« Je pense qu’on est fou »

Avant l’Is­lande, Patrice Evra, le la­té­ral gauche des Bleus a fait pas­ser des mes­sages. En lea­der...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports - V.M. À CLAI­RE­FON­TAINE

Patrice, par­lez-nous de ce quart de fi­nale face à l’Is­lande? Beau­coup sous-es­timent les na­tions dites in­fé­rieures. Mais c’est un Eu­ro dif­fi­cile. Les An­glais peuvent en té­moi­gner. Quand j’ai par­lé avec leurs jour­na­listes après le match contre l’Ir­lande, j’avais l’im­pres­sion qu’ils étaient dé­jà qua­li­fiés. Les gars me de­man­daient ce que ça me fai­sait de re­trou­ver l’An­gle­terre, alors qu’ils n’étaient même pas qua­li­fiés. Mé­fions-nous! Ça m’énerve d’en­tendre que c’est une équipe qui ne fait que des longues touches. Elle sait po­ser le bal­lon, jouer en tri­angle…

Peut-on évo­quer ce quart comme un mo­ment char­nière dans votre car­rière in­ter­na­tio­nale? Oui, je suis tout à fait d’ac­cord. Au Bré­sil, je me suis ar­rê­té en quart. Je n’ai vrai­ment pas en­vie de re­vivre ça.

Avez-vous trou­vé les ex­pli­ca­tions à vos dé­buts de match pous­sifs? On est tout le temps dans la ré­ac­tion. Il y en a marre. A la mi­temps contre l’Ir­lande, j’ai dit aux gars qu’on ne pou­vait pas s’ar­rê­ter là, que c’était im­pos­sible de sor­tir de notre Eu­ro en hui­tième. On a be­soin de se faire peur, mais un jour ça peut ne pas pas­ser.

Par­lez-nous d’Um­ti­ti et Man­ga­la ap­pe­lés à pal­lier l’ab­sence de Ra­mi en dé­fense cen­trale? C’est au sé­lec­tion­neur de ré­pondre à ça. Et puis, vous les connais­sez aus­si bien que moi, non? (sou­rires). Ils mé­ritent d’être là. On a confiance en eux. Que ce soit Elia (Man­ga­la) ou « Big » Sam (Um­ti­ti), ils fe­ront le bou­lot.

Sa­vez-vous le­quel des deux joue­ra à vos cô­tés ? On ne sait pas en­core. On ver­ra au­jourd’hui (lire hier, ndlr) à l’en­traî­ne­ment. Le coach ne va pas prendre sa dé­ci­sion la veille du match…

D’un match à l’autre, vous évo­luez avec un co­équi­pier dif­fé­rent de­vant vous (Payet, Mar­tial, Co­man…). Com­ment vous adap­tez-vous? En bos­sant à l’en­traî­ne­ment. Avant le match, je parle à ce­lui qui joue plus haut et je lui dis : « Eclate-toi, je fais le bou­lot der­rière. » De toute fa­çon, s’il y a un but, c’est moi qui prends (sou­rires). »

La France est-elle chan­ceuse de­puis le dé­but de l’Eu­ro? (Lé­gè­re­ment aga­cé). Il faut ar­rê­ter avec ça. A vous écouter, la Croa­tie était dé­jà cham­pionne d’Eu­rope. A l’ar­ri­vée, elle est dé­jà à la maison. Pour­quoi on est chan­ceux? Si on bat l’Is­lande, on prend l’Ita­lie ou l’Allemagne. C’est ça la chance?

Com­ment va votre main (il avait quit­té l’en­traî­ne­ment de la veille avec un ban­dage, ndlr)? C’est mi­gnon ça (rire gé­né­ral dans l’au­di­to­rium)! Il y en a au moins un qui prend de mes nou­velles. Je me suis tor­du quatre doigts, mais ça va, je vais bien, mer­ci…

Et Paul Pog­ba, il est en forme? Je ne crois pas être l’agent de la Pioche. Avec vous, je vais fi­nir par croire que je suis son pa­pa (rires). Ne vous in­quié­tez pas pour lui, il est heu­reux. Quand on au­ra be­soin de lui, il as­su­me­ra. Avant, vous ne par­liez que de Griez­mann. Lais­sez-les tran­quilles! La France, ce n’est pas Pog­ba. Il veut tout bien faire, tout réus­sir. Or, par­fois, dans le foot, ce n’est pas pos­sible. Sur un plan per­son­nel, com­ment ju­gez-vous votre dé­but d’Eu­ro? C’est dif­fi­cile. J’aime bien faire un bi­lan à la fin… Lors du pre­mier match, j’étais dé­çu car j’ai concé­dé un pe­nal­ty. Une pre­mière dans ma car­rière. En­suite, pour les matchs dé­ci­sifs, je ré­ponds tou­jours pré­sent. J’es­père que ce se­ra en­core le cas contre l’Is­lande.

Dans quel état d’es­prit est Di­dier Des­champs, votre sé­lec­tion­neur? Il est exi­geant. Il veut faire quelque chose de grand. Avec lui, il n’y a pas de passe-droit. A l’en­traî­ne­ment, si tu rates un contrôle, ça peut faire mal. Le reste du temps, il chambre comme d’ha­bi­tude, mais quand on bosse, on ne ri­gole plus.

Vous échan­gez sou­vent avec lui? Sa porte n’est ja­mais fer­mée. On parle sou­vent, no­tam­ment sur le plan tac­tique. C’est une force. En re­vanche, c’est lui le boss. On ne va pas com­men­cer à s’en­flam­mer à vou­loir faire l’équipe (rires).

Com­ment se ma­té­ria­lise votre rôle de lea­der dans le groupe? Il faut dé­jà être au ni­veau sur le ter­rain. En­suite, je leur ré­pète que c’est une chance d’être là, de jouer un Eu­ro à la maison. Mais ça reste du football, on ne doit pas se mettre une pres­sion folle, non plus. J’ai confiance en tout le monde, mais il faut en­fi­ler le bleu de chauffe. Par contre, si quel­qu’un s’écarte du cadre et com­mence à faire la star, là, il est vite re­mis à sa place. La star, c’est l’équipe de France.

Dans quel état phy­sique est le groupe après ces quatre matchs? Ça va. On gagne en fin de match, mais je n’ai pas le sen­ti­ment qu’on perd du jus. Je pense qu’on est fou. Qu’on ar­rête de se faire peur !

(AFP)

Evra ai­me­rait que les Bleus « ar­rêtent de se faire peur ».

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