Re­quiem pour Ro­card

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Par CLAUDE WEILL

Des dis­po­si­tions tes­ta­ment aires prises par Mi­chel Roc ard afin d’ or­ga­ni­ser ses ob­sèques, on ne di­ra pas qu’ elles si­gnalent un sou­ci par­ti­cu­lier de dis­cré­tion et d’ hu­mi­li­té. Trois cé­ré­mo­nies: l’ une pri­vée, au temple. L’ autre pu­blique: un hom­mage na­tio­nal aux In­va­lides, avec al­lo­cu­tions­du Pré­sident de la Ré­pu­blique et de l’ an­cien se­cré­taire gé­né­ral de la CF D T. La troi­sième, mi­li­tante, au siège du P S, avec les in­ter­ven­tions du Pre­mier mi­nistre,du Pre­mier se­cré­taire et de l’ his­to­rien du so­cia­lisme Alain Ber go uni oux, un ami, un fi­dèle. Ain­si le vieil homme l’ a t-il sou­hai­té, qui a eu le temps de­voir ve­nir sa fin et de conce­voirle cé­ré­mo­nial fu­nèbre. Ce « Le grand âge ve­nu, il conti­nuait de pen­ser que gou­ver­ner, c’est re­gar­der loin de­vant. La vie est trop courte. » sou­hait té­moigne d’un trait constant chez Mi­chel Ro­card: le be­soin d’être re­con­nu, consi­dé­ré. Mais aus­si, je le crois, de la bles­sure in­time d’un homme ha­bi­té, à l’heure du bi­lan, par un sen­ti­ment d’in­jus­tice, d’in­com­plé­tude: le dé­pit de ne pas avoir été re­con­nuà sa vraie va­leur, de ne pas avoir pu don­ner sa pleine me­sure. Il ya, dans cette exi­gence de re­con­nais­sance post­hume comme une de­mande de ré­pa­ra­tion.Voire une ma­nière de re­vanche–non exempte d’iro­nie. Car Ro­card avait le sens de l’ hu­mour. Et on ima­gine son pe­tit sou­rire, quand de­là-haut, qui sait ?, il en­ten­draHol­lande etCam­ba dé lis, ces purs pro­duits de la mit ter­ran­die, tres­ser les éloge s de ce­lui qui fut le meilleur en­ne­mi de Fran­çois Mit­ter­rand. Ro­card en­vers­qui Mit­ter­rand n’avait pas de mot et de ju­ge­ment as­sez cruel. Roc ard mo­qué, « vi­ré » de Ma­ti­gnon sans pré­avis ni ex­pli­ca­tion, et à qui l’on cou­pa les jar­rets quand il prit la tête du PS, Ro­card, quoi qu’il en ait dit, res­te­ra l’homme d’une am­bi­tion dé­çue, d’un des­tin em­pê­ché. Voi­là qu’au­jourd’hui, dans la mort, il réa­lise au­tour de lui l’union na­tio­nale. Et il flotte dans ce re­quiem comme l’écho d’un re­mords col­lec­tif. C’ est vrai, dans ce pays, il n’ est pas d’ usage de cri­ti­quer les dis­pa­rus. Mais un tel s’ est ra­re­ment vu. La droite en­cense l’ homme de gauche aty­pique. La gauche, une sorte de pro­phète qui avait dé­fri­ché les voies du ve­nir( quand à l’ époque, les mêmes rai­son­ne­ments le rend aient sus­pect de tra­hi­son ). De toutes parts on sa­lue son « par­ler vrai », son prag­ma­tisme, sa ca­pa­ci­té à conju­guer­sens des réa­li­tés. Le voi­là re­ven­di­qué par une foule d’ hé­ri­tiers plus ou moins­fi­na­le­ment, dans le ju­ge­ment com­mun, re­joi­gnant Pierre Men dès France au­ceux à qui l’his­toire n’a pas don­né leur chance, de ceux qui au­raient pu, quiau­raient­dû… «Je re­grette qu’ il n’ ait pas été pré­sident de la Ré­pu­blique », dit Jacques De lors, qui lui aus­si au­rait pu l’ être. Roc ard,c’ est une his­toire d’ oc­ca­sions man­qué es. C’est l’ his­toire d’ un homme à qui les fait sont fi­ni par­don­ner rai­son, mais à qui ses« amis»em­ployèrent à don­ner po­li­ti­que­ment tort, par­ceque la lutte pour le pou­voir as es lois–et le de­voir de vé­ri­té n’ en fait pas par­tie. Dans les jeux d’ ap­pa­reil, il n’ était pas si­si naïf qu’ on l’ a dit. En tout cas, il n’ a pas fait le poids. Ses idée sont in­cu­bé. Qu’ ilsles dé­bats sur la « rup­ture avec le ca­pi­ta­lisme », ou les na­tio­na­li­sa­tions à %... La gauche de gou­ver­ne­ment s’ est conver­ti eàl aso­cial-dé­mo­cra­tie. Voir eau so­cial-li­bé­ra­lisme. Ceux qui sont au­jourd’ hui au pou­voir– Valls, Ma­cron et d’ autres–se ré­clament vo­lon­tiers de la « deuxième gauche ».Mais Roc ard lui-même ne se tel­le­ment dans ces jeunes gens pres­sés, à qui man­quait à ses yeux la du so­cia­lisme. Ni dans un Fran­çois Hol­lande chez qui il re­trou­vait le goût de Mit ter­randp ourles cal­culs tac­tiques et le dé­dain pour les idées gé­né­rales. Le grand âge ve­nu, il conti­nuait de gou­ver­ner, c’ est re­gar­der loin de­vant. La vie est trop courte.

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