Mi­chel Ro­card est dé­cé­dé

PRE­MIER MI­NISTRE SOUS MIT­TER­RAND

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page -

la in­car­né la conver­sion des so­cia­listes fran­çais à l’éco­no­mie de mar­ché: MiI­chel

Ro­card, hé­ri­tier de Pierre Men­dès France et théo­ri­cien de la «deuxième gauche», est dé­cé­dé hier après-mi­di à l’âge de 85 ans à l’hô­pi­tal pa­ri­sien de La Pi­tié-Sal­pê­trière, a an­non­cé son fils, l’as­tro­phy­si­cien Fran­cis Ro­card. La car­rière de ce so­cia­liste ré­for­miste, en­tré en po­li­tique comme simple mi­li­tant à peine ma­jeur, en 1949, culmine avec sa no­mi­na­tion comme Pre­mier mi­nistre au dé­but du se­cond sep­ten­nat (1988-1991) de Fran­çois Mit ter­rand– dont il fut le ri­val, et avec le­quel il a tou­jours eu des re­la­tions conflic­tuelles. Il di­rige en­suite le PS en 1993 et 1994, avant de de­ve­nir dé­pu­té eu­ro­péen de 1994 à 2009 et sé­na­teur des Yve­lines de 1995 à 1997.

«Ham­ster éru­dit» chez les scouts

Mi­chel Ro­card est né à Cour­be­voie, près de Pa­ris, le 23 août 1930 dans une fa­mille de la bour­geoi­sie, ca­tho­lique par son père – un des scien­ti­fiques à l’ori­gine de la bombe ato­mique fran­çaise –, pro­tes­tant par sa mère. De son pas­sage chez les scouts, il re­çoit un sur­nom qui le sui­vra toute sa vie: «Ham­ster éru­dit». Li­cen­cié ès lettres, di­plô­mé de Sciences-Po et du Centre d’ études des pro­grammes éco­no­miques (CEPE), il sort en 1958 de l’Ecole na­tio­na­led’ ad­mi­nis­tra­tion( EN A ), où il cô­toie Jacques Chi­rac, et re­joint l’Ins­pec­tion des fi­nances. Hos­tile à la guerre d’Al­gé­rie, il de­vient pa­tron du PSU (Par­ti so­cia­liste uni­fié) en 1967, qu’il di­rige jus­qu’en 1973, et qui se­ra un la­bo­ra­toire d’idées pour la gauche. En mai 68, il s’ op­pose à la ten­dance« dure» du PSU et par­vient à faire condam­ner le re­cours à la vio­lence. Can­di­dat de ce par­ti à la pre­mière élec­tion pré­si­den­tielle post-De Gaulle (et la se­conde de la Ve Ré­pu­blique au suf­frage uni­ver­sel) en 1969, il n’y ob­tient que 3,6% des suf­frages. Il de­vient par la suite dé­pu­té des Yve­lines (il se­ra par la suite ré­élu à plu­sieurs re­prises), puis maire (19771994) de Conflans-Sainte-Honorine.

Conci­lier éco­no­mie de mar­ché et am­bi­tions so­ciales

Père de la «deuxième gauche», il en­ten­dait in­car­ner une vi­sion ré­no­vée de la gauche, pre­nant en compte« les contrainte sdel’ éco­no­mie mon­dia­li­sée» sans« re­non­cer aux am­bi­tions so­ciales». Un po­si­tion­ne­ment proche de ce­lui re­ven­di­qué, au­jourd’hui, par le Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls – qui fut d’ailleurs le pre­mier à lui rendre hom­mage hier soir. Il était en re­vanche, ces der­nières an­nées, très cri­tique en­vers la po­li­tique éco­no­mique de Fran­çois Hol­lande, qu’il a ap­pe­lé à ne pas se re­pré­sen­ter en 2017. En 1980, il an­nonce sa can­di­da­ture à la can­di­da­ture duPSp our­la pré­si­den­tielle de 1981, mais doit s’ef­fa­cer de­vant Fran­çois Mit­ter­rand. Une fois la gauche au pou­voir, il est nom­mé mi­nistre d’État, mi­nistre du Plan et de l’Amé­na­ge­ment du Ter­ri­toire (1981-83), puis del’ Agri­cul­ture (1983). Il en dé­mis­sionne en avril 1985, en pleine nuit, pour mar­quer son hos­ti­li­té à la pro­por­tion­nelle pour les lé­gis­la­tives de 1986.

Il met en place le RMI

A Ma­ti gnon en 1988, il pra­tique l’ ou­ver­ture, ra­mène la paix en Nou­velle-Ca­lé­do­nie et ins­taure le Re­ve­nu mi­ni­mum d’in­ser­tion (RMI, adop­té à huit voix près) et la Con­tri­bu­tion so­ciale gé­né­ra­li­sée (CSG). En mai 1991, Fran­çois Mit­ter­rand lui de­mande de dé­mis­sion­ner et le rem­place par Edith Cres­son. En 1993, il de­vient pre­mier se­cré­taire du PS, jus­qu’en 94. Mais, à nou­veau, il ne par­vient pas à se mettre en po­si­tion fa­vo­rable pour re­pré­sen­ter le par­ti à la pré­si­den­tielle de 1995. Der­niè­re­ment, il avait en 2009 été nom­mé am­bas­sa­deur char­gé de la né­go­cia­tion in­ter­na­tio­nale pour les pôles Arc­tique et An­tarc­tique, sur dé­ci­sion du pré­sident Ni­co­las Sar­ko­zy. En 2007, il avait été vic­time d’ une grave hé­mor­ra­gie cé­ré­brale lors d’un voyage en Inde. Plus ré­cem­ment, en mars 2012, en vi­site à Stock­holm, il avait dû être hos­pi­ta­li­sé cinq jours, après un ma­laise qui condui­sirent les mé­de­cins sué­dois à ré­sor­ber un caillot sur la par­tie droite du cer­veau. Sur le plan per­son­nel, il laisse quatre en­fants is­sus de trois ma­riages (en 1954, 1972 et 2010), dont Fran­cis, as­tro­phy­si­cien, et Loïc, po­ly­tech­ni­cien et ac­tuel conseiller du Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls.

(Pho­to AFP)

Ri­val de Fran­çois Mit­ter­rand, Mi­chel Ro­card avait dû dé­mis­sion­ner de Ma­ti­gnon à la de­mande de ce­lui-ci en .

(Pho­tos A. Du­pey­roux et F. Vi­gno­la)

En , sur le cours La­fayette à Tou­lon (à gauche) et lors d’un mee­ting à Nice, dans le cadre de sa can­di­da­ture aux élec­tions eu­ro­péennes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.