« Un be­soin de re­con­qué­rir l’es­pace mé­dia­tique »

Jean-Charles Bri­sard, pré­sident du Centre d’Ana­lyse du Ter­ro­risme

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - PRO­POS RECUEILLIS PAR CH­RIS­TOPHE CIRONE

Etes-vous sur­pris de dé­cou­vrir un Omar Dia­by bien vi­vant? On est tou­jours sur­pris par ce type d’an­nonce. Omar Om­sen a été un pion­nier et est une fi­gure em­blé­ma­tique du djihad fran­çais, l’un des prin­ci­paux re­cru­teurs pour Jabhat alNos­ra, la branche d’al-Qaï­da en Sy­rie. Mais ce­la reste une de­mi­sur­prise dans la me­sure où, de­puis quelques an­nées, cer­tains in­di­vi­dus si­mulent leur mort sur le ter­rain des opé­ra­tions. Cer­tains le font pour ren­trer dans leur pays d’ori­gine et y com­mettre des at­ten­tats, afin que les ser­vices de ren­sei­gne­ment re­lâchent leur vigilance, comme Ab­del­ha­mid Abaaoud et d’autres membres du com­man­do [du -No­vembre, ndlr].

Omar Dia­by af­firme avoir agi ain­si pour être hos­pi­ta­li­sé à l’étran­ger... C’est une ex­pli­ca­tion tout à fait cré­dible. Cer­tains le font pour être soi­gnés dans des pays voi­sins, comme la Tur­quie, sans éveiller les soup­çons.

Omar Om­sen était-il par ailleurs me­na­cé, comme le pense le jour­na­liste Da­vid Thom­son? Il est vrai qu’Omar Om­sen, fon­da­teur de l’une des prin­ci­pales ka­ti­bas fran­co­phones, a vu ses rangs par­tir pro­gres­si­ve­ment vers l’Etat is­la­mique en -. Sa ka­ti­ba était dé­ci­mée, et Om­sen avait peur de ré­per­cus­sions de la part de l’EI. On le sa­vait me­na­cé, de la même ma­nière que son se­cond, Mou­rad Fares. Lui a re­ga­gné la France en an­non­çant son re­tour.

Se­lon vous, quelle est la stra­té­gie de Dia­by? Veut-il re­cru­ter de plus belle ? Ou re­faire par­ler de lui parce qu’il était en perte de vi­tesse? A l’heure où l’EI su­bit des re­vers mi­li­taires, ter­ri­to­riaux, fi­nan­ciers, un Dia­by pense sans doute pou­voir re­prendre du ser­vice et am­pli­fier ce qu’il a dé­jà en­tre­pris. Une nou­velle cam­pagne de re­cru­te­ment n’est-elle pas plus com­pli­quée dé­sor­mais? Il est vrai que l’ac­tion de la coa­li­tion a créé un fac­teur de dis­sua­sion. D’ailleurs, on voit que les dé­parts sur zone se sont sta­bi­li­sés de­puis fin . Omar Om­sen a été l’un des prin­ci­paux re­cru­teurs pour Jabhat al Nos­ra, mais les condi­tions sont-elles réunies pour qu’il ré­itère cette opé­ra­tion? Dif­fi­cile à éva­luer...

N’est-ce pas sur­pre­nant de voir un groupe dji­ha­diste ou­vrir ain­si ses portes aux ca­mé­ras? Non, car une or­ga­ni­sa­tion comme Jabhat al Nos­ra a be­soin de re­con­qué­rir l’es­pace mé­dia­tique, de re­do­rer son bla­son en pro­fi­tant de l’af­fai­blis­se­ment de l’Etat is­la­mique. Tous ces groupes com­mencent à souf­frir d’un ta­ris­se­ment de leurs sources de re­cru­te­ment.

Dia­by n’in­carne-t-il pas la faillite des dis­po­si­tifs de sur­veillance? On ne peut plus par­ler de sur­veillance, puis­qu’il était à l’étran­ger, en zone de guerre en l’oc­cur­rence. Pas sûr que les ser­vices de ren­sei­gne­ment aient pris au mot l’an­nonce de sa mort... Ils sont de plus en plus pru­dents face à de telles an­nonces. Dia­by n’avait d’ailleurs pas été rayé des listes de dji­ha­distes fran­çais. Ce re­por­tage peut-il être riche d’en­sei­gne­ments? C’est tou­jours riche d’en­sei­gne­ments pour les ser­vices de po­lice, mal­gré la part de pro­pa­gande non né­gli­geable.

Cette vraie-fausse mort a-telle pu ser­vir à pré­pa­rer des at­ten­tats sur le sol fran­çais? Jus­qu’à pré­sent, Jabhat alNos­ra n’a ja­mais ten­té d’at­ten­tat sur le sol eu­ro­péen. Mais puis­qu’elle s’ins­crit dans la stra­té­gie d’al-Qaï­da, on ne peut pas écar­ter une telle pos­si­bi­li­té.

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