Et si c’était eux ?

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Par CLAUDE WEILL

Ne pas se lais­ser prendre dans les glaces. Sur­tout ne pas res­ter inerte : ce se­rait fa­tal. Conti­nuer d’avan­cer, bou­ger. Cen­ti­mètre par cen­ti­mètre, mètre par mètre. C’est la stra­té­gie qu’a choi­sie François Hol­lande. Et l’on ne peut qu’être im­pres­sion­né par tant d’opi­niâ­tre­té chez un homme si rond. Comme on dit au foot, il « ne lâ­che­ra rien ». La ca­la­mi­teuse sé­quence El Khom­ri n’est pas en­core ache­vée (il fau­dra plu­sieurs jours avant que le texte soit dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­té, et il n’est pas sûr que ce­la suf­fise à éteindre la contes­ta­tion) ; la cote de po­pu­la­ri­té du pré­sident a plon­gé dans des abysses en­core in­ex­plo­rées ( % d’opi­nions fa­vo­rables dans le der­nier baromètre Sofres-Fi­ga­ro Ma­ga­zine) ; il est dis­cu­té dans son propre camp au point d’avoir dû ac­cep­ter de sou­mettre sa can­di­da­ture à une pri­maire ; le chô­mage, en mai, est re­par­ti à la hausse ; l’Eu­rope est dé­bous­so­lée par le Brexit, qui laisse les ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires si­dé­rées et fait pla­ner sur le con­tinent la me­nace d’un ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie… D’autres au­raient le mo­ral en berne. Beau­coup se­raient ten­tés de jeter l’éponge. Pas lui. A la pre­mière oc­ca­sion, le « cul­bu­to » (se­lon la for­mule des jour­na­listes Marie-Eve Ma­louines et Carl Meeus) se re­dresse et re­prend, comme si de rien n’était, le fil de la cam­pagne amor­cée à la mi-avril : le « ça va mieux » est de re­tour. Ce qui est frap­pant, dans la longue interview que François Hol­lande a ac­cor­dée hier aux

Echos, nou­veau ja­lon dans son agen­da , c’est moins le conte­nu (baisse d’im­pôts pour la classe moyenne, me­sures en fa­veur des PME, dé­fense de son bi­lan, flin­gage des pro­jets de l’op­po­si­tion) que le ton : ce­lui d’un homme qui a hâte d’en dé­coudre. Fai­sant feu de tout bois, comme lors­qu’il se pro­pose, lui

« l’en­ne­mi de la fi­nance », d’adap­ter nos règles fis­cales pour… « rendre la place de Pa­ris plus at­trac­tive ». Et qui, en dé­pit de tout et de tous, conti­nue d’y croire. Fai­sons la part de ce qui re­lève de la mé­thode Coué (dont tous les po­li­tiques sont adeptes) et de l’op­ti­misme congé­ni­tal du su­jet Hol­lande. Reste une analyse po­li­tique, celle qui a cours parmi les proches de François Hol­lande : au­cun can­di­dat, au­jourd’hui, ne sus­cite l’en­thou­siasme. Lui non plus, bien sûr. Mais la po­li­tique est un mar­ché com­pa­ra­tif. Et en fin de compte, les Fran­çais choi­si­ront Hol­lande par éli­mi­na­tion. Car la gauche le pré­fè­re­ra à Mé­len­chon, trop ra­di­cal, ou à Mon­te­bourg, trop im­pré­vi­sible. Et les mo­dé­rés ne vou­dront pas du pro­jet li­bé­ral des Ré­pu­bli­cains. Sur­tout s’il est por­té par un can­di­dat aus­si cli­vant que Nicolas Sar­ko­zy. Du son­dage Sofres dé­jà men­tion­né, pour­tant ca­tas­tro­phique pour leur cham­pion, les hol­lan­dais ont re­te­nu une chose : chez les sym­pa­thi­sants ré­pu­bli­cains, ceux qui « fe­ront » la pri­maire de droite, Sar­ko­zy s’en­vole (+  points) et Jup­pé dé­visse (- ). Ils ne pou­vaient pas rê­ver mieux, à l’orée d’une cam­pagne dont ils at­tendent qu’elle at­tise les ri­va­li­tés et ra­di­ca­lise les po­si­tions des Ré­pu­bli­cains. L’ave­nir di­ra si le clan des hol­lan­dais a pris ses dé­si­rs pour des réa­li­tés. Les son­dages d’in­ten­tions de vote portent à le croire, qui tous donnent Hol­lande éli­mi­né au pre­mier tour. Et Sar­ko­zy bien plus bas que Jup­pé. Mais le fait est que ces deux-là n’ont pas dit leur der­nier mot. Ils se sont adou­bés, choi­sis mu­tuel­le­ment comme ad­ver­saires pri­vi­lé­giés. Et si c’était eux ? A dix mois de l’échéance, nul ne peut plus ex­clure ce scé­na­rio qui pa­rais­sait im­pro­bable il y a quelques se­maines en­core, et dont toutes les en­quêtes montrent que les Fran­çais n’en veulent à au­cun prix : que  soit la re­vanche de .

« A la pre­mière oc­ca­sion, le “cul­bu­to” se re­dresse et re­prend, comme si de rien n’était, le fil de la cam­pagne amor­cée à la mi-avril : le « ça va mieux » est de re­tour. »

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