L’ex-sous-pré­fète de Grasse pas­se­ra en cor­rec­tion­nelle

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Après les affres de la garde à vue et de la mise en exa­men, Do­mi­nique-Claire Mal­le­manche de­vra af­fron­ter à l’au­tomne le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Nice et des ac­cu­sa­tions de cor­rup­tion. Tour à tour chef d’en­tre­prise, res­pon­sable chez Thales In­ter­na­tio­nal, puis dé­lé­guée in­ter­mi­nis­té­rielle au pro­jet Eu­ro­Dis­ney, Do­mi­nique-Claire Mal­le­manche avait ral­lié le corps pré­fec­to­ral sur le tard. En fé­vrier 2011, elle pre­nait ses fonc­tions de sous-pré­fète et re­joi­gnait pour la pre­mière fois la fonc­tion pu­blique. C’est dans ce cadre que la jus­tice lui re­proche au­jourd’hui les dé­lits de «cor­rup­tion pas­sive, sol­li­ci­ta­tion ou ac­cep­ta­tion d’avan­tages par per­sonne dé­po­si­taire de l’au­to­ri­té pu­blique.» L’en­quête, me­née par la sec­tion fi­nan­cière de la PJ de Nice sous le contrôle d’un juge d’ins­truc­tion ni­çois, a du­ré quatre ans. Les in­ves­ti­ga­tions sont ter­mi­nées et l’ex-sous-pré­fète de Grasse, au­jourd’hui à la re­traite après avoir été pré­fète dans la Creuse, doit com­pa­raître de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel à l’au­tomne. Les ma­gis­trats de­vront se pro­non­cer sur les ca­deaux réels ou sup­po­sés que cette énarque a re­çus pen­dant son pas­sage dans les Alpes-Ma­ri­times. Des chefs d’en­tre­prise qui lui ache­taient un vio­lon à 8000 eu­ros ou lui li­vraient gra­tui­te­ment des oli­viers pour agré­men­ter la sous-pré­fec­ture, le fai­saient-ils par pure ami­tié ou parce qu’ils sa­vaient pou­voir bé­né­fi­cier de passe-droits? L’en­quête semble mon­trer que Mme Mal­le­manche, dé­crite comme brillante, cha­ris­ma­tique et an­ti­con­for­miste, en­tre­te­nait quelques liai­sons dan­ge­reuses. C’est d’ailleurs à l’oc­ca­sion d’une en­quête sur un pe­tit tra­fi­quant de cocaïne que la jus­tice va s’in­ter­ro­ger sur la pro­bi­té de ce ser­vi­teur de l’Etat. Le dos­sier le plus em­bar­ras­sant pour Do­mi­nique-Claire Mal­le­manche est le pro­jet de la piste fo­res­tière du Mas d’Ar­ti­gny, un hô­tel de luxe si­tué à La Colle-sur-Loup. Le pro­prié­taire au­rait pro­mis 200 000 eu­ros via la fausse fac­ture d’une société off­shore en échange de la mo­di­fi­ca­tion du plan lo­cal d’ur­ba­nisme. L’amé­na­ge­ment de cette piste va­lo­ri­sait le Mas d’Ar­ti­gny, en ren­dant construc­tible une grande par­tie de son em­prise. Do­mi­nique-Claire Mal­le­manche, dans une in­ter­view ex­clu­sive à Nice-Ma­tin pa­rue en no­vembre 2013, cla­mait son in­no­cence, as­su­rant avoir tou­jours tra­vaillé pour le bien com­mun et sous le contrôle du pré­fet: «Est-ce que je me suis fait ache­ter? La ré­ponse est non», avai­telle mar­te­lé. L’em­pres­se­ment de la sous-pré­fète à bou­cler le dos­sier Mas d’Ar­ti­gny n’était gui­dé, se­lon elle, que par la vo­lon­té de pro­té­ger les ha­bi­tants en cas de feu de fo­rêt. Et non pour per­mettre au pro­prié­taire de va­lo­ri­ser de plu­sieurs mil­lions sa pro­prié­té. Le par­quet et le juge d’ins­truc­tion n’ont ma­ni­fes­te­ment pas la même lec­ture du dos­sier. Eux es­timent que des in­té­rêts par­ti­cu­liers, no­tam­ment ceux de JeanJacques Mal­le­manche, son ma­ri homme d’af­faires, ont pris le pas sur l’in­té­rêt gé­né­ral. L’ex-sous-pré­fète a-t-elle d’abord ser­vi les in­té­rêts de l’Etat ou ceux de ses proches? La jus­tice ni­çoise de­vra tran­cher. Outre le couple Mal­le­manche, quatre pré­ve­nus sont ren­voyés en cor­rec­tion­nelle.

(Pho­to d’ar­chives A. B.-J.)

Des soup­çons de cor­rup­tion planent sur Do­mi­nique-Claire Mal­le­manche, au­jourd’hui à la re­traite.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.