France-Al­le­magne : la clé Des­champs

Le sé­lec­tion­neur des Bleus s’est construit le plus beau pal­ma­rès du football fran­çais. Contre l’Al­le­magne, il s’avance vers un im­mense dé­fi. Un de plus...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - (Pho­tos AFP/EPA) VINCENT MENICHINI (AVEC MA­THIEU FAURE)

C’est un mo­ment tra­gique de sa vie sur le­quel il ne s’étale ja­mais, mais qu’il porte en lui chaque jour. Chaque mi­nute. Chaque se­conde. En 1987, alors qu’il n’est qu’un jeune es­poir du FC Nantes, Di­dier Des­champs ap­prend le dé­cès de son frère aî­né de ma­nière ac­ci­den­telle. On est à quatre jours de Noël, plus rien ne se­ra ja­mais comme avant. «On­vit avec, ou plu­tôt sans, confiait, en 2015, à Mi­chel De­ni­sot dans son émis­sion Con­ver­sa­tion Se­crète, le sé­lec­tion­neur. C’est un coup dur de la vie. Elle est très in­juste, cruelle par mo­ments. On n’ou­blie pas. » Tout au long de sa car­rière, ‘‘DD’’ a avan­cé dans une quête qua­si-mys­tique de vic­toires, de titres et tro­phées. Comme pour éva­cuer ses peines, il a ga­gné, ga­gné et en­core ga­gné. Es­cor­té de « sa bonne

étoile » comme nous le confiait en­core ré­cem­ment Ro­bert Pires, il s’est construit l’un des plus beaux pal­ma­rès du sport fran­çais qui lui vaut le sur­nom de ‘‘Dé­dé la gagne’’ pour les uns et ‘‘Dé­dé la chance’’ pour les autres. « La chance, ça va une fois ou deux, tranche Eric Cu­bi­lier, son an­cien joueur à l’AS Mo­na­co, avec le­quel il s’en­tre­tient phy­si­que­ment du­rant l’an­née lors de par­ties de foot-vol­ley. Pour moi, c’est sur­tout un achar­né de tra­vail, qui sait exac­te­ment où il veut al­ler. » « La gagne, il a ça dans le sang », pose Da­do Pr­so.

« Il ne se plaint ja­mais »

A bien­tôt 48 ans, ‘‘DD’’ se re­trouve face à un nou­veau dé­fi co­los­sal : battre l’Al­le­magne en de­mi-fi­nale de l’Eu­ro, à Mar­seille, là où ses sou­ve­nirs s’em­mêlent. Avec ou sans la ma­nière, peu im­porte… Et, ce coup-ci, per­sonne ne trou­ve­rait à re­dire si la France ve­nait à faire chu­ter les cham­pions du monde en titre. En cas d’is­sue heu­reuse, ‘‘La Desch’’ ne s’élan­ce­ra pas dans un tour d’hon­neur. Il pen­se­ra dé­jà à l’après et ce qui l’anime de­puis deux ans : le titre, au soir du 10 juillet. Mal­gré les ga­lères ré­centes et les at­taques en tous genres, il n’a ja­mais va­cillé, se met­tant à l’écart du grand cirque mé­dia­tique du­rant les pre­miers mois de l’an­née. « Il est tou­jours res­té se­rein,

souffle Ba­chir Ne­har, l’in­ten­dant des Bleus et in­time de Des­champs. C’est un homme qui ne pa­nique pas, ce qui est sa grande force. Il re­cherche tou­jours des so­lu­tions et ne se plaint ja­mais. » De­puis le dé­but de l’Eu­ro, il a chan­gé de sys­tème d’un match à l’autre. Ça n’a pas tou­jours été très brillant, mais à l’ar­ri­vée ça a tou­jours payé.

« Vous sa­vez, il y a ceux qui parlent et ceux qui gagnent,

souffle un proche. Avant l’Is­lande, on par­lait d’un gros dé­fi. Une fois que la France en a mis cinq, ça ne va­lait plus rien l’Is­lande. Ça fait par­tie du jeu », pour­suit cette même source.

« Dans le groupe, c’est le pre­mier à ras­su­rer tout le monde, ap­puie Ne­har. De­puis le dé­but du ras­sem­ble­ment, il trans­met sa dé­ter­mi­na­tion aux joueurs. C’est le plus grand pal­ma­rès du football fran­çais, quand il vous parle, vous êtes tout de suite convain­cu. Il dé­gage une telle confiance que vous y croyez im­mé­dia­te­ment. » Paul Pog­ba en est l’exemple par­fait. Après un re­ca­drage en règle et une mise au banc contre l’Al­ba­nie, le Tu­ri­nois a re­trou­vé un cer­tain éclat, dans un rôle plus obs­cur et moins axé sur la créa­ti­vi­té.

Il a ré­con­ci­lié les Fran­çais

« Avec le coach, on peut dis­cu­ter sans pro­blème, souffle Pa­trice Evra, l’un de ses

meilleurs sol­dats. Sa porte reste tou­jours ou­verte. Il est cham­breur. Par contre, une fois qu’on est sur le ter­rain, là ça bosse. Si tu rates un contrôle, tu vas l’en­tendre. » « Il est très fort pour te pi­quer au vif », glisse Cu­bi­lier. Par­tout où il est pas­sé, Des­champs a sou­vent trou­vé

le bon équi­libre entre ri­gueur et bonne hu­meur. Contre l’Is­lande, Di­mi­tri Payet a pris un sa­cré sa­von pour un ou­bli de mar­quage sur le pre­mier but. Quelques mi­nutes plus tard, au mo­ment de son rem­pla­ce­ment, ‘‘DD’’ l’a sa­lué. Sans ar­rière-pen­sée. « Il n’est pas du genre à s’éner­ver mais il fait pas­ser ses mes­sages, avance Ba­chir Ne­har. Je le connais de­puis 15 ans (de­puis leur ex­pé­rience com­mune à l’AS Mo­na­co, ndlr) et il m’étonne en­core. Il a ga­gné en ma­tu­ri­té, en contrôle. Je vais à la guerre pour lui. S’il me de­mande de me je­ter de la Tur­bie, je le fais ». Ce n’est pas conseillé, mais ça sym­bo­lise par­fai­te­ment la patte Des­champs. «On vit en­semble, on meurt en­semble », se di­saient les Bleus en 1998. Ces mots ré­sonnent en­core dans l’es­prit du sé­lec­tion­neur. « Avec lui, ce sont les meilleurs qui jouent » , af­firme Pr­so. S’il confie faire abs­trac­tion de ce qu’il se ra­conte au­tour de l’équipe de France du­rant cet Eu­ro, ‘‘DD’’ en­tend tout et n’ou­blie rien. Son bi­lan ? Inat­ta­quable. Les faits sont là. Avec Des­champs, les Bleus font de nou­veau plai­sir à voir. En quart de fi­nale, plus de 17 mil­lions de Fran­çais ont vi­bré de­vant un écran. Une vic­toire de plus…

( Geor­gi Li­covs­ki/EPA/MAXPPP )

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.