Les mains in­dé­centes du pa­tron au sa­lon de beau­té

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var | Carnet - SO. B. et E. M.

Dif­fi­cile d’ac­cé­der au dis­cer­ne­ment et de re­con­naître les faits. Hier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Tou­lon, Do­mi­nique M. nie, re­la­ti­vise, soup­çonne qu’on cherche à lui nuire «dans l’es­poir du gain ». Sur les ac­cu­sa­tions de gestes à conno­ta­tion sexuelle, il fi­nit par dire qu’il «ne pen­sait pas faire de mal» ou en­core qu’il croyait «dé­tendre » la sa­la­riée qu’il était en train de mas­ser. Les tapes sur les fesses? «C’était pour avoir une am­biance cha­leu­reuse, ça per­met aux gens de se sen­tir bien.» Et d’in­vo­quer «une ges­tion pa­ter­na­liste », « pas dans un es­prit mal­sain». Des clientes d’un jour fi­gurent aus­si sur le banc des par­ties ci­viles pour dé­non­cer une ex­pé­rience « trau­ma­ti­sante ». L’an­cien gé­rant de deux sa­lons es­thé­tiques et de mas­sages, à La Seyne et SixFours, a été condam­né hier à 18 mois de pri­son ferme, avec des dom­mages et in­té­rêts à hau­teur de 1 500 eu­ros pour cha­cune des onze par­ties ci­viles. À la barre, le pré­ve­nu mi­ni­mise et consent des « mas­sages sur le haut de la poi­trine ou le haut des fesses », là où les plaintes évoquent « des seins mas­sés à pleine main» et « des ca­resses sur, et entre les fesses ». « J’en ai par­lé à per­sonne, car j’avais honte», ré­pètent la plu­part des femmes tou­chées dans leur in­ti­mi­té. Cha­cune étant per­sua­dée être la seule à su­bir ce type de mas­sage. «Au fur et à me­sure que ses mains des­cen­daient, il a en­le­vé mon string… J’étais souf­flée, cho­quée. Il res­pi­rait fort et vite, il trans­pi­rait et sen­tait le ta­bac », se sou­vient une cliente qui n’a plus ja­mais mis les pieds dans un sa­lon de mas­sage. « Est-ce qu’on touche la poi­trine et le sexe dans un mo­de­lage du corps?», s’agace la pré­si­dente, de­vant les dé­né­ga­tions. « Elle au­rait dû me dire que j’étais al­lé trop loin, je ne sais pas quoi dire de plus», ré­agit le pré­ve­nu. Dans les PV de ses au­di­tions, il avait dé­cla­ré « avoir des grosses mains», pour jus­ti­fier «un ef­fleu­re­ment». Me Laurent Ga­var­ri, avo­cat de plus de la moi­tié des vic­times, a dé­crit les mé­ca­nismes d’un sys­tème qui re­lève, se­lon lui, de la cons­ti­tu­tion d’un ha­rem. « Les em­ployées sont soit très jeunes soit aux abois fi­nan­ciè­re­ment.» Le par­quet avait re­quis 3 ans de pri­son avec un man­dat de dé­pôt. En dé­fense, Me Pierre Ca­vi­glio­li a dé­plo­ré que l’ac­ti­vi­té de mas­seur « de bien-être » ne re­quiert au­cune for­ma­tion obli­ga­toire, et a in­sis­té sur la per­son­na­li­té de son client. « Avec sa psy­cho­lo­gie, tout peut ar­ri­ver dans un en­droit où les bar­rières de la dis­tance sont fran­chies jus­qu’à per­mettre à un étran­ger de me tou­cher.»

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