Quel pied !

En bat­tant les cham­pions du monde al­le­mands (2-0), les Bleus se sont qua­li­fiés pour la fi­nale de l’Eu­ro, di­manche, au Stade de France

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - A MAR­SEILLE, MA­THIEU FAURE

Em­me­né par un An­toine Griez­mann de feu (ici à droite), l’équipe de France a ter­ras­sé sa bête noire, l’Al­le­magne (-) hier à Mar­seille. Place dé­sor­mais à la fi­nale, di­manche, face au Por­tu­gal.

Il ré­gnait au Vé­lo­drome un va­carme de grand soir. Non pas ce­lui du coït des voi­sins fa­rou­che­ment amou­reux mais ce­lui des épo­pées ho­mé­riques qui vous amènent en fi­nale d’un cham­pion­nat d’Eu­rope. Oui, les Bleus sont en fi­nale de leur Eu­ro. C’est bien, c’est beau et ce n’est pas moche. Hier, 60 000 âmes se sont col­lées les unes contre les autres pour ne for­mer qu’un seul corps. Un corps qui a vi­bré sur le but d’An­toine Griez­mann juste avant la pause. Car, pen­dant 40 bonnes mi­nutes, l’équipe de France ve­nait de se faire jon­gler par le col­lec­tif hui­lé des cham­pions du monde al­le­mands. Dans ces longues séances de pos­ses­sion, le Vé­lo­drome se fai­sait plus si­len­cieux. Comme en apnée avec les Bleus dé­pas­sés par le jeu entre les lignes de l’es­couade de Mül­ler. Di­dier Des­champs pen­sait bien faire en confir­mant le 11 qui avait pul­vé­ri­sé l’Is­lande mais la paire Pog­baMa­tui­di, constam­ment en in­fé­rio­ri­té nu­mé­rique dans l’entre-jeu, a pas­sé sa pre­mière mi-temps à cou­rir

après la balle. Comme un peu tout le col­lec­tif fran­çais qui était en apnée après une pre­mière per­cée de Griez­mann qui avait pour­tant don­né au match un ton of­fen­sif (6’). Mais der­rière, la bande à Des­champs a eu peur. Peur des dé­dou­ble­ments de passes al­le­mandes. Peur de l’uti­li­sa­tion du bal­lon d’Özil. Peur des dia­go­nales de Boa­teng. Peur des dé­pla­ce­ments de Mül­ler. Et sans un énorme Hu­go Llo­ris (13’, 15’, 26’, 38’), le temps fort ger­ma­nique au­rait eu des ré­per­cus­sions dé­sas­treuses sur le mo­ral des troupes. Mais Di­dier Des­champs est né sous une bonne étoile. C’est une évi­dence. Juste avant la pause, la main de « Dieu » a pris la forme de Bas­tian Sch­weins­tei­ger, le plus ex­pé­ri­men­té sol­dat de Joa­chim Löw. Pe­nal­ty lo­gique trans­for­mé par Griez­mann. Mar­seille cé­lèbre un bra­quage. Un sen­ti­ment de gêne qui s’es­tom­pe­ra après la pause et pren­dra les contours d’une dé­mons­tra­tion, les Fran­çais jouant plus haut. Plus juste. Plus vite. A l’image du dou­blé de Griez­mann consé­cu­tif à un fes­ti­val de Pog­ba sur Kim­mich. Inexo­ra­ble­ment, le football est une his­toire d’équi­libre, l’Al­le­magne n’a ja­mais réus­si à se re­mettre dans le droit che­min, en­core son­née par le pre­mier but de ‘‘Gri­zou’’. Les Al­le­mands ont per­du le fil, les Fran­çais à la hau­teur de l’évé­ne­ment. Voi­là donc la France en fi­nale d’une com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale. Une pre­mière de­puis le Mon­dial 2006. La page est donc tour­née. Le football fran­çais va pou­voir en­fin re­gar­der de­vant lui et ar­rê­ter de se conju­guer au pas­sé. Sur­tout face au grand ri­val al­le­mand. Aux ou­bliettes Sé­ville 82, Gua­da­la­ja­ra 86 et Rio 2014. Dans un écrin dé­ci­dé­ment par­fait pour écrire les lé­gendes, l’équipe de France s’est ad­ju­gé une fi­nale de cham­pion­nat d’Eu­rope sur son sol. C’est à la fois mé­ri­té et in­es­pé­ré. Il y a un mois, Des­champs s’était ré­so­lu à par­tir à la guerre sans Va­rane, Diar­ra, Ben­ze­ma, Sa­kho, Ma­thieu ou en­core Ben Ar­fa. Le voi­là en fi­nale. Et fa­vo­ri. Il y a une part de chance dans cette croi­sade. Mais pas que. Dans cette de­mi-fi­nale, Des­champs a eu bon dans tous ses choix : Um­ti­ti, Kos­ciel­ny axe droit, Sis­so­ko, le 4-4-2, tout a fonc­tion­né. Y com­pris cette sur­pre­nante ca­pa­ci­té à souf­frir

La belle his­toire conti­nue

sans ja­mais rompre pour finalement pi­quer au meilleur mo­ment et dé­rou­ler par la suite. Di­manche, c’est toute la France du football, et plus en­core, qui scru­te­ra l’équipe de France à SaintDe­nis contre le Por­tu­gal. Face à un ad­ver­saire qu’elle a tou­jours bat­tu en com­pé­ti­tion of­fi­cielle (1984, 2000, 2006), les Bleus sont à 90 mi­nutes d’un sacre que tout un pays at­tend. De­puis un mois, les Fran­çais sont peu plus fiers de leurs cou­leurs. Par les temps qui courent, c’est in­es­pé­ré.

(Pho­to Luc Bou­tria)

Les Bleus peuvent exul­ter, ils ont bat­tu les cham­pions du monde et s’offrent une fi­nale sur leur sol.

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