Vic­toire à la Pyr­rhus

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - DE­NIS JEAMBAR

En­fin ! En­fin le feuille­ton de la loi El Khom­ri s’achève. Ma­nuel Valls tient donc sa ré­forme, im­po­sée en force en dé­gai­nant, hier, un se­cond -. Le Pre­mier mi­nistre n’au­ra donc pas re­non­cé, même s’il a beau­coup lâ­ché de son texte ini­tial en court de route. Mais que de dé­gâts po­li­tiques ! Ja­mais, sans doute, dans l’His­toire de la Ve Ré­pu­blique, un pro­jet gou­ver­ne­men­tal n’au­ra été aus­si mal gé­ré. Le pou­voir a d’abord réus­si à dres­ser, se­lon les son­dages, une grande ma­jo­ri­té de Fran­çais contre ce texte. Un tour de force mais il faut re­con­naître que nous avions as­sis­té au même spec­tacle avec la ré­vi­sion consti­tu­tion­nelle sur la dé­chéance de na­tio­na­li­té. Fran­çois Hol­lande, dé­ci­dé­ment, res­semble à un jon­gleur qui rate tous ses tours. Car, ne nous y trom­pons pas, le chef de l’Etat a don­né son feu vert à ce pro­jet et à un deuxième re­cours au -. Après tant de mal­adresses, son image sort, de fait, une fois en­core écor­née. Son suc­cès est une vic­toire à la Pyr­rhus tant l’au­to­ri­té qu’avec le Pre­mier mi­nistre il a vou­lu af­fi­cher s’est trans­for­mée en au­to­ri­ta­risme. La preuve en a été faite, hier ma­tin, lors de la réunion des par­le­men­taires so­cia­listes. Ma­nuel Valls y a fait preuve, se­lon les par­ti­ci­pants, d’une vio­lence sans pré­cé­dent contre ses contes­ta­taires. Et s’il a mis un point fi­nal aux dé­bats sur cette ré­forme du Code du tra­vail, en re­vanche, il a ou­vert des bles­sures dans son camp qui ne ci­ca­tri­se­ront pas avant long­temps. Elles risquent même de ré­duire à néant les toutes pe­tites chances de Fran­çois Hol­lande de fi­gu­rer ho­no­ra­ble­ment dans la pré­si­den­tielle. A l’heure des comptes, en jan­vier, quand vien­dra le temps de la pri­maire so­cia­liste, nul doute que se for­me­ra un front an­ti-Hol­lande et an­ti-Valls pour pro­tes­ter non seule­ment contre la loi El Khom­ri mais aus­si sur la ma­nière forte em­ployée pour l’im­po­ser à l’As­sem­blée. C’est à la fois les in­ten­tions et les mé­thodes qui sont re­je­tées. En vé­ri­té, nous ve­nons d’as­sis­ter à l’im­plo­sion fi­nale du so­cia­lisme ver­sion hol­lan­daise. Une si­tua­tion in­édite se crée. Le fi­dèle et loyal Sté­phane Le Foll ne peut plus or­ga­ni­ser une réunion de son mou­ve­ment «Hé ! oh ! la gauche ! » sans pro­vo­quer des mou­ve­ments de contes­ta­tion. Voi­ci que le PS re­nonce à sa tra­di­tion­nelle uni­ver­si­té d’été par peur des troubles. Les syn­di­cats, à l’ex­cep­tion de la CFDT, res­tent vent de­bout même s’ils mo­bi­lisent de moins en moins. Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls sont, de fait, confron­tés à une pro­fonde crise po­li­tique. Tous leurs actes, dé­sor­mais, de­viennent in­flam­mables. Ils ont per­du leur cré­di­bi­li­té et la confiance du pays. Pour te­nir jus­qu’à l’élec­tion pré­si­den­tielle, ils n’ont d’autre choix que de gé­rer sans ten­ter de ré­for­mer. Certes, ils ont la lé­gi­ti­mi­té pour le faire mais ils n’ont plus la moindre marge de ma­noeuvre pour im­po­ser leur vo­lon­té aux Fran­çais.

« Fran­çois Hol­lande res­semble à un jon­gleur qui rate tous ses tours. »

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