Une étrange va­lise vide pa­ra­lyse Tou­lon

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud - SO. B. THI­BAUT PARAT tpa­rat@ni­ce­ma­tin.fr

Branle-bas de com­bat, hier soir au­tour de la base na­vale de Tou­lon. Peu avant 19 h, une alerte est dé­clen­chée, après la dé­cou­verte d’une va­lise dans une voi­ture. Aus­si­tôt, les portes de l’ar­se­nal se ferment et sont sé­cu­ri­sées, la cir­cu­la­tion est pro­gres­si­ve­ment cou­pée sur la grande ave­nue de la Ré­pu­blique. Il est 19 h 30 et les voi­tures doivent se dé­tour­ner en em­prun­tant d’autres bou­le­vards. Des po­li­ciers na­tio­naux et mu­ni­ci­paux s’ac­tivent à faire fer­mer les bars alen­tours, tan­dis que les mi­li­taires s’or­ga­nisent à l’in­té­rieur. Il s’agit d’un en­gin sus­pect, re­pé­ré tout près de la porte prin­ci­pale.

Gen­darmes ma­ri­times, fu­si­liers ma­rins et ma­rins pom­piers se dé­ploient. De leur cô­té, les hommes du GRID, groupe d’in­ter­ven­tion et de dé­mi­nage de la Ma­rine na­tio­nale, pré­parent la neu­tra­li­sa­tion de la va­lise sus­pecte, qui se trouve dans le coffre de la voi­ture. « C’est un dis­po­si­tif très ré­ac­tif sur l’en­semble de l’em­prise mi­li­taire, in­dique alors le porte-pa­role de la pré­fec­ture ma­ri­time. Il s’agit de ne pas lais­ser pe­ser le moindre doute sur un ob­jet sus­pect». D’abord, la va­lise sus­pecte est ra­dio­gra­phiée, à l’in­té­rieur même du coffre. Puis le chien spé­cia­li­sé dans la dé­tec­tion des ex­plo­sifs re­nifle l’en­semble du vé­hi­cule, sans mar­quer au­cun ar­rêt. Avec toutes les pré­cau­tions re­quises les dé­mi­neurs ouvrent la va­lise, pour consta­ter qu’elle est… par­fai­te­ment vide. On ap­prend en­suite les pré­mices de l’in­ter­ven­tion. Lors de son en­trée sur la base na­vale tou­lon­naise, un ma­rin se fait contrô­ler par le ser­vice de sé­cu­ri­té. Rien que de très nor­mal. Le coffre de sa voi­ture est ou­vert et on lui de­mande ce que contient sa va­lise. Mais le ma­rin n’en a au­cune idée, car il ex­plique n’avoir ja­mais vu cet ob­jet. Voi­là com­ment l’alerte est dé­clen­chée. Il s’avère que le coffre de cette voi­ture ne ferme pas et que le vé­hi­cule était ga­ré pré­cé­dem­ment sur la voie pu­blique. Pas de quoi éclair­cir l’ori­gine de cette mys­té­rieuse va­lise. « L’his­toire est simple et confirme qu’on est vi­gi­lant, ré­ac­tif, et qu’il est né­ces­saire de prendre toutes ces pré­cau­tions», ré­agit la pré­fec­ture ma­ri­time. À 20 h 30, soit une heure et de­mie plus tard, le quar­tier re­pre­nait une vie nor­male. La va­lise était inof­fen­sive, mais sa pro­ve­nance reste quand même in­con­nue. Il au­ra fal­lu toute l’en­tente et la co­opé­ra­tion fran­çaise et ita­lienne pour stop­per un nou­veau ré­seau de trans­port de clan­des­tins afri­cains, mer­cre­di et jeu­di. Deux opé­ra­tions conjointes à Im­pe­ria et Vin­ti­mille pour trois in­ter­pel­la­tions. Celle d’un ra­bat­teur Ban­gla­dais de 28 ans et de deux Tu­ni­siens de 38 ans, au vo­lant des deux vé­hi­cules pour­chas­sés par les au­to­ri­tés. C’était il y a une se­maine, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet. Il est 2 heures du ma­tin et les pas­seurs­pro­fi­tent­de­la­nuit­noire pour convoyer illé­ga­le­ment des Pa­kis­ta­nais, Ivoi­riens, Af­ghans,Sé­né­ga­lai­setGui­néens jus­qu’à Nice. Dans un four­gon, vingt-sept mi­grants sont en­tas­sés dans des condi­tions in­hu­mai­ne­set­cin­qau­tre­sont pris place dans une Golf. en marche, le pas­seur par­vient à fi­ler, lais­sant ses pas­sa­gers, pri­son­niers à l’in­té­rieur de l’ha­bi­tacle. Au pé­ril de leur vie. Son com­parse, lui, sent l’étau se­res­ser­rer.Ten­teu­nes­tra­té­gie de la der­nière chance, en em­prun­tant la sor­tie 58 à Ro­que­brune-Cap-Mar­tin. Là même, où un vé­hi­cule de po­lice lui barre la route. Fin de la par­tie, aux abords de l’hô­tel Vis­taPa­lace.Mais,en­co­reune fois, le pas­seur aban­donne la Golf pour prendre la poudre d’es­cam­pette. Ce n’est qu’au bout d’une se­maine d’in­tenses in­ves­ti­ga­tions me­nées par les po­lices des deux pays que le coup de fi­let est in­ter­ve­nu. «Des prises de pas­seurs, on en fait chaque se­maine des deux cô­tés. Mais celle-ci est le sym­bole de cette co­opé­ra­tion trans­fron­ta­lière. D’au­tant plus que le mode opé­ra­toire était spec­ta­cu­laire», s’est sa­tis­fait, lors d’une confé­rence de presse, Gilles Ca­sa­no­va, char­gé­de­la­coor­di­na­tiondes ser­vices qui luttent contre l’im­mi­gra­tion ir­ré­gu­lière. Les trois pas­seurs ont été écroués à la mai­son d’ar­rêt d’Im­pe­ria et sont entre les mains de la jus­tice ita­lienne. Ils risquent 5 à 15 ans de pri­son.

(Pho­tos So. B.)

Vers  h , le tra­fic a été dé­vié et les bars alen­tours vi­dés. La va­lise sus­pecte a été ra­pi­de­ment neu­tra­li­sée.

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