Zé­ro plas­tique

L’in­ter­dic­tion des sacs plas­tique à usage unique en caisse entre en vi­gueur au­jourd’hui. Cette me­sure a pour ob­jec­tif de s’at­ta­quer à une pol­lu­tion qui me­nace la Mé­di­ter­ra­née

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - SO­PHIE CA­SALS

Alors que la Mé­di­ter­ra­née re­gorge de mi­cro-plas­tiques et souffre de cette pol­lu­tion, la lutte s’in­ten­si­fie sur terre. Au­jourd’hui est une étape im­por­tante.

Les sacs plas­tique non réuti­li­sables vivent leurs der­niers jours. A par­tir d’au­jourd’hui ces sa­chets d’une épais­seur in­fé­rieur à 50µm se­ront in­ter­dits dans les com­merces. L’en­jeu en­vi­ron­ne­men­tal est consi­dé­rable. Chaque jour, sacs, bou­teilles, em­bal­lages, co­tons tiges… se dé­versent en mer. Plus de 150 mil­lions de tonnes flottent sur les océans. « Si rien n’est fait, en 2050 il y au­ra plus de plas­tique que de poissons », a aler­té la Fon­da­tion El­len Mac Ar­thur. Sous l’ef­fet du soleil, de la houle, ces dé­chets se mor­cellent. Une pol­lu­tion aux mi­cro­plas­tiques qui pré­oc­cupe les cher­cheurs de l’Ob­ser­va­toire océa­no­lo­gique de Ville­franche-sur-Mer.

Pas d’eau de mer sans mi­cro­plas­tique

« Il y a une concen­tra­tion énorme. Au large de nos côtes, on a trou­vé à peu près les mêmes con­cen­tra­tions que dans le 7e con­tinent plas­tique du Nord Pa­ci­fique. Six cent mille par­ti­cules au ki­lo­mètre car­ré, et à côté de la Corse, plus de un mil­lion par ki­lo­mètre car­ré », alerte Ma­ria Lui­za Pe­drot­ti, cher­cheur au CNRS, et co­or­di­na­trice du groupe qui étu­die cette pol­lu­tion «in­vi­sible» en Mé­di­ter­ra­née. Pendant sept mois, à bord de l’ex­pé­di­tion Ta­ra Mé­di­ter­ra­née, les scien­ti­fiques ont aus­cul­té la mer. « Dans tous nos pré­lè­ve­ments il y a des mi­cro­plas­tiques. »

Or ces dé­chets qui mettent des cen­taines d’an­nées avant de se dé­gra­der entrent dans la chaîne ali­men­taire. «Ils ont des tailles proches de celles du planc­ton et sont in­gé­rés par les poissons. Les moules et les huîtres, aus­si, qui ne sont pas sé­lec­tives vont s’en nour­rir, pour­suit la

cher­cheuse. A Brest des scien­ti­fiques ont ain­si re­trou­vé dans 1 kg de moules, une cen­taine de mi­cro­plas­tiques.» Vé­ri­tables éponges à pol­luants chi­miques, ces par­ti­cules concentrent pes­ti­cides, hy­dro­car­bures, PCB… Des sub­stances toxiques qui s’ac­cu­mulent dans les tis­sus des poissons. Si elles sont nui­sibles pour la faune ma­rine, qu’en est-il pour l’homme?

Con­seil aux femmes en­ceintes

Des agences sa­ni­taires in­vitent à des me­sures de pré­cau­tion. « Des re­com­man­da­tions sont faites, par exemple, aux femmes en­ceintes de ne pas consom­mer des loups et des do­rades plus d’une fois par se­maine», fait ob­ser­ver Ga­by Gors­ky, pro­fes­seur émé­rite à l’Ob­ser­va­toire de Ville­franche, et à l’ori­gine de l’ex­pé­di­tion Ta­ra Mé­di­ter­ra­née. Bref, le diag­nos­tic bros­sé par les cher­cheurs est in­quié­tant. Mais, in­sistent-ils, il n’est pas trop tard pour agir. Se­lon Ga­by Gors­ky, l’in­ter­dic­tion des sacs en po­ly­éthy­lène de­vrait avoir « ra­pi­de­ment une ré­per­cus­sion positive dans notre ré­gion ».

(Photos François Vi­gno­la)

Le plas­tique a mal­heu­reu­se­ment en­va­hi notre quo­ti­dien.

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