Sé­ville et les vi­lains

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports - PHI­LIPPE CAMPS

On se dit tout ? Hier, ma vie a failli bas­cu­ler. Il de­vait être 13h30 : je dé­jeu­nais au jour­nal avec mes pe­tits fran­gins des sports quand ‘’Sé­ville’’ s’est in­vi­té à notre table. Sé­ville 1982 : le match du siècle. Le seul, l’unique Fran­ceAl­le­magne de lé­gende. Bref, tout sauf un su­jet de comp­toir à par­ta­ger avec des blancs-becs pour qui Pla­ti­ni n’est pas un mythe, mais un es­croc ven­tri­po­tent. Quand ma tête a pris la cou­leur des bet­te­raves que j’avais choi­sies en en­trée, j’ai com­pris qu’il fal­lait stop­per la con­ver­sa­tion. Fab et le ‘‘Croux’’ n’étaient pas nés en 1982. Mat avait deux se­maines. J’au­rais dû dire mu­seau, ri­deau ! Mer­ci les gars, mais je ne dé­bats pas de foot dans une pou­pon­nière. Mais non, j’ai lais­sé mes trois ni­gauds s’ex­pri­mer. J’au­rais pas dû ! On ne parle pas de cul avec un cu­ré. En plus des bet­te­raves, j’ai été contraint d’ava­ler un cha­pe­let de couillon­nades. Croyez-moi : c’est moins sa­vou­reux qu’un cha­pe­let de mer­guez. En vrac, j’ai en­ten­du que cette ren­contre s’était jouée à deux à l’heure. Que les Fran­çais res­sem­blaient à des cure-dents et les Teu­tons à des bar­riques. Que le pres­sing, à l’époque, consis­tait à re­gar­der à l’aide d’une paire de ju­melles son ad­ver­saire contrô­ler le bal­lon, tout en se grat­tant les bal­loches. Que ça reste le match de la honte pour des Bleus éli­mi­nés après avoir me­né 3-1 pen­dant la pro­lon­ga­tion. Stop !!! Face à moi : deux so­lu­tions. Res­ter calme, li­mite in­dif­fé­rent, ou leur cre­ver le ventre avec mon cou­teau à viande. Je me suis vu les plan­ter l’un après l’autre dans une ca­fé­té­ria pé­tri­fiée par mon coup de fo­lie. Là, au mi­lieu d’un bain de sang, je fi­nis­sais mon yaourt au ci­tron fa­çon tarte de

La Lai­tière. Fi­na­le­ment, je les ai gra­ciés. Les pauvres, ils ne peuvent pas com­prendre. Ce France-Al­le­magne, il fal­lait le voir en di­rect. En live-love. Plus qu’un match, une ba­taille, une guerre, une es­pé­rance, une tra­gé­die. Un mor­ceau de lé­gende. Une vie. Dieu qu’ils étaient beaux, ro­man­tiques, su­blimes mes bat­tus de Sé­ville ! Comme le furent au­pa­ra­vant mes Ni­çois des an­nées 70. Oui, j’aime les loo­sers quand ils me laissent des ci­ca­trices et des sou­ve­nirs. Qui a dit

«T’as qu’à t’ins­crire dans un club sa­do­ma­so ! » Mat ? Fab ? Croux ? Ça va mal fi­nir cette his­toire. Une petite voix : « Comme à

Sé­ville quoi... » Pu­tain, il est où le cou­teau ?

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