Six ans ferme pour les me­neurs du tra­fic de co­caïne dans le golfe

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - G. D. SO. B.

Le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Dra­gui­gnan n’a pro­non­cé qu’une seule re­laxe hier soir, dans le long pro­cès du tra­fic de co­caïne, de 2013 à 2015, entre Mar­seille et le golfe de Saint-Tro­pez. Il est res­té en de­çà des ré­qui­si­tions du pro­cu­reur, pour pro­non­cer des peines de six ans ferme contre les deux prin­ci­paux pro­ta­go­nistes.

Dans son ré­qui­si­toire, le pro­cu­reur Au­drey Gam­bin a dis­tin­gué deux phases dans les faits re­pro­chés aux pré­ve­nus. À com­men­cer par le trans­port de 434 g de co­caïne entre Mar­seille et La Môle en sep­tembre 2013. La deuxième a dé­bu­té en mai 2014, après la re­mise en li­ber­té de Di­dier Fi­lip­pi sous contrôle ju­di­ciaire. C’est à ce stade que sont in­ter­ve­nues des écoutes té­lé­pho­niques tous azi­muts, ain­si que la so­no­ri­sa­tion d’une des voi­tures des tra­fi­quants. Ces in­ter­cep­tions ont convain­cu les en­quê­teurs que Di­dier Fi­lip­pi avait ra­pi­de­ment re­pris ses af­faires, avec comme as­so­cié Ro­ger Ris­paud, 56 ans, des Pennes-Mi­ra­beau. «C’est Fi­lip­pi qui est en lien avec les four­nis­seurs. Et si ceux-ci ne sont pas pour­sui­vis, c’est parce que leur rôle n’a pas pu être for­mel­le­ment éta­bli.» La co­caïne, vrai­sem­bla­ble­ment en pro­ve­nance de la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine, était ache­tée de 20 000 à 35 000 le ki­lo, en fonc­tion de sa pu­re­té. Cou­pée, elle était re­ven­due avec un bé­né­fice de 10000 €/kg. « Sur trois ans, on es­time la to­ta­li­té du tra­fic à un peu plus de 11 kg.»

Le pro­cu­reur a re­quis huit ans de pri­son contre «ces deux têtes de ré­seau». Mme Gam­bin a en­suite dé­si­gné les as­so­ciés, char­gés de mettre en oeuvre le tra­fic dans le golfe. D’abord Pa­trick Buc­cie­ro, mis un peu sur la touche après la sai­sie d’un trans­port à La Môle, puis Igna­cio, un res­tau­ra­teur de 51 ans à Grimaud. Ce­lui-ci a re­con­nu avoir écou­lé dans le golfe 3 kg de co­caïne en neuf mois, à par­tir de l’été 2014, jus­qu’au coup de fi­let de mars 2015. «Il était en grande dif­fi­cul­té pro­fes­sion­nelle et s’est lais­sé at­ti­ré par les si­rènes de l’ar­gent fa­cile», a plai­dé le bâ­ton­nier Lio­nel Es­cof­fier. Il a été condam­né à trente mois amé­na­geables. Pour Me Phi­lippe Bos­sut, Pa­trick Buc­cie­ro ne mé­ri­tait pas les cinq ans de pri­son re­quis contre lui. «C’est un pseu­do-tra­fi­quant. Un vieux che­val de re­tour. Un maillon mi­neur.» Il a été condam­né à quatre ans ferme.

Au bas de la py­ra­mide, on trou­vait des clients et des com­plices, contre les­quels des peines de six à trente mois de pri­son, le plus sou­vent amé­na­geables, ont été re­quises. Seul An­dré, un simple consom­ma­teur au lourd pas­sé ju­di­ciaire, s’est vu in­fli­ger un main­tien en dé­ten­tion. Pour la dé­fense de Di­dier Fi­lip­pi, Me Ju­lien Pi­nel­li a vou­lu ra­me­ner l’af­faire à de plus mo­destes pro­por­tions. « On nous parle de four­nis­seurs qu’on n’a ja­mais réus­si à iden­ti­fier. Des fan­tômes que l’on n’a ja­mais vus pen­dant dix mois de fi­la­ture. Des Pa­co, des Ma­no­lo, des Jo. On se croi­rait dans les pages blanches de la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine. » Il a éga­le­ment contes­té le vo­lume es­ti­mé du tra­fic, di­vi­sant les quan­ti­tés par deux. «Il n’y a pas de vo­lon­té cri­mi­nelle dans ce dos­sier. C’est le nar­co­tra­fic Bouches-du-Rhône/Var. Un tra­fic casse-croûte, une pe­tite fi­lière mi­nable.» Les pré­ve­nus ont de plus été condam­nés so­li­dai­re­ment à payer une amende doua­nière de 440000 Les douanes en ré­cla­maient 960000.

Face aux dif­fi­cul­tés de la pri­son de La Far­lède, la di­rec­tion ré­gio­nale a main­te­nu un sys­tème de trans­fert heb­do­ma­daire de dé­te­nus, vers d’autres mai­sons d’ar­rêt, moins sur­char­gées. En prin­cipe, par groupes de dix dé­te­nus par se­maine. Ex­cep­tion­nel­le­ment, ces trans­ferts de­vraient du­rer

Le dé­pu­té, membre du groupe d’études sur les pri­sons à l’As­sem­blée na­tio­nale, es­time qu’« en ma­tière de ra­di­ca­li­sa­tion, l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire n’a pas les moyens suf­fi­sants pour me­ner la mis­sion qui lui est dé­vo­lue ». Celle de «gar­der un oeil très at­ten­tif » sur les dé­te­nus ra­di­ca­li­sés. Lun­di, on ap­pre­nait que deux va­rois se sont ra­di­ca­li­sés en­semble der­rière les bar­reaux. Le dos­sier est tout à fait d’ac­tua­li­té.

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