S.O.S Ami­tié, quand la pa­role se li­bère en­fin

La so­li­tude et l’évo­ca­tion de l’an­goisse fi­gurent en tête des ap­pels re­çus à l’an­tenne va­roise. Ren­contre avec la pré­si­dente Chan­tal Pay­sant qui veut ren­for­cer les équipes de bé­né­voles

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Toulon - CA­THE­RINE PONTONE cpon­tone@ni­ce­ma­tin.fr 1. 673 000 ap­pels re­cen­sés en France en 2015, en lé­gère di­mi­nu­tion par rap­port à 2014.

Écou­ter sans ju­ger la pa­role pour ten­ter d’apai­ser les maux du coeur et de la pen­sée : telle est la mis­sion d’hommes et de femmes qui ont choi­si «d’ac­cueillir avec bien­veillance la dé­tresse de tous ceux qui ont be­soin d’être en­ten­dus». Bien loin des cli­chés et de l’image pous­sié­reuse de l’as­so­cia­tion dans la cé­lèbre pièce Le père Noël est une or­dure. Trente-trois ans après, les trente-trois bé­né­voles de tous âges – 23 à 86 ans – de l’an­tenne de S.O.S Ami­tié de Tou­lon sont plus que ja­mais in­ves­tis dans l’aide confi­den­tielle ap­por­tée aux en­fants et aux adultes en dé­tresse psy­chique ou phy­sique.

L’ano­ny­mat pri­mor­dial

Et ce, dans l’ano­ny­mat, ce quiest« pri­mor­dial » dans la re­la­tion de confiance ins­tau­rée avec l’ap­pe­lant. 11 484 per­sonnes ont com­po­sé en 2015 le nu­mé­ro de l’an­tenne dé­par­te­men­tale, ba­sée à Tou­lon. Le nombre d’ap­pels est en lé­gère di­mi­nu­tion par rap­port à 2014 comme au ni­veau na­tio­nal

(1). Mais les souf­frances psy­chiques, elles, pro­gressent comme le montrent les don­nées sta­tis­tiques 2 015 du rap­port de l’ob­ser­va­toire des souf­frances psy­chiques, sor­ti le 19 mai. Ren­contre avec Chan­tal Pay­sant, pré­si­dente de l’an­tenne dé­par­te­men­tale ba­sée à Tou­lon.

L’an­goisse est-elle une source d’ap­pels? Oui. L’évo­ca­tion de l’an­goisse est une des im­por­tantes causes d’ap­pel. Ce­la se res­sent no­tam­ment dans un cli­mat gé­né­ral. L’Île-de-France est par­ti­cu­liè­re­ment concer­née suite aux évé­ne­ments tra­giques. Le rap­port de l’Ob­ser­va­toire des souf­frances psy­chiques montre l’in­fluence des at­ten­tats du  no­vembre chez les - ans. Au-de­là des pro­blèmes ma­té­riels (tra­vail, chô­mage, lo­ge­ment, fi­nances), il y a une in­sé­cu­ri­té qui per­dure. Les ap­pels de nuit durent plus long­temps. L’an­goisse fait par­tie des souf­frances psy­chiques et la dé­pres­sion en est une grande cause.

Elle n’est pas unique… La se­conde grosse cause d’ap­pels est la so­li­tude. Dans le Var, elle est liée à la vieillesse, mais aus­si au han­di­cap phy­sique ou men­tal. On est dans une so­cié­té où l’on com­mu­nique de plus en plus par SMS, et no­tam­ment sur les ré­seaux so­ciaux, et pour­tant les per­sonnes ne disent pas bon­jour à leur voi­sin… Chez les ap­pels de jeunes, on res­sent beau­coup cet iso­le­ment alors qu’ils com­mu­niquent par les ré­seaux so­ciaux. Ils ont leur propre lan­gage et ont l’im­pres­sion que les pa­rents ne peuvent pas les com­prendre. Le sui­cide est plus évo­qué lors des ap­pels In­ter­net… En­vi­ron  % des ap­pels In­ter­net, no­tam­ment des plus jeunes, évoquent le sui­cide. Le fait qu’ils nous contactent est un ap­pel au se­cours. C’est la par­tie d’eux qui veut vivre. On va ser­vir de mi­roir pour les ren­voyer à leurs ques­tions et, ain­si, leur faire prendre conscience des choses. Ce qu’ils veulent, c’est dis­cu­ter avec quel­qu’un. On ne donne pas de conseils ni ne porte de ju­ge­ment. On est juste là pour li­bé­rer la pa­role. Les en­vies sui­ci­daires ne re­pré­sentent que  % de nos ap­pels té­lé­pho­niques: soit  ap­pels sur les  re­çus à l’an­tenne, l’an der­nier.

Ins­tau­rer une re­la­tion de confiance est es­sen­tiel... Les ap­pels, les échanges, les lo­caux sont ano­nymes. L’ano­ny­mat est pri­mor­dial, et aide à li­bé­rer la pa­role. Ce­la per­met aus­si aux écou­tants de prendre du re­cul.

Quel est le pro­fil des ap­pe­lants ? Nous sommes ou­verts à tous âges et à toutes ca­té­go­ries so­ciales. Le seul ba­gage que l’on de­mande, c’est ce­lui du coeur. Être à l’écoute, ce­la im­plique une longue for­ma­tion, à la fois théo­rique et pra­tique as­su­rée par des pro­fes­sion­nels. Ce­la ras­sure nos bé­né­voles qui ef­fec­tuent en moyenne une ving­taine d’heures d’écoute par mois. On ap­prend à ne pas avoir peur du deuil, du di­vorce, et du sui­cide. On est ca­pable d’af­fron­ter la souf­france sans l’épon­ger, ce qui ne si­gni­fie pas que l’on est in­sen­sible.

(Pho­to C. P., in­fo­gra­phies Ri­na Uzan)

« Nous sommes dans une écoute em­pa­thique, cen­trée sur la per­sonne », ex­plique la pré­si­dente de l’an­tenne dé­par­te­men­tale, ba­sée à Tou­lon.

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