C’est vous qui le dites, nous vous ré­pon­dons

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - « Var-matin », C’est Vous -

Fort in­vo­lon­tai­re­ment, le jour­nal a bien fait rire ses lec­teurs, dans l’édi­tion de Nice du lun­di 27 juin der­nier – et même si cer­tains ont fait mine de s’in­di­gner, c’est res­té somme toute bon en­fant – en don­nant deux re­cettes dif­fé­rentes cen­sées ex­pli­quer la réa­li­sa­tion du même plat. L’his­toire de la double re­cette au­rait pu pas­ser in­aper­çue s’il ne s’était agi de celle de la sa­lade ni­çoise, qui bé­né­fi­cie de la pro­tec­tion sour­cilleuse des gar­diens du temple de la nis­sar­ti­tude. Bref, en page lo­cale, un pape de la cui­sine du Com­té, Alex Ben­ve­nu­to, tar­ti­nait sur la vraie sa­lade ni­çoise – sans lé­gumes cuits d’au­cune fa­çon que ce soit – alors qu’en page « L’air du temps », en fin de jour­nal, un cui­si­nier in­con­nu – mais cer­tai­ne­ment pa­ri­sien – don­nait som­mai­re­ment la re­cette de la « ni­çoise » en y in­cor­po­rant des ha­ri­cots verts (cuits, bien sûr). Bref, les jour­na­listes étaient trai­tés de ga­gas, pour le moins. En fait, la page « L’air du temps », avec la mé­téo, l’ho­ro­scope, le saint du jour et la re­cette est une page ache­tée clé en main, fi­gée, ajou­tée telle quelle au jour­nal, et non ré­di­gée par des jour­na­listes « mai­son »… D’où le coup de la double re­cette. Il n’est pas sûr que ce tour de pas­se­passe n’ar­rive pas en­core. Alors, un conseil : quand il s’agit de re­cettes ni­çoises, ne vous fiez qu’à celles si­gnées par un spé­cia­liste du su­jet. Si­non, lais­sez cou­rir. Et dans la « ni­çoise », évi­dem­ment, il n’y a que du cru et que des pro­duits de sai­son du pays.

Su­jet ô com­bien plus sé­rieux et dra­ma­tique que ce­lui de la pu­bli­ca­tion des noms des per­sonnes dé­cé­dées – telles les vic­times de l’ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion sur la route du col de la Bo­nette – ou gra­ve­ment bles­sées. Des lec­teurs ont re­pro­ché au jour­nal de ne pas avoir pu­blié le nom des ado­les­cents qui ont pé­ri dans l’ac­ci­dent et de plon­ger ain­si dans l’an­goisse des cen­taines de per­sonnes pou­vant croire, à la lec­ture de cer­tains élé­ments, qu’il s’agis­sait de per­sonnes de leur connais­sance. Le jour­nal choi­sit, le plus sou­vent, de taire les noms à la de­mande des en­quê­teurs, qui n’ont pas en­core eu le temps ou la pos­si­bi­li­té de pré­ve­nir les fa­milles, dont on peut ima­gi­ner le choc en ap­pre­nant la tra­gé­die à la lec­ture du quo­ti­dien. Au­jourd’hui, tou­te­fois, les ré­seaux so­ciaux brouillent tous les codes, dans la me­sure où les vic­times sont très vite iden­ti­fiables, voire iden­ti­fiées, sur la Toile. La confi­den­tia­li­té ne tient plus. Gare tou­te­fois à se sou­mettre au dik­tat de l’im­mé­dia­te­té. Et le de­voir d’un jour­nal est sans doute d’ob­ser­ver un peu de re­te­nue. Mais 24 heures. Pas plus. Car, sans ver­ser dans le voyeu­risme ni se com­plaire dans la vio­la­tion du droit à l’in­ti­mi­té des fa­milles, une in­for­ma­tion to­tale – et de toute fa­çon vi­sible ailleurs – de­vrait être la règle.

Dans un tout autre do­maine, le jour­nal se fait ré­gu­liè­re­ment l’écho de « des­centes » des ser­vices de l’Etat dans les res­tau­rants et autres bou­tiques de bouche, pour contrô­ler la qua­li­té des pro­duits ven­dus ou l’hy­giène de l’éta­blis­se­ment… Et de faire men­tion que l’on a fer­mé un éta­blis­se­ment du centre-ville ou sai­si tant de ki­los de viande ava­riée dans cet autre du quar­tier… Sans plus. Ce qui a pour ef­fet de rendre fu­rieux, sur­tout dans les plus pe­tites com­munes, les com­mer­çants voi­sins par­fai­te­ment en règle, et sur les­quels tombe le soup­çon. De deux choses l’une, nous écrit un lec­teur : « Soit c’est grave, et il faut clai­re­ment iden­ti­fier les cou­pables ; soit c’est ai­sé­ment ré­pa­rable, et il ne faut rien dire de ces opé­ra­tions de rou­tine. » Là en­core, une règle claire de­vrait être dé­fi­nie et ap­pli­quée.

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