Hu­lot : l’art du sus­pense

« Il a beau aban­don­ner ses par­ti­sans à leur sort, sa dé­ci­sion mé­rite le res­pect. »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Par MI­CHÈLE COTTA

Donc Ni­co­las Hu­lot ne se­ra pas le can­di­dat des Verts à l’élec­tion de . Les mi­li­tants le ré­cla­maient, les son­dages le cré­di­taient d’un pe­tit  %, ce à quoi au­cun autre can­di­dat éco­lo ne peut pré­tendre, un ap­pel à sa can­di­da­ture avait ras­sem­blé en quelques se­maines des di­zaines de mil­liers de si­gna­taires. Pre­nant de court la petite équipe, qui, dé­jà, tra­vaillait à éla­bo­rer son pro­gramme, le po­pu­laire ani­ma­teur de té­lé­vi­sion a mis fin au sus­pense. Non, il ne se pré­sen­te­ra pas, non, il n’est pas as­sez « aguer­ri » pour ce­la, non, il ne se­ra pas l’homme pro­vi­den­tiel des Verts ! A l’heure où tant d’hommes et de femmes, onze, – une équipe de foot­ball, en somme –, sont can­di­dats à la pri­maire des Ré­pu­bli­cains, où cer­tains autres at­tendent en piaf­fant la pri­maire de la gauche pour y prendre part, on ne sait pas à vrai dire que pen­ser : faut-il fé­li­ci­ter Ni­co­las Hu­lot pour sa mo­des­tie, et sur­tout, sa clair­voyance, ou bien lui re­pro­cher d’avoir eu peur du com­bat ? Les deux, sans doute, d’égale fa­çon. S’éton­ner de sa naï­ve­té, d’abord. Un can­di­dat qui af­firme ne pas vou­loir prendre des coups, voi­là qui donne une fraî­cheur in­at­ten­due dans la cam­pagne qui s’ou­vri­ra à la ren­trée de sep­tembre. Car en­fin, fran­che­ment qui peut pen­ser au­jourd’hui, quand les cou­teaux ti­rés sont sur toutes les tables, à gauche et à droite, qu’un com­bat élec­to­ral puisse se dé­rou­ler sans qu’on y re­çoive des coups ou qu’on soit obli­gé d’en don­ner ? Le simple spec­tacle de ce qui se passe au­jourd’hui en France, et ailleurs au­rait dû de­puis long­temps per­sua­der cet éter­nel jeune homme de  ans, qu’il n’y a pas de po­li­tique sans sé­rieuses bles­sures, que Sha­kes­peare, comme on le voit chaque jour en Grande-Bre­tagne au­jourd’hui, y règne en maître, et qu’il faut tout y craindre : les men­songes, les tra­hi­sons, les aban­dons. D’ailleurs ce n’est pas un ha­sard si Ni­co­las Hu­lot, tout hé­ros des Verts qu’il soit, a jus­qu’à pré­sent échoué à se faire dé­si­gner par eux à toute consul­ta­tion pré­si­den­tielle. En , no­tam­ment, il avait été bat­tu à la pri­maire de son par­ti par Eva Jo­ly. Les mi­li­tants Verts, et leurs chefs ou chef­taines avaient pré­fé­ré l’an­cienne juge pitt-bull à l’ar­change de la pla­nète. Naï­ve­té, donc, certes. Lu­ci­di­té aus­si. Il l’a dit dans le com­mu­ni­qué où il a je­té l’éponge, avant-hier. Il voit bien au­tour de lui une « société in­quiète, frag­men­tée et désa­bu­sée par les crises qui la tra­versent et l’ab­sence de ré­ponse po­li­tique », et il a le sen­ti­ment, somme toute à son hon­neur, qu’il n’a pas toutes les clefs en mains pour apai­ser une France écla­tée, ac­ca­blée par ses pe­san­teurs, presque pa­ra­ly­sée par ses contra­dic­tions. Ni­co­las Hu­lot a fait le tour de lui-même, ne s’est pas at­tar­dé sur son nom­bril et a dé­ci­dé de lais­ser fi­gu­rer d’autres que lui dans la joute pré­si­den­tielle. Il a beau aban­don­ner ses par­ti­sans à leur sort, sa dé­ci­sion mé­rite le res­pect. Ques­tion tout de même : c’est très bien de po­ser les armes, ou mieux de consta­ter que l’on n’en a pas, mais alors pour­quoi de­puis dix ans, Ni­co­las Hu­lot en­tre­tient-il ce sus­pense ?

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