Alexandre Bras­seur, au nom du grand-père

Dans la mai­son d’Odette Joyeux, à Grimaud, le co­mé­dien bien­tôt au gé­né­rique d’une sé­rie in­ter­na­tio­nale, aborde avec pas­sion sa nou­velle pièce où il in­carne son grand-père, Pierre Bras­seur

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - LAURENT AMALRIC la­mal­ric@ni­ce­ma­tin.fr

e vous parle dans la mai­son fa­mi­liale gri­mau­doise de ma grand-mère Odette Joyeux, d’une pièce jouée à Ramatuelle le 9 août, dans la­quelle je vais in­car­ner le père de mon père, Pierre Bras­seur, qui lui-même avait une mai­son à Gas­sin. Les astres sont réunis. La sym­bo­lique est là! Et en même temps, il doit y avoir quelque chose de psy­cha­na­ly­tique là-de­dans… », dé­bute Alexandre. In­utile de ré­qui­si­tion­ner le di­van d’Hen­ri Cha­pier pour s’en per­sua­der. L’in­ti­tu­lé de la pièce lui-même, Bras­seur et les En­fants du pa­ra­dis,

ne laisse pla­ner au­cun doute sur les ra­cines de cette créa­tion ini­tiée par l’hé­ri­tier d’une dy­nas­tie de co­mé­diens au long cours. « En 2012, j’ai vi­si­té une ex­po­si­tion sur Les En­fants du

pa­ra­dis à la ci­né- ma­thèque qui m’a bou­le­ver­sé. J’y ai dé­cou­vert comment du­rant l’hi­ver 43, Pré­vert, au­teur an­ti­mi­li­ta­riste, Car­né, réa­li­sa­teur ho­mo­sexuel avec Trau­ner et Kos­ma, dé­co­ra­teur et com­po­si­teur juifs-hon­grois, ont écrit ce mo­nu­ment du ci­né­ma fran­çais,

Jdans la clan­des­ti­ni­té. Ca­chés dans un an­cien prieu­ré à Tour­rettes-surLoup et en­tou­rés d’Al­le­mands. Il y a eu des morts… On est sur un ter­reau sul­fu­reux. L’idée de la pièce était née ! », ex­plique Alexandre dans une va­peur de pipe élec­tro­nique.

À bout de bras

À voir la bou­geotte qui l’anime dans le jar­di­net, pas­sant sans cesse de la pos­ture as­sise à de­bout, on me­sure tout l’en­jeu pour lui de cette créa­tion théâ­trale qu’il porte à bout de bras. «En ce mo­ment, je me laisse pous­ser les che­veux pour res­sem­bler le plus pos­sible à Pierre Bras­seur. Mon per­son­nage qui, face au pu­blic, se sou­vient, dans ses ap­par­te­ments un peu bo­hèmes des an­nées 50, de la ge­nèse du film dans le­quel il joua. Au-de­là de ça, la pièce parle de la fa­çon de res­ter libre lors­qu’on est en ter­ri­toire oc­cu­pé. De dire les choses lors­qu’on est tra­qué. Comme ce­la ar­rive hé­las en­core de nos

jours… », dé­taille, vé­hé­ment, Alexandre qui, avec l’au­teur Da­niel

Co­las, a re­cons­ti­tué le puzzle d’une époque. Des al­lers-re­tours dans le temps, pro­lon­gés cette an­née avec The

col­lec­tion, sé­rie an­glo-saxonne sous bla­son BBC/Ama­zon/France 3 aux mul­tiples in­trigues au­tour d’une mai­son de cou­ture pa­ri­sienne dans l’après-guerre. « J’ai tour­né huit épi­sodes cet hi­ver au Pays de Galles. Un gros ba­zar au cas­ting in­ter­na­tio­nal. Ça va être ma­gni­fique! Moi je suis le bras droit du per­son­nage prin­ci­pal, le créa­teur joué par Ri­chard Coyle ». Un rôle en terre étran­gère qui va comme un gant à cet ex-ré­sident lon­do­nien. «J’y ai vé­cu deux ans. Je bos­sais pour MTV. C’était en pleine guerre du Golfe. J’avais 18-19 ans. J’ai quit­té l’An­gle­terre avec beau­coup de re­grets… J’étais jeune. J’ai obéi à des consignes fa­mi­liales… Et paf, vingt-cinq ans après, ce pro­jet de rêve se pré­sente avec des co­mé­diens ve­nus d’Har­ry Pot­ter (Frances de la Tour, Ndlr) ou Game

of Th­rones (James Cos­mo)! », s’illu­mine-t-il.

« Le goût du tra­vail »

Un pic après des bas… « Je suis is­su d’une fa­mille d’ac­teur mais hé­las ne fais pas par­tie d’une bande d’ac­teurs… C’est un manque car ça aide… Heu­reu­se­ment, des gens m’ont ten­du la main quand j’étais dans la merde et que tout le monde me tour­nait le dos. Il y a eu Phi­lippe Lel­louche quand il a fait son film (Nos plus belles va­cances, Ndlr). Tho­mas Lang­mann aus­si (il

était dans Colt 45 qu’il a pro­duit). Je leur suis re­de­vable ». Au su­jet de la fi­gure pa­ter­nelle, Alexandre jure ne pas être dans un close-com­bat concur­ren­tiel. « Je n’aime pas cette ex­pres­sion de “tuer le père”. On ne boxe pas du tout dans la même ca­té­go­rie. Cha­cun

son che­min. On est fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rent dans notre édu­ca­tion, notre par­cours… Mais je crois que nous ai­mons tous les deux la vie. Le goût du tra­vail… ». La vi­tesse aus­si, qui va­lu à Claude Bras­seur de rem­por­ter le Pa­ris-Da­kar avec Ja­cky Ickx en 1983. « Moi j’ai fait le Tour Au­to. Ça me manque. Je suis un rat de ga­rage. J’adore traî­ner avec les mé­ca­nos. Là je viens de m’ache­ter une nou­velle bé­cane. Une Triumph. Je suis

comme un fou! », sou­rit ce jeune père de deux en­fants de 17 et 15 ans, nés de son union avec Ju­liette, pro­duc­trice. Ba­sé à Pu­teaux, le clan se réuni­ra bien­tôt sous son toit gri­mau­dois des an­nées cin­quante, au pied du châ­teau. « En­fant j’y pas­sais un mois chaque été. Cette mai­son a été construite par ma grand-mère. Je vou­drais la gar­der car j’adore ce coin de France. Les Maures, Col­lo­brières… », s’évade-t-il avant d’être rap­pe­lé à la réa­li­té par sa pièce.

« C’est un spec­tacle coup de po­ker. Je ne peux pas me plan­ter…

Avec mon père nous ne boxons pas dans la même ca­té­go­rie”

(Pho­to Phi­lippe Ar­nas­san)

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