi­lotes et construc­teurs. Mais de ma­nière cir­cons­tan­cielle, sur un tra­cé tel que Sin­ga­pour, ou ailleurs avec des tem­pé­ra­tures par­ti­cu­lières, des faits de course avan­ta­geux, la SF16-H sau­ra ti­rer son épingle du jeu. J. V. : OUI. À la ré­gu­lière, sans conteste, Fer­ra­ri est der­rière Mer­cedes en ce mo­ment, même si l’écart a un peu di­mi­nué. Mais le duel Ros­bergHa­mil­ton peut jouer en sa fa­veur ici ou là. Tout comme les sou­cis de fia­bi­li­té des Flèches d’Ar­gent. En 2015, la Scu­de­ria a ga­gné deux courses grâce aux cir­cons­tances et une sur un cir­cuit où elle était vrai­ment su­pé­rieure. Elle peut faire aus­si bien cette sai­son.

Re­nault mieux que Lo­tus ?

La nou­velle équipe d’Ens­tone bat­tant pa­villon fran­çais pré­sen­te­ra-t-elle un meilleur bi­lan comp­table que sa de­van­cière (6e avec 78 pts en 2015) en fin d’exer­cice? J. F. : NON. En F1, le temps joue contre tout le monde... et sur­tout contre les teams qui dé­marrent avec un dé­fi­cit de pré­pa­ra­tion. Re­nault a concré­ti­sé son pro­jet de re­prise très tard. Si le mo­teur va pro­gres­ser dans les se­maines à ve­nir, le châs­sis, maillon faible de RS 16, ne de­vrait pas beau­coup évo­luer car ils ont tout in­té­rêt à concen­trer dès main­te­nant leurs ef­forts et leurs res­sources sur la ré­vo­lu­tion tech­nique de 2017. J. V. : NON. Im­pos­sible! En ra­che­tant une équipe en faillite, Re­nault a sor­ti un ca­davre du tom­beau (sic). Au­jourd’hui, ils sont dans une phase de re­cons­truc­tion. Certes, leur mo­teur sou­tient la com­pa­rai­son avec ses concur­rents. Cô­té châs­sis, en re­vanche... À Ens­tone, le chan­tier est énorme. Leur tra­vail, en fait, on pour­ra com­men­cer à le ju­ger l’an pro­chain. En 2016, ils ont dé­mar­ré trop tard, dans l’ur­gence.

Gros­jean, un ave­nir en rouge ?

Le seul pi­lote fran­çais du pad­dock em­prun­te­ra-t-il la pas­se­relle ten­due entre Haas et Fer­ra­ri pour de­ve­nir le co­équi­pier de Se­bas­tian Vet­tel en 2017? J. F. : OUI. Au­jourd’hui, Ro­main évo­lue dans un en­vi­ron­ne­ment proche de la Scu­de­ria. Il parle fré­quem­ment avec ses in­gé­nieurs. En tant qu’écu­rie cliente, Haas uti­lise la souf­fle­rie de Fer­ra­ri. Son si­mu­la­teur, aus­si. Puisque Vers­tap­pen vient de sor­tir de la course à la suc­ces­sion de Räikkö­nen, Ro­main voit ses chances aug­men­ter. Si Ki­mi s’en va, sûr qu’il pos­sède l’ex­pé­rience et le ta­lent re­quis. J. V. : NON. Si Ro­main a of­fert tout de suite à Haas de très bons points, en sa­chant pro­fi­ter de si­tua­tions fa­vo­rables, j’ai du mal à le voir pi­lo­ter une Fer­ra­ri l’an pro­chain. Le pro­blème, c’est qu’il manque de concur­rence in­terne de­puis un cer­tain temps. De­van­cer Mal­do­na­do chez Lo­tus, hier, et Gu­tier­rez chez Haas, au­jourd’hui, c’est nor­mal. Ça ne lui donne pas de va­leur. Donc dif­fi­cile de le ju­ger. À vrai dire, il au­rait mieux va­lu que Räikkö­nen pro­longe chez Lo­tus à ses cô­tés...

Bien­tôt des ren­forts tri­co­lores ?

Pierre Gas­ly et (ou) Es­te­ban Ocon re­ce­vront-ils le sé­same qu’ils at­tendent pour rou­ler en Grand Prix d’ici dé­but 2017? J. F. : OUI. Le ti­ming me semble par­fait pour l’un et l’autre. Au­jourd’hui, tout in­dique qu’ils vont pous­ser les portes de la F1. Concer­nant Gas­ly, les dé­ci­deurs de Red Bull viennent de ré­tro­gra­der Kvyat chez To­ro Ros­so et je ne vois pas pour quelle rai­son ils le pro­lon­ge­raient l’an pro­chain. Au­cun in­té­rêt! Quant à Ocon, Re­nault en­voie des signes en­cou­ra­geants. Pour eux, il se­rait ten­tant de pré­ci­pi­ter sa ti­tu­la­ri­sa­tion à la place de Pal­mer mais ils ne veulent pas qu’il se brûle les ailes. Ren­dez-vous en 2017... J. V. : OUI. Pour­quoi pas? In­dé­nia­ble­ment, les deux pos­sèdent le ta­lent, le po­ten­tiel. Red Bull de­vrait don­ner sa chance à Gas­ly. Ce se­rait lo­gique. Ocon, lui, a un pied chez Mer­cedes et l’autre chez Re­nault. En plus, il dis­pute le DTM (cham­pion­nat al­le­mand des voi­tures de tou­risme, ndlr), une très bonne école pour en­dur­cir son men­tal, gé­rer la pres­sion et la « po­li­tique » d’un grand construc­teur. Tout est réu­ni pour que l’ave­nir leur sou­rit...

Pour une fois, Ju­lien Fé­breau et Jacques Ville­neuve ne re­gardent pas les pe­tits écrans de leur ca­bine té­lé, mais la boule de cris­tal que nous leur avons ten­du. Et ils jouent le jeu!

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