A la re­cherche de leur fils ma­jeur

Fran­cis Cros­lan et son épouse n’ont plus de nou­velles de leur fils unique, Tho­mas, 33 ans, de­puis le 30 jan­vier. Avant de s’éva­nouir dans la na­ture, il a pos­té une lettre dé­chi­rante à ses pa­rents

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - S. CHAUDHARI

Mes chers pa­rents. Ce que j’ai fait est in­ex­cu­sable. Je vous de­mande juste d’es­sayer de me com­prendre. Je ne mé­rite pas de vivre. » C’est par ces quelques phrases, poi­gnantes, grif­fon­nées sur une feuille A5 ex­traite d’un bloc-notes, que Tho­mas en­tame sa lettre, avant de dé­crire son mal-être, puis son in­ten­tion de par­tir. Fran­cis Cros­lan, son père, garde le pré­cieux mes­sage dans un ti­roir de sa bou­tique de lo­ca­tion de deux­roues : le der­nier élé­ment ma­té­riel qui le re­lie en­core à son fils, Tho­mas Del­rue, 33 ans.

« N’aban­don­nez pas Jack, mon meilleur ami »

« La der­nière fois que je l’ai vu, c’était le 30 jan­vier. Il est ve­nu à la mai­son. Rien ne lais­sait pen­ser que c’était l’ul­time fois que je le voyais.

En­fin non, je veux dire... ». Les mots s’éva­nouissent, la voix s’étrangle, le re­gard se perd : Fran­cis étouffe un san­glot. Tho­mas, lui, sa­vait : il est pas­sé au do­mi­cile pa­ren­tal le 30 jan­vier pour leur confier son chien, « Jack, mon meilleur ami. Je ne vou­lais pas lui im­po­ser ce choix », avoue le jeune homme dans

la mis­sive. Avant de par­tir, il a lais­sé un autre mes­sage, scot­ché sur la porte de la car­ros­se­rie qu’il te­nait. A la

vue de tous. « Pro­fes­sion­nel­le­ment, tout al­lait bien pour lui. Son af­faire mar­chait. Tout Ca­va­laire ve­nait chez lui. Il s’était même ache­té un ap­par­te­ment sur le port. De­puis, il ne paie plus son cré­dit ». Et de pour­suivre, en re­gar­dant ses mains, en­rou­lées l’une dans l’autre : « C’est vrai qu’il n’al­lait pas très bien de­puis quelques mois, à cause d’une rup­ture amou­reuse. C’est pour ce­la que j’al­lais le voir tous les jours. On est très proches. Mais de là à tout quit­ter, sans don­ner de nou­velles, c’est une souf­france in­des­crip­tible. Une abo­mi­nable épreuve pour sa mère aus­si : elle n’ar­rête pas de faire des cau­che­mars dans les­quels elle crie ». La voi­ture de Tho­mas a été re­trou­vée dans un par­king à Nice. C’est de­puis les Al­pes­Ma­ri­times qu’il a éga­le­ment pos­té la lettre, obli­té­rée par La Poste le 5 fé­vrier. De­puis cette ab­sence, les jour­nées sont longues, an­gois­santes.

Le quo­ti­dien est pé­nible et les quelques mo­ments d’éva­sion que lui pro­cure le tra­vail s’en­volent bien vite. Dé­ses­pé­ré, Fran­cis est même al­lé voir une car­to­man­cienne. « Elle m’a dit qu’il est vi­vant, mais qu’il ne re­vien­drait plus en France. On se rac­croche à ce qu’on peut... »

« Je sais qu’il a le droit de par­tir, de dis­pa­raître, mais j’ai­me­rais que mon fils donne des nou­velles. Juste des nou­velles. »

(Pho­to S. Ch.)

Fran­cis Cros­lan garde le pré­cieux mes­sage dans un ti­roir de sa bou­tique de lo­ca­tion de deux-roues : le der­nier élé­ment ma­té­riel qui le re­lie en­core à son fils.

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